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ÉconomieUnion européenne

Nouvelle hémorragie électorale en Hesse : Merkel quitte la présidence de la CDU

latribune.fr

Publié le 30 octobre 2018 à 09:31 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 00:22

Angela Merkel, Allemagne

Angela Merkel, Allemagne

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Tirant les conséquences d'une douloureuse débâcle électorale dans le land de Hesse le 28 octobre, la chancelière Angela Merkel a annoncé qu'elle ne se représentera pas à la présidence de la CDU en décembre à Hambourg et qu'elle se retirera de la chancellerie à l'issue de son quatrième (et dernier) mandat, en 2021. La course à la succession s'ouvre en Allemagne.

La chancelière allemande a posé les jalons de son retrait du pouvoir en annonçant le 29 octobre que son mandat de chancelière, le quatrième depuis son arrivée au pouvoir en 2005, sera "le dernier". À l'échéance prévue en 2021, elle a dit aussi ne pas avoir l'ambition de commencer une carrière dans les institutions européennes, comme certains médias allemands lui en prêtaient l'intention. Et de même, en vue d'un congrès de la CDU en décembre à Hambourg, elle a indiqué renoncer à se présenter à un renouvellement de son mandat de présidente du mouvement, qu'elle occupe depuis 18 ans.

À l'évidence, une page se tourne en Allemagne, mais aussi en Europe. Illustration de sa longévité, Merkel a côtoyé trois présidents américains - sa relation avec Donald Trump est plus mouvementée qu'avec ses prédécesseurs à la Maison blanche -, quatre présidents français et cinq Premiers ministres britanniques.

--

[À la tête du CDU depuis 2000, elle ne battra tout de même pas le record de Helmut Kohl ou encore celui de Willy Brandt. Un graphique de notre partenaire Statista]

L'élection régionale dans le Land de Hesse a résonné comme un référendum de satisfaction

Le revers électoral subit dimanche dernier par les conservateurs - et plus largement par la coalition allemande -, dans le land de Hesse est venu confirmer l'usure politique de la chancelière allemande, mais aussi le rejet des deux grands partis traditionnels, comme ailleurs en Europe.

Avec 27% des voix, le parti d'Angela Merkel est, certes, arrivé en tête du scrutin, mais il a perdu 11 points par rapport au vote précédant en 2013. Le parti social-démocrate (SPD) ressort lui aussi éreinté avec autour de 19,6%, contre 30,7% il y a cinq ans en Hesse, où se situe la capitale financière de l'Allemagne, Francfort. Les gagnants sont les écologistes qui doublent leur score à près de 20% et surtout, l'extrême droite de l'AfD (Alternative pour l'Allemagne), qui bondit à 13%. Le parti entre dans le dernier parlement régional où il n'était pas encore représenté.

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Il s'agit du deuxième scrutin régional décevant pour le camp conservateur allemand, après une élection en Bavière il y a deux semaines qui l'a vu perdre la majorité absolue qu'il y détenait depuis des décennies.

Le risque d'une perte d'autorité en Europe

À la tête de la première puissance économique européenne, Angela Merkel a été en première ligne dans la réponse à la crise de la zone euro, en 2008-2009, où son intransigeance sur la discipline budgétaire en a fait une figure honnie en Grèce mais a contribué à rassurer ses électeurs allemands, soucieux de devoir régler les dettes des autres pays de la zone euro. En revanche, ces mêmes électeurs se sont divisés sur sa politique d'accueil des migrants : en ouvrant à l'été 2015 les frontières de son pays, la chancelière a permis l'arrivée de près d'un million de réfugiés en Allemagne.

Sa popularité n'a depuis cessé de refluer tant dans l'opinion que dans son propre camp. Et sa décision a coïncidé avec l'essor de la formation anti-migrants de l'AfD qui est entrée pour la première fois au Bundestag à la faveur des élections fédérales de septembre 2017.

De nombreux experts, dont Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman, estiment que la chancelière allemande risque de souffrir d'une perte de crédibilité à l'international - en Europe notamment, au moment où l'UE traverse une crise -, en annonçant son départ dans deux au plus tard. Le président français Emmanuel Macron, dont les projets de réforme de l'UE ont pâti de l'affaiblissement de la chancelière, a quant à lui salué "la décision extrêmement digne" prise par Angela Merkel, en affirmant son "admiration" pour elle.

"Elle a eu à faire face à de nombreux défis, la crise migratoire comme la crise financière, et elle n'a jamais oublié quelles étaient les valeurs de l'Europe. Avec beaucoup de courage, elle a dirigé et elle dirige son pays", a-t-il déclaré.

Qui pour diriger la CDU ?

La compétition pour remplacer Angela Merkel à la tête du parti conservateur (et peut-être ensuite l'Allemagne) est lancée. Trois candidats se sont d'ores et déjà déclarés en interne pour lui succéder comme président(e) de la CDU.

Parmi eux figure la secrétaire générale du parti, Annegret Kramp-Karrenbauer (dite "AKK"), considérée comme la dauphine adoubée par Angela Merkel. Opposée au droit au mariage des couples homosexuels, conservatrice sur les autres questions de société, elle est, par ailleurs, une avocate du salaire minimum et des droits des salariés. Si elle partage la même approche rationnelle de la politique avec la chancelière, sa foi catholique et son appartenance à la culture de l'ouest contrastent avec le protestantisme de Merkel, qui a grandi en outre en ex-RDA.

"Si c'est Annegret Kramp-Karrenbauer, c'est plutôt une bonne chose pour la relance de l'UE. Elle est proche de la France et très européenne. Elle sera plus active que Merkel, qui a toujours joué en fond de court", estime Jean-Dominique Giuliani, le président de la Fondation Robert Schuman.

Il y a aussi le ministre de la Santé Jens Spahn. Et d'autres pourraient lui emboîter le pas, comme le dirigeant de la puissante région de Rhénanie du Nord-Westphalie, Armin Laschet, qui n'exclut pas de se lancer dans la course.

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La chancelière a néanmoins insisté sur le fait qu'elle n'avait pas de favori pour sa succession. Le nouveau dirigeant sera élu par un millier de délégués réunis en congrès les 7 et 8 décembre à Hambourg.

(avec AFP et Reuters)

latribune.fr

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