AG de Scor : une page de l’histoire du réassureur se tourne

Denis Kessler quitte la direction générale du groupe mais conserve ses fonctions de président pour trois ans. L'assemblée générale des actionnaires a plébiscité à 99,5 % la nomination de Laurent Rousseau au conseil d'administration avant sa nomination à la direction générale du réassureur.

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Après 19 ans aux manettes du groupe de réassurance, Denis Kessler passe le témoin de la direction générale à un homme du sérail.
Après 19 ans aux manettes du groupe de réassurance, Denis Kessler passe le témoin de la direction générale à un homme du sérail. (Crédits : Charles Platiau)

L'assemblée générale des actionnaires du réassureur Scor s'annonçait difficile après une année marquée par la crise du Covid, des résultats en berne, un cours de l'action au tapis, un couac de gouvernance avec l'aller et retour d'un successeur présomptif, Benoît Ribadeau-Dumas et, enfin, un conflit juridique et médiatique qui s'éternisait avec l'assureur mutualiste Covéa.

Tout semble aujourd'hui rentrer dans l'ordre. L'armistice signé avec Covéa (toujours actionnaire à hauteur de 8% mais Scor dispose d'une option d'achat) a été salué par les marchés, le ciel de la réassurance se dégage et le nouveau successeur désigné de Denis Kessler, l'actuel PDG, aux manettes de Scor depuis 19 ans, en la personne de Laurent Rousseau, un homme du sérail, fait l'unanimité.

Résultat, l'assemblée générale s'est déroulée (en virtuel) sans clash ni accroc, malgré la pression toujours exercée par le fonds activiste CIAM. Toutes les résolutions ont été votées à une écrasante majorité. A une exception près. Une fois encore, la question de la rémunération de Denis Kessler (1,95 million d'euros, dont 750.000 euros de variable), a fait débat parmi les actionnaires et les agences de conseil de vote ont appelé à voter contre la résolution en raison du mode de calcul de la parte variable. Même la très institutionnelle Association française de la gestion financière (AFG) est montée au créneau. Finalement, la résolution a été adoptée mais de justesse, à 55% des suffrages, un score bien inférieur à celui de l'an dernier (68%).

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Une création de Denis Kessler

Malgré tout, Denis Kessler a été réélu sans dommages au conseil d'administration (à 91% des voix), ce qui lui permettra d'être nommé dans la foulée, à l'unanimité, par le conseil d'administration à la présidence de Scor. Cette dissociation des fonctions de président et de directeur général, ardemment souhaité par le régulateur depuis des années, et accepté par le conseil, mettra ainsi fin à près de vingt ans de règne absolu.

L'administrateur référent du conseil, Augustin de Romanet, a tenu à saluer l'homme qui a su redresser la société alors au bord de la faillite pour la hisser, par la seule force de la croissance organique, au quatrième rang des réassureurs mondiaux. « Le conseil a unanimement reconnu que le groupe Scor est en réalité depuis 19 ans une création portée par Denis Kessler », a ainsi déclaré Augustin de Romanet, « raison pour laquelle il n'existe aucun doute quant au fait qu'il est nécessaire que Denis Kessler demeure président du groupe et voit son mandat d'administrateur renouvelé pour trois ans ».

De fait, Denis Kessler a su construire un groupe un peu à son image : brillant, culotté, déterminé, convaincu de la primauté de la science sur tout le reste (y compris son cours de Bourse !). Sans montrer d'émotions devant cette page qui se tourne, le dirigeant s'est contenté de résumer ainsi son parcours au sein de Scor en réponse à une question d'un actionnaire : « la chose la plus difficile a été de développer une culture d'entreprise partagé par les collaborateurs. Cela ne se décrète pas mais se forge dans le temps ». Ce qui ne l'a pas empêché d'épuiser un certain nombre de successeurs potentiels toutes ces dernières années.

Pas un second choix

C'est pourtant un « Kessler boy », Laurent Rousseau, qui va reprendre la direction générale après sa cooptation au conseil d'administration, approuvée par plus de 99% des actionnaires. Y compris donc les voix du fonds CIAM. « Ce n'est pas un second choix », a tenu à souligner Augustin de Romanet, « Laurent Rousseau figurait parmi les trois noms retenus par le comité des nominations pour succéder à Denis Kessler ». L'un est finalement parti chez Axa, et l'autre, dans un premier temps désigné, Benoît Ribadeau-Dumas, n'a pas eu le temps d'être « fit and proper » au sens de la réglementation européenne (en clair, d'être un assureur suffisamment reconnu), à la suite à la décision surprise de Denis Kessler d'écourter son mandat de PDG.

Jusqu'ici numéro deux de l'activité de réassurance dommages de Scor, Laurent Rousseau est un professionnel reconnu, apprécié en interne et qui dispose de ses réseaux dans le petit monde de la réassurance (où tout le monde se connaît), mais qui se distingue de Denis Kessler par sa discrétion et un ton toujours tempéré. Un « anti Kessler » en quelque sorte, du moins sur la forme.

Car, sur le fond, il n'y aura sans doute pas de changement de cap stratégique à attendre. D'autant que Denis Kessler reste bel et bien dans la place. Parmi les défis qui attendent le nouveau directeur général : redresser la barre de la réassurance vie, fortement impactée par la pandémie aux Etats-Unis mais aussi convaincre les marchés financiers du potentiel du groupe.

Paradoxalement, l'accord avec Covéa, qui se traduit notamment par la vente de 30% du portefeuille de réassurance vie de Scor au mutualiste, pour un milliard de dollars, a permis de mieux valoriser l'activité vie. Le titre oscille pourtant toujours autour de 26 euros, en dessous de 28 euros, le prix de l'option d'achat de Scor sur la participation de Covéa.

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Commentaire 1
à écrit le 30/06/2021 à 23:00
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Que voyou pour remplacer le voyou Kessler ? Un voyou, sans aucun doute.

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