Alexis Kohler, directeur général adjoint de la Société Générale : un reclassement aux airs de déjà-vu
César Armand

Alexis Kohler était secrétaire général de l'Elysée depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017.
REUTERS/Sarah Meyssonnier
César Armand

Alexis Kohler était secrétaire général de l'Elysée depuis l'élection d'Emmanuel Macron en 2017.
REUTERS/Sarah Meyssonnier
[Article mis à jour le 28 mars à 8 h 30]
De secrétaire général de l'Élysée à banquier, c'est le chemin qu'emprunte désormais Alexis Kohler, le plus proche collaborateur d'Emmanuel Macron. Après presque huit ans à l'Élysée, il deviendra en juin directeur général adjoint et membre du comité exécutif du groupe Société Générale, a annoncé vendredi matin le groupe.
En plus d'assister le directeur général Slawomir Krupa dans la mise en œuvre des programmes de transformation de l'entreprise, il présidera la Banque d'Investissement de Société Générale, précise le groupe dans un communiqué.
À cette fonction, il « coordonnera de façon globale » les activités de fusions et acquisitions, de marché des capitaux actions et de financements d'acquisition ainsi que les équipes chargées des relations clients, ajoute la banque.
Il aura également la charge de superviser le secrétariat général, la direction des ressources humaines et la direction de la communication.
Il pourrait être remplacé à l'Elysée par Emmanuel Moulin, ancien directeur du Trésor puis à la tête du cabinet de Gabriel Attal lorsqu'il était Premier ministre, ont ajouté ces sources.
Alexis Kohler prend ainsi la voie tracée il y a presque cinquante ans par Claude Pierre-Brossolette, arrivé dans les bagages de Valéry Giscard d'Estaing au « Château » en 1974. Deux ans plus tard, Jacques Chaine, patron du Crédit Lyonnais, alors banque publique, est assassiné.
« Dans un écho du Monde, on me met alors sur la liste des possibles [pour lui succéder], alors que je n'y avais pas songé », raconte le secrétaire général de l'Élysée de 1974 à 1976, Claude Pierre-Brossolette, dans Dans l'ombre des présidents (coécrit avec Romain Bongibault, Fayard). « Valéry Giscard d'Estaing me dit : "Alors, vous avez envie d'aller au Crédit Lyonnais ?"
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Je réponds: "Monsieur le président, je n'ai parlé à personne mais tous les journaux veulent savoir. Acceptez l'idée qu'un ancien directeur du Trésor pourrait y aller. Si vous m'y nommez, je serai très content, car je serai vraiment responsable de ce qu'il y a à faire."
Il me rétorque: "Mais vous êtes programmé pour la Banque de France !"
Je lui dis: "Je préfère le Crédit Lyonnais. La Banque de France, j'ai été leur censeur, c'était sans charme et gênant. J'avais la quarantaine et je donnais des ordres à des gouverneurs qui avaient vingt ans de plus que moi."
"Ah, on n'est vraiment pas pareils" ». Giscard le choisit alors comme président du Crédit Lyonnais.
Cinq ans plus tard, c'est au tour de Jacques-Henri Wahl d'être nommé par l'équipe de Mitterrand, directeur général de la Banque nationale de Paris, ancêtre de BNP Paribas, « sans doute en raison des demandes faites par le Président VGE en faveur de ses proches ».
« En outre, je connaissais un peu Jacques Delors, ministre de l'Économie et des Finances. Au cours de mes années à l'Inspection générale des finances, nous avions été dans les mêmes groupes d'études où des volontaires voulaient réformer la politique du logement, les régimes de retraite, l'épargne... », témoigne-t-il.
En 2006, l'heure n'est plus aux banques publiques, mais aux banques privées. Augustin de Romanet, qui sort du poste de secrétaire général adjoint auprès de Chirac, devient directeur adjoint du Groupe Crédit Agricole. Cette même banque privée accueillera Xavier Musca comme directeur général délégué un mois seulement après la fin du mandat de Nicolas Sarkozy en 2012.
Trois ans plus tôt, son secrétaire général adjoint François Pérol prenait la direction générale de l'actuel Groupe BPCE. L'année précédente, en 2008, le chiraquien Jean-Pierre Denis avait été nommé à la présidence du Crédit mutuel de Bretagne et du Crédit Mutuel Arkéa.
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Sous la présidence de François Hollande, exit Augustin de Romanet de la Caisse des Dépôts, place à Jean-Pierre Jouyet. En 2014, ce dernier échangera sa place avec Pierre-René Lemas, secrétaire général de l'Élysée depuis 2012. Une maison qui aura aussi accueilli de 1982 à 1992 Robert Lion, directeur de cabinet du Premier ministre Pierre Mauroy de 1981 à 1982.
César Armand