Merkel-Macron : un (modeste) budget de la zone euro rempli d'incertitudes

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Macron et Merkel proposent d’établir un budget de la zone euro afin de promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro, à partir de 2021.
Macron et Merkel proposent d’établir un budget de la zone euro "afin de promouvoir la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro", à partir de 2021. (Crédits : Hannibal Hanschke)
Emmanuel Macron et Angela Merkel ont adopté mardi soir au château de Meseberg en Allemagne une déclaration commune intitulée "renouveler les promesses de l’Europe en matière de sécurité et de prospérité" à l'occasion d'un conseil des ministres franco-allemand. Si le projet d'un budget de la zone euro a été acté, de nombreux flous demeurent sur le montant de l'enveloppe notamment.

La France et l'Allemagne ont enfin trouvé un terrain d'entente. Après plusieurs mois de tractations et de discussions, Angela Merkel et Emmanuel Macron se sont mis d'accord pour mettre en place un budget de la zone euro à partir de 2021. Si de nombreuses incertitudes demeurent, les deux dirigeants ont tout de même fait une déclaration commune pour préciser leurs ambitions :

"La France et l'Allemagne sont fermement résolues non seulement à préserver les acquis de l'Union européenne mais encore à renforcer leur coopération au sein de cette dernière en veillant constamment à assurer à la fois l'unité de ses États membres et son efficacité. L'Union européenne se montrera à la hauteur de ses valeurs et jouera un rôle important dans la protection des droits de l'homme et dans la défense, la réforme et le renforcement du multilatéralisme."

Cette position commune en faveur du multilatéralisme et de la coopération tranche avec le protectionnisme de Donald Trump qui ne cesse mettre en avant son slogan de campagne "Make america great again".  Le compromis trouvé a été "difficile", a admis la chancelière, alors que les deux pays ont également annoncé plusieurs accords sur la migration ou l'Europe de la Défense lors de ce conseil des ministres franco-allemand à Meseberg, dans le nord de Berlin. "Mais je pense que nous avons trouvé une bonne solution", a-t-elle jugé. Pour autant, l'annonce de telles mesures est-elle à la hauteur des ambitions ?

Un budget modeste de la zone euro

Cette enveloppe d'investissement sera définie sur une base pluriannuelle avec des ressources provenant à la fois de contributions nationales de l'affectation de recettes fiscales et de ressources européennes. Le financement de ce budget pourrait également se faire par une taxe sur les transactions financières.

Si cette mesure a été saluée, le gouvernement français risque d'être déçu par le montant et les modalités de mise en place. En effet, les sommes annoncées par l'AFP et Reuters s'élèvent à quelques dizaines de milliards alors que la France espérait plusieurs centaines de milliards d'euros. En revanche aucun montant ne figure dans le document. Par ailleurs, le budget de la zone euro doit encore obtenir le feu vert des 17 autres pays de la zone euro pour entrer en vigueur.

Un budget pour quelles ambitions ?

Dans la déclaration commune, les deux premières économies de la zone euro veulent promouvoir "la compétitivité, la convergence et la stabilisation dans la zone euro, à partir de 2021." En dépit de la mise en place de l'Union monétaire entre les 19 pays, de nombreuses divergences demeurent entre plusieurs régions. La crise financière de 2007-2008 a mis en exergue les fragilités des pays du Sud de l'Europe et les profondes divisions politiques et économiques qui existaient au sein du Vieux continent. Ce budget permettrait de financer des investissements dans l'innovation et le capital humain. Il pourrait financer "de nouveaux investissements et venir en substitution de dépenses nationales."

Pour prévenir les effets d'une prochaine crise sur le marché du travail, les deux Etats ont signalé leur intention d'étudier la mise en place d'un Fonds européen de stabilisation de l'assurance chômage. Les deux pays devraient mettre en place un groupe de travail dans le but de faire des propositions concrètes pour le conseil européen de décembre prochain.

Un partage des risques dans le secteur financier

Outre un budget de la zone euro, Angela Merkel et Emmnanuel Macron ont réaffirmé leurs ambitions de mettre en place des mesures de limitation des risques financiers. Sur ce dernier point, la première puissance économique de la zone euro a longtemps exprimé des réticences sur l'idée de transferts. A plusieurs reprises, le gouvernement allemand est resté fidèle à la doctrine édictée par Angela Merkel en 2010, "pas un euro pour la Grèce", même au pire moment de la crise.

> Lire aussi : Grèce : le piège de Wolfgang Schäuble se referme

La chancelière et le chef d'Etat français ont néanmoins exprimé la nécessité d'un révision du traité intergouvernemental sur le mécanisme européen de stabilité (MES) "afin d'y inclure le backstop (filet de sécurité commun), de renforcer l'efficacité des instruments de précaution pour les États membres et de renforcer son rôle dans l'  évaluation et le suivi des futurs programmes." Entré en vigueur en septembre 2012, le MES a pour objectif de fournir une aide financière aux Etats membres qui peuvent connaître des risques financiers. Le couple franco-allemand propose d'intégrer le MES dans les traités européens. Ils veulent ainsi achever l'Union bancaire.

Des obstacles à surmonter

Lors du prochain sommet du Conseil européen à Bruxelles les 28 et 29 juin prochains, les deux pays voisins vont encore devoir convaincre les autres Etats membres de s'accorder sur leurs principales propositions. Mais là encore, les divisions devraient accroître les difficultés pour faire adopter de telles propositions. Par ailleurs, la coalition allemande traverse actuellement une période très tendue sur la crise migratoire. Ce qui pourrait également retarder le processus d'adoption du budget de la zone euro. Le parti bavarois CSU, dans une alliance avec l'Union démocrate chrétienne de la chancelière, a déjà demandé la convocation rapide d'une réunion des membres du gouvernement et des représentants des partis au pouvoir pour débattre des décisions annoncées la veille au sommet franco-allemand.

> Lire aussi : Zone euro : les recommandations des économistes allemands et français

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Commentaires
a écrit le 28/06/2018 à 17:07 :
Ils sont foutus , heureusement , et pour le bien de leur nation respective .
Mais qui dans leur camp va leur dire que le roi est nu .
Mme MERKEL semble l avoir compris et s attache à faire durer .
M. Macron s attache lui à détruire !
Réponse de le 28/06/2018 à 19:15 :
Il semblerait que Borloo s y essaye , bon courage !!
a écrit le 21/06/2018 à 13:39 :
L' Allemagne devient plus un boulet qu'un moteur pour remettre une Europe respectée, plus juste et fraternelle sur les rails.
Le maintien de Mme Merkel est plus négatif que positif, même si elle est plus européenne car elle n'a pas de majorité.
Son nouveau mandat va bloquer le redressement de l'Europe dans une voie plus démocratiques et consensuelle pour les peuples.
a écrit le 21/06/2018 à 11:05 :
Pathétique et sans doute ultime et ridicule bouée de sauvetage lancée à une Europe qui s'enfonce. Ou plutôt un gadget pour ménager les apparences dont les protagonistes actuels devraient se rendre compte qu'elles ne suffisent plus à rassurer. A noter au passage que l'Allemagne se fait rembourser quelques milliards par la........ Grèce à titre d'intérêts pour des prêts antérieurs.
a écrit le 21/06/2018 à 9:11 :
"La France et l'Allemagne sont fermement résolues non seulement à préserver les acquis de l'Union européenne"

Quels acquis ? Ca nous ne le serons jamais par contre...

"Un partage des risques dans le secteur financier"

Ça on est habitué, les riches font prendre des risques à tout le monde sans jamais perdre quoi que ce soit faisant porter leurs incompétences et compromissions sur les caisses publics alimentées par les citoyens.

Bref du bla bla, des grandes intentions affirmées, de l’esbroufe, une poignée de mains et tout va bien.

Vite un frexit.
a écrit le 20/06/2018 à 23:10 :
Exactement ce qui etait prévu (et annoncé par Varoufakis en 2016): l’allemagne offre un budget symbolique de la zone euro de quelques milliards a la France afin de perpetuer en UE l’ordoliberalisme de Schauble qui malgrès son départ continue de tirer les ficelles. On va enfin pouvoir juger Macron. Soit il se couche servilement devant Merkel qui n’a rien donné de ce qu’il attendait, soit il rejoint une coalition des pays du sud. Dans tous les cas la zone euro en est a ses derniers balbutiements.
a écrit le 20/06/2018 à 22:15 :
La réponse d’Angela Merkel est donc stratégiquement très mûrie. Elle reste d’airain sur ses propres intérêts fondamentaux (politique monétaire et économique de l’Allemagne), souple sur les chemins sans danger (politique migratoire, bloquée par les pays de l’Est), et subtilement offensive sur les intérêts fondamentaux adverses (politique de la défense et diplomatie pour la France). Cette réponse sobre et discrète, contrastant avec les envolées lyriques et les visions d’illuminés du discours de la Sorbonne de Macron, est donc un refus ferme.

Ainsi s’affiche outre-Rhin ouvertement le rejet d’un approfondissement de l’UE. Devant la nouvelle donne économique due au protectionnisme des USA, les divergences entre les intérêts nationaux de la France et de l’Allemagne vont s’accentuer et le fossé va continuer à se creuser. Emmanuel Macron est en réalité complètement isolé au sein de l’UE.
La rencontre qui vient d’avoir lieu ce 19 juin 2018 en Allemagne entre Angela Merkel et Emmanuel Macron n’a en rien changé la donne. Certes Mme Merkel a affirmé vouloir « la mise en place d’un budget commun pour la zone euro visant à mieux la protéger contre les crises ». Mais, outre que 8 États de l’Union européenne ont déjà indiqué qu’ils y mettraient leur veto, Emmanuel Macron a révélé que ce budget « pourrait être mis en place en 2021 », c’est-à-dire… dans trois ans !
Autant dire jamais à l' aune de l' exposition de la zone euro.
https://www.upr.fr/actualite/france/angela-merkel-rejette-definitivement-les-etats-unis-deurope-demmanuel-macron-par-alain-mor
a écrit le 20/06/2018 à 20:07 :
"la protection des droits de l'homme et dans la défense, la réforme et le renforcement du multilatéralisme." Pour le français Macron la protection des droits de l'homme, c'est simplement la protection de l'Etat de droit. S'en suit la défense de l'Etat. Quant au multilatéralisme à la française, c'est tout pour l'Etat. State first! La nouvelle la plus intéressante de l'article est bien le remplacement des contributions des Etats à l'Europe par un impôt européen, sans aucune promesse de baisse des impôts nationaux en proportion. Macro-impôt!
a écrit le 20/06/2018 à 18:37 :
« Si cette mesure a été saluée, le gouvernement français risque d'être déçu par le montant et les modalités de mise en place. En effet, les sommes annoncées par l'AFP et Reuters s'élèvent à quelques dizaines de milliards alors que la France espérait plusieurs centaines de milliards d'euros. »

Sauf erreur de ma part la France qui est un contributeur net de l’Union Européenne a également pour vocation à être un contributeur net du budget de la zone euro, cela dans un contexte où la sortie du Royaume-Uni dans l’UE allait déjà nécessiter une augmentation de la contribution nette de la France au budget de l’UE. Et malgré cela on n’a pas hésité à demander la constitution d’un budget de la zone euro euro de plusieurs centaines de milliards d’euros !». Heureusement que les allemands ont réduits la facture surtout pour eux mais aussi pour nous par la même occasion. Il a une certaine logique pour l’Allemagne à se sacrifier budgétairement pour pour la zone Euro car son économie a été effectivement capable de profiter de la mise en place de l’Euro, mais ce n’est pas du tout le cas de la France qui en a souffert (désindustrialisation et énorme déficit commercial). Elle ne fait qu’aggraver ses problèmes en se sacrifiant financièrement pour l’UE et l’Euro.

Quoi qu’il en soit en raison de tout ce que nous coûte l’Europe il va vraiment falloir, pour l’État français, éviter de dépenser un « pognon de dingues » en France.
a écrit le 20/06/2018 à 18:37 :
Toute la communication politique du monde ne suffira jamais à transformer une réformette en succès. Macron s'est pris une fessée, point barre. En gros il a réussi à mettre de l'encre française dans le stylo.
a écrit le 20/06/2018 à 17:54 :
Que l'UE se charge du calibrage des tomates, on s'occupe du reste.
a écrit le 20/06/2018 à 17:18 :
Elle ne peut rien bouger sans un accord gouvernemental et son aile droite est en désaccord avec elle. Par ailleurs, il faut l'accord des 27 en UE et particulièrement sur la problème migratoire auquel le chancelier autrichien Kurz vient de dire et c'est à l'encontre de la chancelière et du précédent chancelier socialiste autrichien Kern : Ceux qui ont ouvert grand les frontières en 2015, portent la responsabilité de la suppression des contrôles aux frontières aggravant ainsi la situation. Aussi désagréable que cela puisse paraitre, il y a pas de consensus au sein du gouvernement allemand , même si on peut souligner qu'il y ait enfin en Europe une évolution de mentalité. .
a écrit le 20/06/2018 à 16:18 :
Plus ce quinquennat, pour qui j'ai voté avance, plus il montre combien la com que l'on peut estimer à outrance, les grandes déclarations accouchent de petites souris. M. Macron montre son attachement à cette politique française de montrer que les grandes tirades souvent en hurlant ou parfois en humiliant ou pire en donneuse de leçons est dans l'incapacité à faire valoir ses idées. Le voyage aux US un fiasco en terme de retour, la visite en Russie idem, l'accolade avec le premier ministre israélien une kermesse, les entretiens téléphoniques avec le premier ministre iranien RAS enfin les embrassades avec la chancelière un bisou de remerciements pour avoir accepté de ne pas être bredouille en rentrant à l'Elysée. L'égo démesuré n'est pas à la hauteur des résultats bien au contraire un peu d'humilité serait la bienvenue mais l'arrogance ne permet pas une analyse réaliste de sa personne. Dommage que la première Dame ne puisse l'amener à faire une thérapie sur lui même, le mot humble n'est pas dans le vocabulaire du Président dommage celui qui se prend pour Jupiter ne peut avoir lu Ghandi.
a écrit le 20/06/2018 à 16:14 :
Le montant est insuffisant mais c'est un début. Il faut se rappeler qu'aider la Grèce nous aurait couté moins cher que ne pas l'avoir aidé.
Réponse de le 20/06/2018 à 16:49 :
Tu nous la sors bonne John!
a écrit le 20/06/2018 à 13:34 :
L’Union européenne est aux prises avec de sérieux problèmes économiques et/ou politiques dans plusieurs de ses pays membres. Le nouveau gouvernement de coalition en Italie est une défiance contre l’UE et l’euro. Alors que le ratio dette/PIB du pays est le plus élevé d’Europe, le nouveau régime italien exacerbera les problèmes. Des taxes plus faibles et des dépenses plus élevées le garantissent. Comme le graphique ci-dessous le montre, le ratio dette/PIB de l’Italie est déjà de 140%. D’ici 2050, il devrait atteindre 210%. Lorsque les taux d’intérêt grimperont, le seul paiement des intérêts absorbera tous les revenus fiscaux. L’Italie sera en faillite bien avant 2050, et elle fera défaut sur l’ensemble de sa dette. "
Et l' UE sera tombée bien avant cela...
https://www.businessbourse.com/2018/06/19/egon-von-greyerz-leffondrement-mondial-sera-devastateur-aucune-solution-ne-pourra-le-contrer/
a écrit le 20/06/2018 à 13:32 :
Un sparadrap sur une jambe de bois
a écrit le 20/06/2018 à 12:51 :
une certitude Des nouvelles taxes et decisions prises par la commission donc non democrtatique comme dab

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