Commerzbank : coup dur pour Berlin, Lagarde favorable aux fusions bancaires
latribune.fr
« Il faut garder à l'esprit que toutes les fusions ne sont pas positives et qu'il y a des responsabilités et des risques à considérer dans ce processus, ce qui incombe aux parties prenantes », a néanmoins nuancé la patronne de la BCE.
La présidente de la Banque centrale européenne, Christine Lagarde, a jugé lundi que les fusions transfrontalières entre banques de l'UE étaient « souhaitables ». Une déclaration pouvant faire référence à l'opération de rachat partiel de Commerzbank par sa concurrente italienne UniCredit.
UniCredit a un nouveau soutien, et de poids. Répondant à une question sur le rôle de la BCE dans la facilitation des fusions transfrontalières dans l'UE et les éventuelles interférences des autorités nationales dans de telles opérations au Parlement européen, la présidente de la Banque centrale européenne s'est prononcée, ce lundi, en faveur de la concentration du secteur.
«Des fusions transfrontalières de banques capables de rivaliser en termes de taille, de profondeur et de gamme avec d'autres institutions dans le monde, y compris les banques américaines et chinoises, sont, selon moi, souhaitables», a déclaré Christine Lagarde.
« Il faut garder à l'esprit que toutes les fusions ne sont pas positives et qu'il y a des responsabilités et des risques à considérer dans ce processus, ce qui incombe aux parties prenantes », a néanmoins nuancé la patronne de la BCE.
Si Christine Lagarde n'a pas pris directement position sur le cas particulier de l'opération de rachat partiel de la banque allemande Commerzbank par UniCredit, son point de vue va dans le sens de l'initiative.
Pour rappel, depuis la mi-septembre, la banque italienne est entrée au capital de Commerzbank à hauteur de bientôt 21%, alors que le groupe ne cache pas son intention d'aller vers une offre de rachat.
Une prise de position, faisant de l'Italienne le premier actionnaire de la banque allemande qui a été très mal vue par le chancelier allemand. « Les prises de contrôle forcées ne sont pas bonnes pour les banques », avait, en effet, déclaré la semaine dernière Olaf Scholz à des médias allemands depuis New York. Dans le même temps, le ministre des Finances Christian Lindner avait exprimé son mécontentement sur le sujet auprès de son homologue italien, Giancarlo Giorgetti, indique ce vendredi le journal Die Welt.
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Et pour cause, la volonté d'UniCredit de monter au capital de sa concurrente a mis le monde politique et financier allemand en ébullition. Cette transaction a alimenté les spéculations sur un rachat total de Commerzbank par la banque italienne, qui possède déjà le prêteur allemand HypoVereinsbank. En réponse, le gouvernement allemand a décidé de ne pas vendre pour l'instant d'autres actions Commerzbank qu'il détient.
Un point de vue qui a laissé perplexe le ministre italien des Affaires étrangères et vice-Premier ministre Antonio Tajani qui a volé au secours d'UniCredit. « Il s'agit d'initiatives privées, mais légitimes. Je ne comprends pas pourquoi il s'agirait d'un acte hostile, celui d'une entreprise italienne qui achète sur le marché européen », a-t-il déclaré à la presse italienne depuis New York.
Vendredi dernier, le président italien Sergio Mattarella a commenté à demi-mot le dossier. Dans plusieurs « secteurs décisifs », les principaux acteurs sont « en grande partie issus d'autres pays, d'autres continents, d'autres régions », a-t-il dit lors d'une conférence de presse au côté du président allemand, Frank-Walter Steinmeier. « Il est donc essentiel que des champions européens émergent », capables de rivaliser sur la scène mondiale, a insisté le président italien.
La BCE au coeur du rachat
Quoique mécontent, l'Etat allemand n'aura pas le pouvoir d'arrêter ce rachat.
«C'est à la BCE et à la Commission européenne qu'il revient d'examiner le risque systémique» supposé en cas de rapprochement des deux grandes banques, et «à la Commission européenne d'examiner les effets sur la concurrence», a déclaré ce lundi la présidente du groupe conseillant Berlin, Monika Schnitzer, à l'AFP.
Dans la zone euro, le mécanisme de surveillance unique (MSU) de la BCE devra vérifier si UniCredit a respecté les règles en prenant rapidement une participation importante dans Commerzbank.
L'Italienne a formellement demandé à la BCE d'approuver une possible montée à 29,99% du capital, juste en dessous du seuil de déclenchement d'une offre d'achat en Allemagne. En cas de succès, la démarche d'UniCredit pourrait faire naître de nouveaux champions européens du secteur bancaire, souligne un groupe d'experts économiques conseillant le gouvernement allemand.