Royaume-Uni : les conservateurs perdent leur majorité absolue

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Pour l'heure, les Tories enverraient 318 Members of Parliament à Westminster (la majorité absolue se situe à 326 sièges) contre 261 pour le Labour.
Pour l'heure, les Tories enverraient 318 Members of Parliament à Westminster (la majorité absolue se situe à 326 sièges) contre 261 pour le Labour. (Crédits : Statista*)
Coup de tonnerre outre-Manche ! Confirmant des estimations publiées jeudi soir à la fermeture des bureaux de vote, les résultats définitifs - encore partiels - entérinent la perte de la majorité absolue conservatrice. Les travaillistes, eux, gagnent pour l'heure plus de 30 députés à la Chambre des communes, dans une élection anticipée censée donner un mandat clair à Theresa May pour négocier le Brexit.

[Article publié à 23h05 le 8 juin, mis à jour à 7h52 le 9 juin]

Theresa May a perdu son pari. Non seulement les conservateurs ne parviendront pas à amplifier leur majorité absolue (de 5 sièges actuellement), dans cette élection générale anticipée, mais ils perdent pour le moment 12 sièges, tandis que les travaillistes en gagneraient 31, selon les résultats définitifs de 646 circonscriptions sur 650.

Pour l'heure, les Tories enverraient 318 Members of Parliament à Westminster (la majorité absolue se situe à 326 sièges) contre 261 pour le Labour. Les nationalistes écossais perdent une vingtaine de sièges par rapport à 2015 et les libéraux-démocrates en gagneraient quatre (12 députés). Pas de majorité absolue donc, ce qui mène automatiquement à un Hung Parliament (parlement suspendu) et à des négociations pour former une coalition. Ou alors à la constitution d'un gouvernement de minorité conservateur.

Les estimations à la sortie des urnes, telles que présentées par la BBC et Sky News jeudi soir.

Theresa May en danger

Certes les conservateurs remportent une majorité relative de députés, avec près de 50 sièges d'avance sur les travaillistes, mais les résultats de cette élection viennent sanctionner une campagne ratée de la Première ministre Theresa May. Après un rétropédalage chaotique sur la réforme de la protection sociale et un mauvais bilan en tant que ministre de l'Intérieur mis en exergue, tragiquement, par les deux attentats terroristes de Manchester et du London Bridge, la Première ministre se retrouve ce vendredi en grande difficulté. En perdant une majorité absolue qu'elle comptait amplifier, la locataire du 10 Downing Street va se retrouver sous le feu des critiques, aujourd'hui, au sein de son propre parti. Difficile de l'imaginer, dans ces conditions, emmener un gouvernement conservateur minoritaire ou même une coalition avec le DUP nord-irlandais.

| Pour plus d'informations sur le système électoral : Les Britanniques votent, mode d'emploi de ces élections cruciales

Autre enseignement à tirer de ces résultats provisoires, le pari plutôt réussi, au contraire, de Jeremy Corbyn. Malgré une cote de popularité en berne auprès de ses députés et des électeurs travaillistes et une ligne difficile à tenir en ce qui concerne le Brexit, le dirigeant du Labour a mené une bonne campagne, basée sur un programme de justice sociale (renationalisation du rail et de la poste, augmentation du salaire minimum et du budget de la sécurité sociale) qui a visiblement plu aux Britanniques. Pour les travaillistes, la berezina promise au début de la campagne (certains observateurs et sondages prévoyaient le pire résultat depuis 80 ans) est loin d'avoir eu lieu.

La livre sterling décroche

La victoire du soir revient aux sondeurs, qui paraissent avoir parfaitement identifié la remontée des travaillistes ces dernières semaines. YouGov, qui prévoyait mercredi 269 sièges pour les travaillistes et un peu plus de 300 sièges pour les Tories, a visiblement trouvé la bonne méthodologie pour anticiper les résultats d'un système uninominal à un tour très difficile à analyser (en 2015, l'institut s'était trompé de 7 points). Selon les deux premiers résultats officiels communiqués jeudi soir à Newcastle et à Sunderland (Nord-est), où les travaillistes ont amplifié leur avance sur les conservateurs, la participation est en hausse, justement ce que prévoyait YouGov.

A la suite de la publication des estimations à la sortie des urnes, la livre sterling a perdu plus de deux cents contre le dollar. Vers 21h20 GMT, la devise britannique se traitait en baisse de 1,7% à 1,2734 dollar après avoir reculé jusqu'à 1,2705, un plus bas depuis l'annonce de la convocation des élections anticipées le 18 avril, et elle décrochait également contre l'euro. En effet, au-delà de l'incertitude qui entoure la composition de la future majorité parlementaire et a fortiori le nom du prochain Premier ministre (ou de la prochaine Première ministre), ces résultats jettent le doute quant à la position du pays sur le Brexit. Entre le hard Brexit de Theresa May et le soft Brexit promu par Jeremy Corbyn, pour le moment, impossible d'y voir plus clair, à tout juste 10 jours du coup d'envoi des négociations.

Lire aussi : Royaume-Uni: Theresa May peut-elle perdre l'imperdable ?

*Un graphique de notre partenaire Statista

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Commentaires
a écrit le 10/06/2017 à 14:09 :
Tous les partisans du frexit vont avoir un cas d'étude: Mme May va se prendre des râteaux.
Quand l'Angleterre aura vraiment compris ce qui l'attend, elle voudra stopper le processus. On en reparlera!

Farage&Co devraient être en prison. Le mensonge à ce niveau là, c'est criminel.
a écrit le 09/06/2017 à 22:11 :
Je suis ravi de la désintégration d'Ukip. J'espère que ça ouvre les yeux aux partisans d'un Frexit sur l'intérêt de tenter de recréer les oeufs qui ont servi à faire l'omelette après que l'omelette ait été réalisée (que l'omelette soit réussie ou ratée, peu importe).

Un Brexit de façade devient plus probable encore qu'il ne l'était.
a écrit le 09/06/2017 à 20:56 :
Ont ils changé d'avis sur le brexit ? Ce serait pourtant la solution la plus simple pour tout le monde.

Le programme de justice sociale des travaillistes semble faire de l'effet. Au moins une certaine logique est respectée et les Anglais se sont évité des désillusions, en admettant assez rapidement que leurs problèmes ne viennent pas de l’étranger.
D'ailleurs l'UKIP a sacrément dégringolé, passant de 12 % des voix à 2 %.
Réponse de le 09/06/2017 à 22:21 :
UKIP et Farrage ont reconnu avoir menti de A à Z sur les bénéfices potentiels du brexit et donc sont coupables d'avoir poussé le Royaume-Uni dans l'impasse. Ils ont pris les électeurs britanniques pour des gogos à qui on fait gober n'importe quoi (en cela ils n'ont pas vraiment eu tort) Qu'ils soient à 2% est encore considérable (tout comme le 1% d'un Asselineau)
a écrit le 09/06/2017 à 17:19 :
Eh, maintenant....Dans quel état se trouve l' Angleterre pour négocier, renforcée ou affaiblie.Avec Hollande nous avons connu notre plus pitoyable des présidences,aux Anglais de serrer les dents.
a écrit le 09/06/2017 à 11:58 :
P.S.: Désolé j'avais oublié mon lien: "Rien n’empêche le mépris de classe" https://www.monde-diplomatique.fr/mav/152/JONES/57308
a écrit le 09/06/2017 à 11:56 :
"La livre sterling décroche"

- Vite vite une mauvaise nouvelle ! Faisons en un article même !

- Mais enfin bon ya pas grand chose à dire quand même hein...

- Pas grave, si on était là pour informer les gens ça se saurait ! Et leur taux de mortalité infantile il aurait pas augmenté même de rien ?

Quand le peuple anglais plongeait dans la plus profonde précarité de toute son histoire aucun média ne s'attardait dessus.

La fabrique à opinion
Réponse de le 09/06/2017 à 13:51 :
la plus profonde précarité et l'avenir bouché, pour le Royaume-Uni, c'est maintenant que ça va commencer pour de bon. Ceux qui ont voté brexit vont l'apprendre à leurs dépens.
Réponse de le 09/06/2017 à 16:48 :
La plus grande précarité de l'histoire récente britannique date des années 70, à une autre époque, avec souvenez vous en des demandes d'aide au FMI.
Réponse de le 10/06/2017 à 19:37 :
" c'est maintenant que ça va commencer pour de bon"

Ca fait un an que vous le dites du coup même si grâce à la loi des probabilités vous avez raison, sur le long terme vous avez d'abord tout faux.
Réponse de le 11/06/2017 à 13:05 :
A lire ces commentaires, nous voyons que beaucoup n'ont toujours pas digéré le Brexit et s'enflamment sur les catastrophiques conséquences d'un éventuel Frexit. Qu'ils se rassurent : non seulement le Frexit n'est pas à l'ordre du jour (conformément au vote castors : ceux qui "font barrage") mais la remise en cause du Brexit non plus. Quel que soit le sort électoral de Mme Thérésa May.
Réponse de le 12/06/2017 à 10:46 :
@citoyen : dans les faits l'exécutif britannique a tout fait pour retarder l'échéance : 9 mois pour enclencher l'article 50 plus les législatives anticipées... dans le même temps la BOE a pris tout ce qu'il était possible de prendre comme mesures non conventionnelles pour soutenir la conjoncture. Il n'en demeure pas moins qu'à cause de l'inflation importée( causée par la chute de la £), la consommation commence à marquer le pas et que la croissance est en train de dégringoler. Donc oui, ça commence, et si la négo ne se traduit pas par un accord de libre échange avec l'UE (donc avec respect de ses normes et réglements et avec une contribution financière significative), la descente aux enfers de l'économie britannique est quasi inévitable.
a écrit le 09/06/2017 à 11:39 :
Les britanniques ont décidé après le brexit de jouer avec leur avenir...Jusqu'à l'année dernière tout allait relativement bien dans ce pays, peut être trop bien. Trois individus en déshérence, armés d'une camionnette et de couteaux de cuisine ont réussi à plonger le pays dans l'incertitude, jusqu'à permettre à un gauchiste radical sur le retour, version Mélenchon de donner des leçons de sécurité!
a écrit le 09/06/2017 à 10:42 :
Une dissolution ratée... un référendum sur l'UE aboutissant à un résultat impraticable... ça me rappelle quelque chose... mais quoi ?
a écrit le 09/06/2017 à 9:18 :
La cata pronostiquée est en marche !
Donc tout est donc normal, rien à signaler !
Heureusement que les conservateurs avaient absorbé les électeurs europhobes de l'UKIP, leur chute n'en est que plus minable !
a écrit le 09/06/2017 à 9:17 :
Le Royaume Uni est la terre d'Harry Potter et les apprentis sorciers comme May ou Cameron semblent être nombreux.
a écrit le 09/06/2017 à 9:03 :
La main invisible de "l'UE de Bruxelles" a encore frappé!
a écrit le 09/06/2017 à 8:47 :
bon, may va expliquer qu'elle n'a plus de mandat clair, comme souhaite; les negociations vont donc durer 2 ans sur rien, et le ru va choisir de ne pas demander sa sortie
c'etait la seule voie ' honorable'.......
pour le reste quand on connait l'etat du ru dans les annees 70, on se dit que c'est pathetique d'avoir elu un neo paleo ultrasyndicaliste de l'epoque
c'est comme si la france au lieu d'elire macron elisait marchais, perfitte ou fitterman ( avec doumeng a bercy)
a écrit le 09/06/2017 à 7:04 :
Daech à réussi sa campagne ....c'est tout de même inquiétant cette frivolité électorale ..à la veille de négociations majeures...

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