Bruxelles révise à son tour la prévision de croissance française pour 2021 : +6% !

La Commission européenne table désormais pour cette année sur une croissance de 4,8% du produit intérieur brut (PIB) des 19 pays ayant adopté la monnaie unique, contre 4,3% prévu en mai. Cette révision marquée s'explique principalement par l'impact de la réouverture des économies nationales au deuxième trimestre, qui a profité au secteur des services et devrait relancer le tourisme. Concernant la France, Bruxelles s'est aligné sur les prévisions de l'Insee d'une croissance de 6%. En mai dernier, elle tablait sur une croissance de 5,7%.
Grégoire Normand

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L'exécutif communautaire a aussi relevé sa prévision d'inflation pour 2021 mais elle estime que la hausse des prix à la consommation devrait ralentir dès l'an prochain.
L'exécutif communautaire a aussi relevé sa prévision d'inflation pour 2021 mais elle estime que la hausse des prix à la consommation devrait ralentir dès l'an prochain. (Crédits : GONZALO FUENTES)

Les clignotants passent au vert. Après un début d'année 2021 chaotique marqué par des vagues épidémiques et des fermetures de frontières, l'économie européenne retrouve peu à peu le chemin de la croissance. Selon les dernières prévisions de la Commission européenne dévoilées ce mercredi 7 juillet, le produit intérieur brut (PIB) de la zone euro et celui de l'Union européenne devraient augmenter de 4,8% en 2021 et 4,5% en 2022 après une récession brutale de -6% en 2020. Les statisticiens de la Commission ont ainsi révisé à la hausse leurs projections par rapport à celles du printemps de 0,6 point de pourcentage pour l'Union européenne (4,2% en 2021 en mai) et 0,5 point pour la zone euro (4,3% en 2021 en mai). Pour rappel, en février, l'exécutif européen tablait sur une hausse du PIB des 19 pays partageant la monnaie unique de 3,8% pour 2021 et 2022.

La croissance devrait ainsi retrouver son niveau d'avant-crise au dernier trimestre de l'année 2021. L'accélération de la vaccination et la levée des barrières prophylactiques durant les six premiers mois de l'année ont contribué à éclaircir l'horizon économique. "L'économie de l'UE devrait connaître sa croissance la plus rapide depuis des décennies cette année, sous l'effet d'une forte demande à la fois au niveau interne et au niveau mondial ainsi que d'une réouverture plus rapide que prévu des secteurs de services depuis le printemps" a déclaré le Commissaire européen à l'économie Paolo Gentiloni.

Il reste que de nombreux aléas sanitaires demeurent particulièrement scrutés par les autorités. La recrudescence des contaminations dans certains pays en raison notamment du variant Delta a parfois obligé les pays à mettre en place de nouvelles restrictions comme en Espagne par exemple. Cette nouvelle menace repousse à nouveau la bonne exécution du plan de relance européen censée démarrer ce mois de juillet. Au delà de l'effet de base statistique provoqué par le recul historique du PIB en 2020, la répétition du scénario de 2020 avec de nouvelles vagues et la mise en œuvre de nouvelles fermetures serait catastrophique pour l'économie européenne déjà mise à genoux en 2020.

Une reprise relativement forte dans la plupart des pays

Les tableaux rendus publics par l'exécutif européen ce mercredi montrent que la plupart des économies du Vieux continent devraient enregistrer une croissance relativement forte au cours de l'année 2021 supérieure ou égale à 3%. En haut du podium figurent l'Irlande (7,2%), l'Espagne (6,2%) et la France (6%). La direction statistique bruxelloise tablait jusqu'ici sur une croissance de 5,7% pour l'Hexagone. Elle s'aligne sur les derniers chiffres de croissance de  l'Insee. L'institut de statistiques basé à Montrouge dans les Hauts-de-Seine table sur une hausse de 6% de l'activité en 2021 soutenue notamment par la demande domestique. Pour l'heure le gouvernement reste sur une hausse du PIB de 5%.

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L'Espagne pourrait également connaître une croissance soutenue après avoir subi une année cataclysmique sur le plan sanitaire et économique. Du côté de l'Italie, la croissance projetée est de 5% en 2021. La péninsule qui fait partie des premiers pays européens à être entrée dans la pandémie en 2020 compte sur le plan de relance bruxellois pour financer des grands travaux de rénovation des infrastructures. L'enveloppe globale de 220 milliards d'euros est en grande partie abondée par les subsides européens.

Du côté de l'Allemagne, la croissance devrait augmenter de 3,6% en 2021 et 4,6% en 2022. La première économie de la zone euro devrait connaître un rythme moins élevé que ses autres grands voisins en raison notamment d'un moindre recul de l'activité en 2020 (-4,8%). Cette année électorale avec la fin de l'ère Merkel devrait être particulièrement scrutée sur la scène internationale.

Une inflation en légère hausse qui baisse dès 2022

D'autre part, l'accélération de l'indice des prix en début d'année a provoqué une vague de craintes dans certains milieux économiques et financiers. La flambée des prix des matières premières, les pénuries de certains composants et les goulets d'étranglement sur quelques chaînes d'approvisionnement ont alimenté le spectre d'une remontée durable de l'inflation. D'après les conjoncturistes européens, l'inflation devrait s'élever à 1,9% en 2021 et redescendre à 1,6% en 2022. Les "pressions devraient perdre progressivement de leur intensité, lorsque les contraintes qui pèsent sur la production seront levées et que l'offre et la demande convergeront" explique la Commission.

La sortie de crise nécessite en effet des ajustements entre l'offre et la demande. Ces ajustements entraînent mécaniquement des frictions entre secteurs qui ont grandement accéléré et d'autres qui sont encore à la peine. Lors d'un point presse jeudi dernier, les économistes de l'Insee ne tablaient pas sur un retour durable de la hausse des prix liée à une augmentation des salaires. "La hausse des prix de consommation peut conduire des revalorisations salariales, augmentant à leur tour les coûts de production et par conséquent les prix de consommation, et ce pour l'ensemble des produits (« boucle prix-salaires »). Cependant, cette boucle prix-salaires ne semble pas s'enclencher pour le moment, au niveau global" expliquent-ils dans leur dernière note de conjoncture. En outre, le taux de sous-emploi reste encore élevé et le taux de chômage ne devrait pas s'améliorer tout de suite au regard des dégâts engendrés par la pandémie.

Le défi de la vaccination

Ces prévisions macroéconomiques favorables pour la fin de l'année dépendent en grande partie de l'évolution de l'épidémie et de la vaccination. "Nous devons redoubler nos efforts de vaccination en nous appuyant sur les progrès impressionnants réalisés ces derniers mois: la propagation du variant Delta nous rappelle que nous ne sommes pas encore sortis de l'ombre de la pandémie", a déclaré le commissaire à l'Economie, Paolo Gentiloni.

En France, les autorités sanitaires ont constaté une baisse quotidienne du nombre de personnes vaccinées. Ce recul pourrait bien menacer la reprise économique au mois de septembre si le gouvernement se retrouve face à une nouvelle flambée épidémique et une saturation des hôpitaux. En outre, le déploiement et l'efficacité du plan de relance européen va en grande partie dépendre de la situation sanitaire dans chaque pays. Or l'Europe a montré au début de la pandémie qu'elle avançait en ordre dispersé dans la stratégie vaccinale. En effet, la compétence sanitaire revient avant tout aux Etats et non aux institutions européennes. Plusieurs économistes qui ont déjà pointé le décrochage économique de l'Europe à l'égard de la Chine et des Etats-Unis depuis le début de l'année 2020 redoutent une fin d'année 2021 marquée par de nouvelles restrictions. "Ce retour prévu au niveau d'avant-crise est conditionné à l'absence de restrictions sanitaires fortes" rappelait le chef du département de la conjoncture à l'Insee Julien Pouget lors d'un point presse.

Grégoire Normand

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Commentaires 2
à écrit le 07/07/2021 à 17:53
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Avec ou sans 4e, puis 5e confinements ?

à écrit le 07/07/2021 à 15:28
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Reste 6 mois et un alphabet grec à décliner. A suivre.

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