La menace de droits de douane à 30 % que pourrait imposer Donald Trump dès le 1er août plane toujours sur les États européens. Mais ces derniers, plus ou moins exportateurs, ne devraient pas être touchés de la même façon.
La menace plane. À partir du vendredi 1er août, les droits de douane sur tous les produits en provenance de l'Union européenne importés aux États-Unis pourraient s'élever à 30 %.
Une volonté que Donald Trump justifie en invoquant le déficit commercial sur les biens que son pays enregistre avec les Vingt-Sept, déséquilibre qui s'élevait à 236 milliards de dollars (200,87 milliards d'euros) en 2024, selon le Bureau d'analyse économique américain (BEA). Un chiffre quasiment identique (198 milliards d'euros) du côté d'Eurostat, l'organisme chargé des statistiques de l'UE. Le Conseil européen juge néanmoins plus juste d'y inclure les services, ce qui le fait alors tomber à 50 milliards d'euros.
Reste que tous les membres du bloc européen ne seront pas touchés de la même manière par cette hausse des droits de douane, en fonction de l'importance de leurs échanges avec les États-Unis. Sur les 27 pays membres de l'UE, 19 dégagent un excédent commercial sur les biens, d'après Eurostat. Il n'est toutefois important - supérieur à 5 milliards d'euros - que pour cinq d'entre eux. Ce qui va peser également est le type de biens envoyés outre-Atlantique. Car certains produits, comme l'acier et l'aluminium, sont soumis à des droits de douane particuliers et encore plus élevés (50 %).
L'Allemagne, dépendante des exportations, en première ligne
Parmi les excédentaires, l'Allemagne enregistre l'un des écarts les plus importants avec les États-Unis, même si les chiffres divergent entre le BEA et le Conseil de l'UE. Le premier a établi l'excédent allemand à 72,3 milliards d'euros en 2024, quand le second l'a estimé à 92,2 milliards.
Avec une économie globalement dépendante aux exportations, ce niveau élevé place la première puissance économique de l'UE particulièrement sous pression des nouveaux droits de douane américains. D'autant plus que les États-Unis s'affichent comme son premier partenaire commercial, devant la Chine. Berlin a envoyé pour plus de 161 milliards d'euros de marchandise outre-Atlantique en 2024, selon Eurostat.
Les exportations allemandes concernent principalement les secteurs de l'automobile, la chimie, la pharmacie, la construction mécanique et l'acier. Des secteurs dans le viseur du président américain : l'acier est déjà soumis, avec l'aluminium, à des droits de douane particuliers (50 %), tout comme l'automobile (25 %).
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L'île verte est le deuxième plus grand exportateur de biens vers le pays de l'Oncle Sam (73,1 milliards d'euros en 2024, d'après Eurostat). Contre une vingtaine de milliards d'euros d'importations, ce qui lui offre un excédent commercial de quelque 51 milliards d'euros - 74 milliards d'euros estimés du côté du BEA.
Ce niveau élevé s'explique notamment par l'implantation, en terres celtiques, de grands groupes américains. Ils y ont été attirés non par les grandes étendues du pays, mais pour sa fiscalité attractive. Dans le secteur pharmaceutique, par exemple, les laboratoires bénéficient d'un impôt à 15 % sur les grandes sociétés, contre 21 % aux États-Unis. Pfizer, Eli Lilly ou Johnson & Johnson ont ainsi élu domicile en Irlande, où ils hébergent leurs brevets. Avant de vendre sur le marché américain, où les prix des médicaments sont traditionnellement plus élevés que dans le reste du monde.
Les géants américains de la tech ont été également séduits par la fiscalité irlandaise. Apple, Google ou encore Meta y ont installé leur siège européen.
Les États-Unis ne se positionnent qu'à la troisième place des partenaires commerciaux de l'Italie, derrière l'Allemagne et la France. C'est pourtant bien avec l'allié américain que le pays enregistre son plus fort excédent commercial, établi autour des 38 milliards d'euros, aussi bien par le BEA que par Eurostat. Ce, grâce à des exportations qui ont quasiment atteint les 65 milliards d'euros en 2024, selon l'institut européen de statistique.
L'une des filières italiennes qui risque le plus gros est l'agroalimentaire. Avec des droits de douane de 30 %, les prix de certains produits emblématiques du « Made in Italy » seraient fortement frappés, affirme Coldiretti, la principale organisation représentant le secteur agricole de la Botte. Qui cite les exemples des fromages, vins, tomates transformées, pâtes farcies, confitures et conserves homogénéisées.
Autres secteurs exportateurs de l'Italie qui risquent d'être victimes d'une forte hausse des taxes douanières : la mode, le design et l'automobile.
Les deux pays sont les derniers à profiter d'un excédent commercial assez conséquent avec les États-Unis. Il gravite respectivement autour des 11 et des 9 milliards d'euros, le BEA et Eurostat s'accordant quasiment sur ces deux cas.
Les États-Unis sont le deuxième plus grand client de biens autrichiens, derrière l'Allemagne. Les exportations autrichiennes vers ce pays ont tourné autour des 16 milliards d'euros en 2024, selon Eurostat. Un montant quasi identique pour les exportations suédoises, le partenaire américain s'affichant comme son troisième plus important (après l'Allemagne et la Norvège).
L'excédent commercial de la France avec les États-Unis n'est pas apprécié à la même hauteur par le BEA et Eurostat. Le premier estime que l'Hexagone profite d'un excédent commercial de près de 14 milliards d'euros avec les États-Unis, quand les chiffres du second le placent à 2,8 milliards d'euros. Le montant des exportations françaises vers le territoire américain est en tout cas conséquent, à 47 milliards d'euros, selon l'organisme européen de statistique.
Dans le cas français, les conséquences ne sont pas tant à regarder au général que par secteur d'activité. Comme chez le voisin transalpin, l'agroalimentaire et les produits viticoles seraient particulièrement affectés, en raison des débouchés commerciaux importants générés outre-Atlantique. L'Association nationale des industries alimentaires (Ania) a indiqué à la mi-juillet que les États-Unis représentent « un marché capital pour les exportations » de ce secteur.
Et ce n'est pas le seul. Parmi les autres supposément exposés : l'automobile, l'aéronautique - qui représente un cinquième des exportations de la France vers les États-Unis -, le luxe (parfums, maroquinerie, etc.), les vins et le cognac.