Présidentielle : en Moldavie, la victoire de la ligne pro-européenne
latribune.fr
« Ensemble, nous avons démontré la force de notre unité, de notre démocratie et de notre engagement pour un avenir digne », a déclaré sur X Maia Sandu, pour célébrer sa victoire.
Reuters
Présidentielle : en Moldavie, la victoire de la ligne pro-européenne
La présidente moldave Maia Sandu entame un second mandat avec 55% des suffrages face à un ex-procureur soutenu par des élus socialistes prorusses. Elle veut œuvrer à une intégration rapide de son pays à l'Union européenne.
[Article publié lundi 4 novembre 2024 à 13h13, mis à jour à 14h08] Après une campagne électorale serrée, Maia Sandu, présidente pro-européenne de la Moldavie depuis 2020, a été réélue pour un second mandat dimanche. La candidate de 52 ans a recueilli 54,9% des voix, contre 45% pour Alexandr Stoianoglo, ex-procureur de 57 ans, soutenu par des élus socialistes prorusses, selon les résultats quasi-définitifs publiés par la Commission électorale du pays. Le candidat de l'opposition, surnommé l'« homme de Moscou», a donné du fil à retordre à la présidente moldave, avec de nombreuses voix acquises, avant que la tendance ne s'inverse au fur et à mesure de la campagne.
« Ensemble, nous avons démontré la force de notre unité, de notre démocratie et de notre engagement pour un avenir digne », a-t-elle réagi sur le réseau social X, pour célébrer sa victoire. « Aujourd'hui, chers Moldaves, vous avez donné une leçon de démocratie digne de figurer dans les livres d'histoire », a-t-elle aussi lancé à son quartier général de campagne, peu après l'annonce des résultats.
En milieu de journée, les socialistes prorusses ont réagi en contestant la légitimité de la présidente pro-européenne. Selon eux réélue grâce aux voix de la diaspora moldave, ils évoquent des « irrégularités ». « Maia Sandu est une présidente illégitime, reconnue seulement par ses soutiens et partisans à l'étranger. Le peuple moldave se sent trahi et volé », a ainsi déclaré le parti d'opposition, dans un communiqué.
Ingérence russe et référendum
Cette victoire électorale n'a pas été obtenue facilement. Comme lors des récentes législatives en Géorgie, autre ex-république soviétique, la Russie a été accusée d'ingérence dans le processus électoral, des allégations catégoriquement rejetées par le Kremlin. Tout au long de la journée du second tour, les autorités ont fait état « de tentatives de déstabilisation » et de cyberattaques. A ce sujet, un porte-parole du ministère des Affaires étrangères a qualifié ce lundi de « totalement inacceptable » une « une tentative massive et coordonnée (...) pour priver les Moldaves de l'étranger de leur droit de vote en les menaçant d'attentats à la bombe ».
Autre défi : le 20 octobre, en plein entre-deux tours du scrutin, avait déjà été organisé un référendum sur l'inscription ou non de l'adhésion à l'Union européenne dans la Constitution moldave. Un pari politique à haut risque pour Maia Sandu, avec finalement une victoire sur le fil du « oui ».
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Pour la parti présidentiel, ce référendum avait pour objectif d'ancrer davantage le pays dans une perspective pro-UE. Selon une analyse de la revue de géopolitique Le Grand continent, le taux de participation modéré à ce scrutin « apparaît comme un relatif insuccès, d'autant que des membres de l'opposition avaient appelé au boycott, permettant paradoxalement la victoire du oui ». Dans son discours de victoire, Maia Sandu a d'ailleurs lancé : « Je veux que vous sachiez que j'ai entendu toutes les voix, y compris les voix critiques », promettant d'être la présidente de « tous » dans un pays très divisé.
Une réélection saluée
De nombreuses figures politiques de l'Union européenne ont salué la réélection de Maia Sandu. A commencer par Ursula von der Leyen, présidente de la Commission européenne, qui sur le réseau social X a déclaré ce lundi : « ll faut une force rare pour surmonter les défis auxquels vous avez été confrontés lors de cette élection. Je suis heureuse de continuer à travailler avec vous pour un avenir européen pour la Moldavie et son peuple ».
Même éloge de la part duprésident français Emmanuel Macron. Il s'est réjoui que la « démocratie » ait « triomphé de toutes les interférences et de toutes les manœuvres », une référence aux soupçons d'ingérences russes durant la campagne électorale.
Quant au président ukrainien Zelensky, dont le pays partage une grande frontière avec la Moldavie, il a dit ce lundi sur X que l'Ukraine soutenait « le choix européen du peuple moldave, et est prête à travailler avec lui pour renforcer notre partenariat ». Et d'ajouter : « Les Moldaves ont fait un choix clair : ils ont choisi la voie de la croissance économique et de la stabilité sociale. Seules une véritable sécurité et une Europe unie et pacifique peuvent garantir à chaque personne et à chaque famille la confiance nécessaire pour affronter l'avenir avec espoir et certitude ».
Renforcer les liens avec l'UE
Le prisme pro-UE de la présidente moldave s'est renforcé en mars 2022, alors que les premières bombes tombaient en Ukraine. Maia Sandu coupe à ce moment-là les ponts avec Moscou, accueille des dizaines de milliers de réfugiés et frappe à la porte de l'Union européenne (UE), pour bénéficier de son « plan Marshall ». Pour rappel, avant cela, la dirigeante a longtemps cherché à ménager le président russe Vladimir Poutine, tout en normalisant ses relations à l'Ouest.
En juin 2023, elle marque les esprits en conviant 46 chefs d'Etats et de gouvernement pour accueillir le sommet de la Communauté politique européenne. Du jamais vu dans ce pays peu habitué aux honneurs. Un an plus tard, les négociations d'adhésion de son pays avec l'UE sont formellement ouvertes.
Parlant couramment le roumain, l'anglais et le russe, Maia Sandu jouit du « respect et de la reconnaissance » des dirigeants occidentaux, a commenté ce lundi pour l'AFP Armand Gosu, historien roumain spécialiste des anciens pays soviétiques et de la Russie. « Elle représente une grande chance pour la Moldavie », estime-t-il, soulignant qu'elle est probablement la première dirigeante du pays « d'une telle stature internationale ».
Maia Sandu est la première femme à occuper à partir de 2020 les plus hautes fonctions dans cet Etat situé entre l'Otan et la sphère d'influence russe. Sa personnalité discrète et son sourire timide contrastent avec son courage et sa « détermination » - le mot est de son homologue français Emmanuel Macron - à défendre un « cap clair » pour son pays face aux ingérences de Moscou, qui goûte peu ses désirs d'indépendance.