Pour produire plus de blé et lutter contre la flambée des prix, l'UE songe à reporter la règle de rotation des cultures

Prévue pour entrer en vigueur en 2023, la règle de rotation des cultures, prévue par la politique agricole commune (PAC), pourrait être décalée d'un an. C'est en tout cas ce que souhaitent plusieurs pays membres de l'Union européenne (UE), dont le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski, à cause du contexte particulier de guerre en Ukraine et la crise alimentaire qui en découle. La France, épinglée sur ce sujet par la Commission européenne, vise par ailleurs une validation de sa stratégie agricole dans l'été.

5 mn

La règle de ne pas cultiver deux années de suite la même plante sur une parcelle, prévue pour être obligatoire en 2023, pourrait ne finalement être imposée qu’en 2024.
La règle de ne pas cultiver deux années de suite la même plante sur une parcelle, prévue pour être obligatoire en 2023, pourrait ne finalement être imposée qu’en 2024. (Crédits : Reuters)

C'est l'une des conditions nécessaires pour qu'un agriculteur puisse recevoir des aides directes dans le cadre de la nouvelle PAC (politique agricole commune) : ne pas cultiver deux années de suite la même plante sur une parcelle. Cette règle vise à protéger les sols, favoriser la biodiversité et réduire la consommation des engrais. Prévue pour être obligatoire en 2023, elle pourrait ne finalement être imposée qu'en 2024.

Le ministre allemand de l'Agriculture Cem Özdemir a en effet proposé de reporter son instauration à 2024 - hypothèse qu'il avait d'ailleurs déjà formulée plus tôt dans le mois - à l'occasion d'une réunion avec ses homologues à Bruxelles mardi 24 mai. La raison ? L'invasion russe de l'Ukraine qui a provoqué une crise d'approvisionnement et une flambée des prix du blé, les deux pays assurant à eux seuls 30% du commerce mondial de cette céréale.

Lire aussi : Blé : l'interdiction des exportations indiennes fait exploser les prix

« Nous avons à gérer une situation exceptionnelle et je pense que cela nous aidera que nos agriculteurs puissent faire pousser du blé à nouveau, afin de soulager le marché », a expliqué le ministre allemand, membre du parti écologiste. Selon lui, si le « haut niveau d'autosuffisance en Allemagne, mais aussi dans toute l'Union européenne, permet de garantir la sécurité alimentaire en Europe », ce n'est pas le cas ailleurs et « nous avons une responsabilité envers le reste du monde ».

Une « majorité d'États membres » de l'UE sont favorables à cette dérogation d'après le commissaire européen à l'Agriculture Janusz Wojciechowski, lui compris. Il a par ailleurs indiqué que l'exécutif européen y « réfléchit » mais qu' « aucune décision n'a encore été prise à ce sujet ».

Ce report « n'est pas forcément l'idéal », a reconnu Janusz Wojciechowski, soulignant que « de manière générale la rotation des cultures est une pratique agricole très importante qui doit être maintenue ». Et d'ajouter : « Mais s'il faut augmenter la production cela devrait être autorisé, c'est mon opinion personnelle pour l'instant, la Commission est en train d'analyser tout cela ».

Lire aussi 3 mnInflation : le budget alimentaire pourrait bondir de 224 euros par personne en 2022

La France sommée de revoir sa « PAC » vise une validation dans l'été

Présent à Bruxelles ce mardi, le ministre français de l'Agriculture Marc Fesneau a par ailleurs indiqué qu'il visait une validation « dans l'été » du plan stratégique national (PSN), déclinaison de la PAC pour 2023-2027. Il a échangé sur ce sujet avec Janusz Wojciechowski suite aux remarques formulées début mai par l'exécutif européen sur le plan français.

La Commission avait invité la France, comme d'autres États membres, à revoir sa copie. Bruxelles a demandé à Paris de rehausser ses ambitions environnementales, estimant que son plan ne permettait « d'accompagner que partiellement la transition écologique des secteurs agricole et forestier », selon une lettre obtenue par le site Contexte.

Lire aussi 8 mnLes propositions de France Stratégie pour faire une transition écologique "soutenable"

Parmi les faiblesses du plan français, la Commission européenne a pointé du doigt l'ouverture des rémunérations de niveau supérieur dans l'éco-régime - des aides directes pour récompenser les pratiques les plus vertueuses - aux agriculteurs certifiés "Haute valeur environnementale" (HVE), moins contraignant que le bio. Elle a aussi demandé à la France de « définir des prescriptions de rotation des cultures » et non pas d'appliquer une « règle générale » de diversification sur le territoire sans justification suffisante.

Pour ces deux raisons, Bruxelles demande à la France, première bénéficiaire de la PAC avec près de 9,4 milliards d'euros annuels de subventions, de « modifier certains éléments du Plan afin qu'il respecte pleinement le cadre réglementaire ». Chose à laquelle s'attelle le ministre de l'Agriculture français. « Il faut que nous avancions vite parce qu'il y a des exigences qui sont portées par ces PSN, des exigences environnementales, de transition, de captation de carbone, et il faut être au rendez-vous », a déclaré Marc Fesneau, dont le pays exerce la présidence tournante du Conseil de l'UE.

« L'horizon à souhaiter, c'est que nous ayons dans l'été une validation du PSN pour ce qui est de la France, qui ne va pas tarder à l'envoyer, c'est ce dont nous sommes convenus ». Et de justifier : « Il faut qu'on le fasse dans l'été parce que cela permet aux agriculteurs de prévoir leur assolement dans des conditions acceptables. Si on arrive au mois d'octobre, on est dans une configuration où ça pose un certain nombre de difficultés », a-t-il expliqué. Il a par ailleurs qualifié de « dense et fructueux » le dialogue avec la Commission pour « aboutir dans les délais évoqués ».

Lire aussi 5 mnAgriculture : l'Europe déroge à ses règles vertes pour sécuriser la production alimentaire

(Avec AFP)

5 mn

Sujets les + lus

|

Sujets les + commentés

Commentaires 5
à écrit le 28/05/2022 à 9:06
Signaler
Bonjour, l'Union européenne inscrire des règles de production écologique des cultures , pour protéger la biodiversité.... Certe se n'est pas la priorité de certains agriculteurs, mais cela est un choix de la population française. Ensuite, certains...

à écrit le 27/05/2022 à 13:49
Signaler
C'est idiot d'en parler maintenant, 2 mois trop tard pour semer le maïs et le tournesol. Ils vont devoir attendre les blés dans 1 an.

à écrit le 27/05/2022 à 8:49
Signaler
Bonjour., Les agriculteurs doivent suivre les règles sur les différents engrais et pesticides.... Ils ons déjà trops pollués les terres et les nappe d'eaux douce... Ensuite, la production de qualité s'est surtout pour eux , pour le reste ils font...

à écrit le 25/05/2022 à 17:16
Signaler
Bonjour, l'Europe a mis en culture les terre en jachère ( je reste surpris certains individus n'ons pas suivie la consigne) . Ensuite, la production devrait être importante, car le soleil brille, ils pleut de temps à autre, les blé sont déjà levée d...

à écrit le 25/05/2022 à 13:43
Signaler
Faut arrêter avec les règles de M.....e de UE . rendez la main aux agriculteurs français et donnez leur carte blanche pour produire de qualité et en France.

Votre email ne sera pas affiché publiquement.
Tous les champs sont obligatoires.

-

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.