La deuxième banque italienne a annoncé ce lundi avoir acquis 11,5% du capital de Commerzbank, en plus des 9% déjà en sa possession. UniCredit, qui possède désormais 21% du capital de la banque, souhaite même monter à 29,9%. L'italien fait toutefois face à la méfiance de l'Etat allemand.
[Article publié lundi 23 septembre à 14h29, mis à jour à 16h29]
UniCredit avance ses pions. Ce lundi, la deuxième banque italienne a annoncé avoir acquis, via des instruments financiers, 11,5% supplémentaires du capital de Commerzbank. En prenant en compte les parts qu'UniCredit détenait déjà dans sa concurrente allemande, la position globale de la banque italienne s'élève désormais à environ 21%, a-t-elle précisé. Sollicitée, Commerzbank n'a pas souhaité faire de commentaire pour le moment sur la hausse de la participation d'UniCredit.
UniCredit a toutefois précisé que sa nouvelle acquisition était encore suspendue au feu vert de la BCE à la montée au-dessus de 10% du capital de Commerzbank, une formalité qui devrait lui permettre de devenir son premier actionnaire devant l'Etat l'allemand.
Les investisseurs n'ont pas forcément apprécié cette annonce puisque le cours d'UniCredit reculait de 2% à 37,24 euros à Milan vers 14 heures, tandis qu'à Francfort, Commerzbank cédait 0,38% à 15,62 euros. Au même moment, le principal indice paneuropéen, le Stoxx 600 augmentait de 0,19%. La banque avait surpris les marchés en annonçant il y a une dizaine de jours l'acquisition de 9% de Commerzbank.
Pour rappel, l'État allemand avait vendu, mardi dernier, 53 millions d'actions de Commerzbank, soit 4,5% du capital du groupe, pour 702 millions d'euros à UniCredit. Il s'agissait de la première étape de son désengagement du capital de la deuxième banque allemande, après l'avoir sauvée de la faillite par Berlin après la crise de 2009 en injectant quelque 18 milliards d'euros. Avec cette procédure, et un autre rachat sur les marchés financiers, la banque italienne détenait 9% de son homologue allemande pour 1,4 milliard d'euros... avant sa nouvelle annonce ce lundi faisant d'elle le premier actionnaire de Commerzbank, devant l'Etat l'allemand.
UniCredit veut monter jusqu'à près de 30%
L'acteur italien a déjà beaucoup dépensé pour son homologue allemande, mais il ne compte pas s'arrêter là. UniCredit a confirmé qu'elle avait demandé l'autorisation à la Banque centrale européenne (BCE) de porter sa participation jusqu'à 29,9%.
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« Le règlement physique des nouveaux instruments financiers ne pourra avoir lieu qu'après l'obtention des approbations requises », écrit UniCredit dans une note.
Pour la suite, toutes les options sont désormais sur la table : la banque italienne assure avoir «toute flexibilité (afin de) conserver (sa participation) la vendre (ou alors) l'augmenter ultérieurement».
Les décisions seront prises en tenant compte « des discussions avec Commerzbank, son conseil d'administration et son conseil de surveillance et, plus généralement, toutes les parties prenantes en Allemagne », affirme UniCredit.
« Il existe un important potentiel de création de valeur qui peut être tirée de Commerzbank, soit dans un scénario autonome, soit au sein d'UniCredit », au « bénéfice de l'ensemble de l'Allemagne », relève la banque italienne.
Dans un entretien au quotidien italien Il Messaggero, jeudi, le PDG de la deuxième banque italienne UniCredit, Andrea Orcel, avait exclu jeudi de lancer une offre publique d'achat (OPA). Interrogé sur une telle pratique, il a assuré qu'elle ne figurait pas parmi ses options, car « ce serait un acte agressif ». « Le gouvernement allemand nous a vendu les actions, nous étions en discussion avec eux depuis un certain temps, il était important pour nous de mesurer un certain niveau de consensus » a-t-il ajouté. « Il n'y a pas d'urgence, voyons comment la situation évolue, nous nous mettrons d'accord sur ce qu'il convient de faire », a-t-il indiqué.
Berlin reste méfiante
En effet, les autorités allemandes ne semblent pas prêtes à laisser l'une de ses banques aux mains d'une entreprise étrangère. « La stratégie de la banque est orientée vers l'indépendance. Le gouvernement fédéral l'accompagnera jusqu'à nouvel ordre en maintenant sa participation », a indiqué l'agence fédérale des Finances (Finanzagentur) dans un communiqué vendredi. En conséquence, le gouvernement « ne vendra pas, jusqu'à nouvel ordre, d'actions supplémentaires », avait-elle ajouté, précisant que « cela inclut également les ventes liées à d'éventuels rachats d'actions par Commerzbank ».
Commerzbank était vue par les experts comme une cible idéale. Un lourd travail de restructuration a été réalisé - environ 10.000 salariés ont quitté l'établissement dans le sillage d'un plan social lancé début 2021 - et son bénéfice net a atteint l'an dernier un sommet depuis 15 ans, à 2,2 milliards d'euros. « Il existe un important potentiel de création de valeur qui peut être tirée de Commerzbank, soit dans un scénario autonome, soit au sein d'UniCredit (au) bénéfice de l'ensemble de l'Allemagne », avait expliqué la banque italienne.
Mais la volonté d'UniCredit de monter au capital de sa concurrente a mis le monde politique et financier allemand en ébullition. Cette transaction a alimenté les spéculations sur un rachat total de Commerzbank par la banque italienne, qui possède déjà le prêteur allemand HypoVereinsbank.
L'État allemand serait donc inspiré de « conserver » ses titres Commerzbank, l'important étant « de réfléchir calmement à ce qui est sur la table et à la manière d'y réagir », avait plaidé mardi dernier à Berlin la directrice financière de Commerzbank, Bettina Orlopp. « Nous avons d'abord besoin de calme, car nous avons tous été très surpris », avait-elle ajouté, en allusion à l'incursion inattendue d'UniCredit dans le capital du groupe.