Droits de douane : l’accord en demi-teinte entre le Japon et les États-Unis

Le Premier ministre japonais, Shigeru Ishiba.
David Mareuil

Le Premier ministre japonais, Shigeru Ishiba.
David Mareuil
Deal. Donald Trump a annoncé dans la nuit de mardi à mercredi avoir conclu un accord commercial avec le Japon. Le président américain menaçait le pays de 25 % de droits de douane « réciproques » à partir du 1er août. Ce taux a été ramené à 15 %. Une information confirmée par le Premier ministre japonais.
« Nous venons de conclure un accord colossal avec le Japon, peut-être le plus important jamais conclu », a ainsi commenté sur son réseau Truth Social le président américain.
Des négociations qui n'ont pas été de tout repos, puisque le négociateur japonais, Ryosei Akazawa, s'est tout de même rendu sept fois à Washington depuis avril, sans aboutir jusqu'ici à un accord. « Nous ne céderons pas facilement. C'est pourquoi cela prend du temps et pourquoi c'est difficile », avait alors commenté début juillet le Premier ministre japonais, Shigeru Ishiba.
Sur le papier, cet accord apparaît comme une victoire pour le Japon. D'autant que le pays a une balance commerce excédentaire avec les États-Unis de l'ordre de plus de 69 milliards de dollars en 2024, selon les chiffres du bureau du représentant américain au Commerce. À titre de comparaison, le Royaume-Uni, qui a une balance déficitaire, subit, lui, des droits de douane de 10 % sur les importations de produits manufacturés.
Mais dans les faits, les droits de douane appliqués au Japon sont toujours nettement supérieurs aux droits de douane appliqués dans le passé. « Un droit de douane de 15 % reste vraiment très élevé, bien plus élevé que le droit de douane de 1,6 % auquel étaient soumises les exportations non agricoles japonaises avant que Trump ne déclenche sa guerre commerciale », écrit l'économiste américain Paul Krugman, qui anticipe de son côté des conséquences inflationnistes aux États-Unis. « C'est rassurant que Trump ait un petit peu cédé, mais la logique du commerce d'antan n'est plus respectée et les droits de douane sont plus élevés qu'avant », commente à La Tribune Françoise Nicolas, conseillère au Centre Asie de l'Ifri.
En échange, le Japon aurait également promis, d'après les déclarations du président américain, d'investir 550 milliards de dollars aux États-Unis « qui recevront 90 % des bénéfices ». L'État insulaire « ouvrira son marché à des produits tels que les voitures et les camions, le riz et certains produits agricoles », a-t-il également annoncé. « Rien n'impose des sacrifices à nos agriculteurs », a pour sa part affirmé ce mercredi le Premier ministre japonais, qui a précisé que le pays importera désormais davantage de riz en provenant des États-Unis.
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« C'est énorme si le Japon ouvre le secteur ultrasensible du riz, poursuit Françoise Nicolas, dans tous les accords passés avec le Japon, il y a toujours eu une exception sur le volet agricole et en particulier le riz. » L'experte précise tout de même que les informations autour de cet accord États-Unis/Japon restent encore floues.
Outre les droits de douane réciproques, les droits de douane sectoriels sont toujours en place. La surtaxe de 50 % sur l'acier et l'aluminium ne bouge pas. Une mauvaise nouvelle pour le pays, alors qu'il est également le deuxième producteur et exportateur d'acier au monde, avec une large part (2 milliards de dollars en 2024) vendue aux États-Unis.
Sur l'automobile, le gouvernement japonais a réussi à ramener la surtaxe de 25 % à 15 %. Le secteur est sensible pour l'État insulaire : il représente 28 % des exportations japonaises vers les États-Unis et emploie plus de 5 millions de personnes. À la suite des premières surtaxes de 25 %, les exportations avaient baissé d'un quart en mai et en juin sur un an. La nouvelle a tout de même été bien accueillie par les marchés financiers, puisque Toyota, Honda et Nissan s'envolaient mercredi à la Bourse de Tokyo.
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Cet accord en demi-teinte est intervenu juste avant le 30e sommet entre le Japon et l'Union européenne ce mercredi. L'UE est, elle, menacée de 30 % de surtaxes douanières dès le 1er août, si elle ne trouve pas d'accord d'ici là. Dans le contexte commercial tendu, les deux puissances ont annoncé renforcer leur coopération par une alliance UE-Japon pour la compétitivité. Une alliance censée accroître les échanges bilatéraux et renforcer la sécurité économique autour des semi-conducteurs, des matières premières essentielles et des batteries.