Moscovici : « J'aimerais que le débat politique italien cesse de viser la Commission »

La Commission a félicité le Portugal et l’Espagne, qui ont réussi à redresser leurs économies, un an après avoir dépassé le plafond de déficit autorisé par l’UE. L’exécutif a également salué les ajustements importants mis en place par l’Italie, un des membres les plus instables de la zone euro. Pierre Moscovici, le commissaire aux affaires économiques et financières, estime que les conditions sont réunies pour la finalisation de l'union économique et monétaire.

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Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques et financières, se montre plutôt optimiste concernant la finalisation de l'Union économique et monétaire maintenant que le Portugal et l'Espagne ont réussi à redresser leurs économies.
Pierre Moscovici, commissaire aux affaires économiques et financières, se montre plutôt optimiste concernant la finalisation de l'Union économique et monétaire maintenant que le Portugal et l'Espagne ont réussi à redresser leurs économies. (Crédits : © Francois Lenoir / Reuters)

Pierre Moscovici est le commissaire aux affaires économiques et financières. Il a auparavant été ministre des Finances en France, de 2012 à 2014, sous François Hollande.

EURACTIV - Quelle est l'importance de la fin de la procédure de déficit excessif du Portugal ?

PIERRE MOSCOVICI - C'est un jour très important pour le Portugal, pour les Portugais et pour l'économie portugaise. Depuis 2009, le pays est soumis à une procédure de déficit excessif et à un programme d'ajustement aux conséquences sociales extrêmement douloureuses. Après neuf ans, nous sommes en mesure de mettre fin à ce programme. Pourquoi maintenant ? Parce que le déficit portugais est soutenable en-deçà de 3 %. Il est même soutenable en-deçà de 2 %. C'est extrêmement rassurant pour ceux qui doutent de la crédibilité de l'économie du pays et de ses finances publiques. Les choses vont beaucoup mieux pour le Portugal.

Non seulement c'est une bonne nouvelle pour le Portugal, mais c'en est également une pour la Commission et toute l'Europe. Tout le monde n'est pas convaincu de l'efficacité du pacte de croissance et de stabilité, mais regardez les progrès qui ont été réalisés entre 2011 et 2017: nous sommes passés de 24 pays concernés par des procédures de déficit excessif à quatre pays aujourd'hui, et j'espère à zéro l'an prochain. Cela prouve que les règles fonctionnent. Je me souviens que, dans la zone euro, le déficit moyen en 2011 était de 6 %, aujourd'hui il est de 1,4 %. Le pacte fonctionne.

Le débat est européen, et particulièrement en Italie avec Matteo Renzi. Les personnalités politiques parlent toujours d'une Europe de technocrates ou d'eurocrates. Cela vous irrite-t-il ?

S'il y a bien un pays qui ne peut pas penser que cette Commission est une Commission technocrate, c'est l'Italie. C'est le seul pays qui a bénéficié de toute la flexibilité offerte par le pacte. Pour 2016, cette flexibilité représente bien plus de 10 milliards d'euros. Personne d'autre n'a eu cette chance. L'an dernier, nous avons même accordé à l'Italie la clause sur les investissements, alors qu'en réalité, les investissements avaient chuté, mais nous avons pris en compte le délai d'arrivée des fonds structurels. Nous avons considéré que les mesures budgétaires en place pour 2017 étaient suffisantes, dans l'ensemble, pour que les conditions du pacte soient respectées. Donc, franchement, quiconque reproche à la Commission d'être une gardienne sévère des règles ne peut être sérieux.

J'aimerais que le débat politique italien cesse de viser la Commission, alors qu'elle a été une alliée vigilante, sérieuse et exigeante du pays. Soyons sérieux, si la Commission est l'ennemi de l'Italie, je ne vois pas qui seraient ses amis. Je me considère personnellement un grand ami de l'Italie. Tout ce que nous voulons, c'est que cela soit reconnu.

L'Italie bénéficie donc d'un traitement de faveur ?

Personne n'est traité plus favorablement que les autres. Nous avons simplement pris en compte la situation. Il n'y a donc pas de favoritisme, pas de distinction entre grands et petits pays. Nous essayons d'être justes. Il est pourtant vrai que nous sommes montrés du doigt pour tous les maux du monde par la presse italienne, malgré le fait que nous ayons fait tout ce qui est en notre pouvoir pour trouver des solutions pour le pays. Je voudrais simplement que cela soit reconnu. Ce serait, selon moi, la justice politique la plus fondamentale.

Pour mettre en place des réformes, il faut de la stabilité. L'élection de Pedro Sanchez à la tête du parti socialiste espagnol pose-t-elle, selon vous, un risque pour la stabilité politique du pays ? Les réformes en seront-elles affectées ?

Nous ne nous occupons jamais des évolutions politiques internes dans les États membres, tant que les populistes ne sont pas vainqueurs. Tout comme nous ne commentons pas la vie interne des partis européens. Ce qui se passe au sein du PSOE regarde l'Espagne, et la question de la stabilité politique du pays concerne le gouvernement espagnol et les partis espagnols.

Pensez-vous que l'élection du nouveau président français ouvre une nouvelle dynamique politique en Europe ?

Je suis personnellement très content parce que depuis des années je propose de nommer un ministre des Finances de la zone euro, un budget et un parlement de la zone euro. Donc oui, il me semble qu'une fenêtre d'opportunité s'est ouverte. Cela ne veut pas dire que tout sera fait en un an ou que nos visions s'harmoniseront du premier coup. Nous savons que ce ne sera pas le cas, mais nous savons aussi qu'il existe une volonté d'aller vers une zone euro plus intégrée, plus forte, qui crée plus d'emplois et de croissance. La Commission, et moi-même, tout particulièrement, dédieront toute notre énergie politique à cet objectif.

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Contexte

Le 22 mai, la Commission européenne a annoncé que le Portugal ne serait plus soumis à une procédure de déficit excessif. Après avoir reçu un renflouement de 78 milliards d'euros en 2011, le pays s'est redressé et l'exécutif européen a estimé qu'il atteindrait cette année un déficit de 2 % du PIB, soit bien en-dessous du plafond européen fixé à 3 %.

L'Italie a aussi reçu de bonnes nouvelles, puisque la Commission a indiqué que Rome ne devrait pas introduire de nouvelles mesures de réduction de la dette, pourtant écrasante, à 133 % du PIB. L'institution a donné un avis positif sur les mesures adoptées cette année.

La Commission a par ailleurs décidé d'appliquer une marge de flexibilité à la Lituanie et à la Finlande.

Un avertissement a cependant été envoyé à la Roumanie, qui « dévie sérieusement » du plan budgétaire censé équilibrer ses comptes publics. La Commission a proposé que le pays adopte de nouvelles mesures de correction.

Après des années de déficit excessif, d'avertissement, de mesures d'austérité et, plus récemment, de flexibilité de la part de la Commission, tous les États membres respectent aujourd'hui les règles budgétaires de l'Union, à l'exception de la France, de l'Espagne, de la Grèce et du Royaume-Uni.

La France est le seul pays du groupe qui compte toujours des déséquilibres macroéconomiques excessifs.

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Par Jorge Valero, Euractiv.com (traduit par Manon Flausch)

(Article publié le mardi 23 mai 2017)

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Commentaires 16
à écrit le 30/05/2017 à 17:29
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Moi, j'aimerais que Moscovici se fasse le plus discret possible, cela nous ferait des vacances. Parce quand on voit son palmarès et son parcours je me demande s'il est bien placé pour donner un avis quelconque. D'ailleurs, quand est-ce qu'on supprime...

à écrit le 30/05/2017 à 13:39
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"Tout le monde n'est pas convaincu de l'efficacité du pacte de croissance et de stabilité, mais regardez les progrès qui ont été réalisés entre 2011 et 2017: nous sommes passés de 24 pays concernés par des procédures de déficit excessif à quatre pays...

à écrit le 29/05/2017 à 13:36
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Nous, nous aimerions que l'Europe n'accepte plus l'élite de la médiocrité, de la bêtise, de la sottise dans son organisation. Pour qu'elle soit plus proche de la vie des citoyens et des citoyennes. Mais ceci nous le verrons jamais. Malheureusement...

à écrit le 29/05/2017 à 13:24
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que m Moscovici démissionne la prescription n'est la que pour faire semblant il a recu des costumes donc il a favorise la corruption de lesgislateur et a ce titre aucune impunité il doit degager et en plus il preconise une austerite que lui mi...

à écrit le 29/05/2017 à 12:56
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Article entièrement mensonger et d'un idéologue coupé de la réalité : l'ESPAGNE n'est pas du tout dans les clous de ce qu'elle avait prévu pour la quatrième année consécutive, malgré la forte croissance. On aimerait connaitre les déficits macroécon...

à écrit le 29/05/2017 à 10:09
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Il est encore là celui la ?!

à écrit le 29/05/2017 à 7:24
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Issu de la médiocrité verbeuse , Moscovici tente de devenir moralisateur de hauteur !?! Décidemment cette société a complètement chamboulé le système de valeurs !

à écrit le 28/05/2017 à 23:27
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voir les manifestations massives à Madrid pour "la dignité" de l'emploi, avec l'Espagne, l'Italie, le Portugal, la France sont trainées dans les décombres industrielles et la misère, l'indignité du travail alors que d'autres pays de l'Europe, B...

à écrit le 28/05/2017 à 19:55
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"Nous ne nous occupons jamais des évolutions politiques internes dans les États membres, tant que les populistes ne sont pas vainqueurs" Il faut en conclure que si Le Pen avait été élue présidente, le peuple français en aurait subi les conséquences ...

à écrit le 28/05/2017 à 19:05
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Surtout avec ce gabarit, toujours aussi inspiré le moscovici.....

à écrit le 28/05/2017 à 18:09
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Des paroles de politiciens dont le principal intérêt, pour eux-mêmes est que les peuples européens se plient à marche forcée à la purge néolibérale qui est en train de s’abattre sur l'europe. Les défenseurs de cette UE n'en sont que les profiteur...

à écrit le 28/05/2017 à 15:11
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Encore un donneur de leçons qui a été un piètre ministre de l'économie et des finances.....la force de ces gens est leur suffisance.....

à écrit le 28/05/2017 à 14:48
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"Nous ne nous occupons jamais des évolutions politiques internes dans les États membres, tant que les populistes ne sont pas vainqueurs." En d'autres termes, nous ne nous occupons jamais des évolutions politiques internes dans les États membres, t...

à écrit le 28/05/2017 à 12:13
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La Commission de Bruxelles est le cancer de l'Europe ; Plus vite la commission de bruxelles sera dissoute énergiquement, plus vite l'économie de la France s'améliorera. Les membres de la commission ne sont élus de rien du tout et ils sont néfas...

le 28/05/2017 à 13:18
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Très péremptoires vos commentaires. Mais il s'agirait de pousser le raisonnement. Je suis assez sceptique concernant l'action de la commission européenne, seulement il faudrait quand même constater que la situation économique dans lesquels les pa...

le 28/05/2017 à 14:28
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Viiite ! Brisons le thermomètre et notre économie sera soignée !

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