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Pourquoi les banques deviennent accros aux « cocos »

Photo de Christine Lejoux

Christine Lejoux

Publié le 05 septembre 2013 à 14:16 - Mis à jour le 05 septembre 2013 à 14:29

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Le Crédit agricole boucle cette semaine un « road-show » mondial, destiné à vendre aux investisseurs institutionnels des « contingent convertible bonds », des obligations convertibles en actions en cas de dégradation de la solvabilité de la société. La banque verte emboîte ainsi le pas à la Société générale, à BBVA et à Credit Suisse.

Etats-Unis, Europe, Asie… En cette fin de semaine, le Crédit agricole boucle un « road-show » international entamé le 2 septembre, et destiné à vendre une émission de « cocos » aux investisseurs institutionnels. Oui, de « cocos », vous avez bien lu. Il s'agit là de « contingent convertible bonds », c'est-à-dire de titres de dettes convertibles en actions en cas d'urgence, si la solvabilité de l'entreprise émettrice chute en dessous d'un seuil prédéterminé. Seuil que le Crédit agricole a fixé à 7%, un niveau sensiblement plus élevé que celui choisi par la Société générale (5,125%). Car la banque dirigée par Frédéric Oudéa s'est elle aussi mise aux « cocos », en émettant le 29 août 1,25 milliard de dollars de titres super-subordonnés, une forme de « cocos. »

Les émissions de « cocos » ont atteint 8,5 milliards de dollars depuis janvier

Les deux banques françaises avaient été précédées par l'espagnole BBVA et par Credit Suisse. Au total, les émissions de « cocos » ont atteint 8,5 milliards de dollars depuis le début de l'année, à l'échelle mondiale, selon Dealogic. Un montant record, d'après le cabinet, qui précise que ces émissions sont le fait de banques européennes exclusivement.

Pourquoi les établissements de crédit du Vieux Continent redécouvrent-ils maintenant les charmes des « cocos », créés par les Britanniques au plus fort de la crise financière afin de sauver RBS et Lloyds ? Tout simplement parce qu'en juin, le régulateur bancaire européen a fini par juger que les « cocos » étaient des instruments de suffisamment bonne qualité pour entrer dans le calcul du fameux ratio de solvabilité exigé par Bâle III. Pour mémoire, la réglementation internationale dite de Bâle III, qui doit entrer en vigueur en 2014, exige des banques que leurs fonds propres représentent 7% au moins de leurs actifs pondérés des risques.

Emettre des « cocos » est moins onéreux qu'une augmentation de capital

Résultat, avec cet adoubement des « cocos » par le régulateur, les banques disposent d'un moyen supplémentaire pour renforcer leurs bilans, au-delà des augmentations de capital, mises en réserve de bénéfices et autres cessions d'actifs. Un moyen qu'elles devraient utiliser d'autant plus volontiers que l'émission de « cocos » est bien moins onéreuse qu'une augmentation de capital.

Outre les banques, ce sont leurs créanciers obligataires seniors [prioritaires en matière de remboursement ; Ndlr] qui peuvent se frotter les mains. En effet, dans le cadre du projet européen de résolution des crises bancaires, ils risquent fort de devoir mettre la main à la poche si un renflouement de la banque s'avère nécessaire. Or, plus il existera de porteurs de titres de dette subordonnée (c'est-à-dire non prioritaire), comme les « cocos », moins il sera fait appel aux créanciers seniors.

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L'investisseur en « cocos » bénéfice d'un rendement élevé

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Et l'acheteur de « cocos, dans tout cela, quel bénéfice retire-t-il de son investissement ? Celui d'un rendement élevé, qui ressort à 8,25% dans le cas de l'émission de la Société générale et à 9% dans celui de l'opération de BBVA. Des chiffres rendus plus sympathiques encore par le contexte actuel de taux très bas. En contrepartie, l'acheteur de « cocos » prend le risque de se retrouver, au final, avec tout autre chose que le produit initialement souscrit : si la solvabilité de la banque passe en deçà du seuil prédéterminé, l'investisseur en « cocos » ne sera plus qu'un simple actionnaire, la catégorie de porteurs la première à devoir mettre la main à la poche en cas de crise bancaire.

Christine Lejoux

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