Comment UniCredit avance ses pions en Europe
Maxime Heuze

Pour l'ensemble de l'année, UniCredit avait relevé en juillet sa prévision de chiffre d'affaires à plus de 23 milliards d'euros, contre 22,5 milliards auparavant.
Gleb Garanich
Maxime Heuze

Pour l'ensemble de l'année, UniCredit avait relevé en juillet sa prévision de chiffre d'affaires à plus de 23 milliards d'euros, contre 22,5 milliards auparavant.
Gleb Garanich
[Article publié le mercredi 25 septembre 2024 à 15h27 et mis à jour le 26 septembre à 06h30]
C'est un soutien qui doit ravir Andrea Orcel, le PDG de la banque italienne UniCredit, lancé dans une opération de rachat de la banque allemande Commerzbank, opération qui prend de plus en plus des allures d'opération hostile.
Six responsables de politique monétaire de la Banque centrale européenne (BCE) (sur un total de 26 personnalités) sont en effet favorables à un rapprochement entre UniCredit et Commerzbank, ont-ils déclaré à l'agence Reuters. Ces responsables, qui ont souhaité rester anonyme - la BCE ne pouvant prendre parti sur une banque commerciale - considèrent que la position du gouvernement allemand va à l'encontre du principe d'intégration européenne pourtant défendu par Berlin. En réalité, la BCE ne peut pas faire grand-chose pour influencer l'issue du bras de fer politique si ce n'est réaffirmer l'importance d'une union bancaire, un chantier toujours inachevé.
Lors d'une conférence organisée mercredi à Londres par Bank of America, Andrea Orcel, a assuré ne pas briguer de siège au sein du conseil de surveillance de Commerzbank. La banque italienne a tout de même demandé l'autorisation à la Banque centrale européenne (BCE) de porter sa participation jusqu'à 29,9%.
Lundi dernier, la deuxième banque italienne est devenue le premier actionnaire de sa concurrente allemande Commerzbank, avec 21% de son capital, en achetant 11,5% de ses titres sur le marché en plus des 9% qu'elle avait déjà obtenu du gouvernement allemand plus tôt dans le mois. Ainsi, la banque italienne confie avoir investi 3,5 milliards d'euros dans son homologue.
La banque italienne a les moyens de ses ambitions. Andrea Orcel a d'ailleurs opportunément relevé à Londres ses objectifs pour 2024 à « plus de 9 milliards d'euros » pour 2024, contre « plus de » 8,5 milliards d'euros auparavant. « Déduction faite des investissements », il s'est même déclaré « confiant » de voir la banque atteindre un bénéfice net « de 10 milliards d'euros ».
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Pour l'ensemble de l'année, UniCredit avait relevé en juillet sa prévision de chiffre d'affaires à plus de 23 milliards d'euros, contre 22,5 milliards auparavant. La banque a en effet profité à plein de la hausse des taux. « En Italie, la plupart des crédits sont à taux variable donc la hausse des taux a très vite été ressentie dans les revenus des banques du pays », explique à La Tribune, Emeric Blond, gérant actions chez Tailor AM.
Fort de sa trésorerie importante, la banque italienne a d'ailleurs annoncé son intention de racheter 100% de ses activités d'assurance-vie en Italie, détenues conjointement avec CNP Assurances et Allianz. Si le montant n'a pas été spécifié, « nous parlons de centaines de millions d'euros que va devoir débourser UniCredit », avance Emeric Blond.
Les deux compagnies vie ont collecté environ 7,5 milliards d'euros de primes brutes en 2023, pour des réserves techniques cumulées de 44,9 milliards d'euros, précise la banque. Cette dernière pourra ainsi mieux tirer profit du traitement prudentiel avantageux de la bancassurance, selon le fameux « compromis danois » de 2012.
En Allemagne, l'offensive d'Andrea Orcel vise à consolider ses positions sur ce marché.
« UniCredit s'intéresse au marché allemand, car elle a racheté et remis sur pied HypoVereinsbank, qui lui rapporte dorénavant beaucoup. Elle souhaite donc réitérer », estime Emeric Blond. D'autant que Commerzbank est perçue comme une proie idéale.
Au bord de la faillite pendant la crise financière de 2008, et longtemps considérée comme l'enfant malade du secteur bancaire allemand, la banque a mené, à l'abri grâce à la participation de l'Etat à son capital, un lourd travail de restructuration, avec notamment le départ de quelque 10.000 salariés. Avec une ambition de viser un coefficient d'exploitation (charges sur revenus) de 55% en 2027, soit l'un des meilleurs niveaux du secteur en Europe. La banque a même publié en 2023 son meilleur résultat net depuis 15 ans à 2,2 milliards d'euros.
« Il existe un important potentiel de création de valeur qui peut être tirée de Commerzbank, soit dans un scénario autonome, soit au sein d'UniCredit (au) bénéfice de l'ensemble de l'Allemagne », avait même reconnu la banque italienne. En attendant, l'état-major de la banque allemande a répété son souhaite de conserver l'indépendance du groupe. Et le chancelier allemand, Olaf Scholz, d'ordinaire prudent dans ses propos, a qualifié lundi l'opération d'UniCredit d'« hostile ».
Malgré tous ces investissements, le patron de la banque italienne a voulu rassurer ses actionnaires. « L'investissement dans Commerzbank n'a pas d'impact sur la distribution aux actionnaires et n'a pas d'impact significatif sur le capital », a assuré Andrea Orcel.
Ce dernier a d'ailleurs précisé que, pour l'année en cours, la banque prévoyait une distribution totale de 8,6 milliards d'euros aux actionnaires, sous forme de dividendes et rachats d'actions. Ce montant devrait même être « dépassé » en 2025 et 2026. Le taux de distribution, qui concerne les seuls dividendes, sera relevé en 2025, passant de 40% à 50% des bénéfices, a-t-il annoncé.
Surtout, il s'est montré serein sur la baisse des taux directeurs en cours, qui devrait logiquement diminuer la rentabilité des crédits dans les prochains trimestres. « Nous sommes convaincus que nous pourrons absorber les effets du cycle des taux d'intérêt, les effets de la compression accélérée des activités en Russie », a indiqué Andrea Orcel.
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Le patron de Commerzbank remplacé à la fin du mois
Manfred Knof va quitter la banque lundi prochain, laissant sa place au « bon moment » à l'actuelle directrice financière sur fond de prise de contrôle rampante de l'italienne UniCredit. Il « quittera la banque le 30 septembre » au terme d'un accord « conclu entre le dirigeant de 59 ans et le conseil de surveillance », selon un communiqué de la banque publié au lendemain de l'annonce de son remplacement qui ne précisait pas de date.
A compter de lundi, le directoire de Commerzbank sera présidé par Bettina Orlopp (54 ans), qui coiffe les finances depuis 2020. Elle sera la première femme à présider la banque, et la deuxième présidente d'entreprise au sein de l'indice Dax des grandes valeurs à la Bourse de Francfort.
Début septembre, Manfred Knof avait annoncé de manière inattendue qu'il ne briguerait pas un second mandat après l'actuel ayant débuté en janvier 2021 et devant se terminer fin 2025. L'incursion surprise de la banque italienne UniCredit au capital de la deuxième banque allemande aura accéléré son départ. La clarification a la tête de Commerzbank avait été saluée par les investisseurs, le titre grimpant dans la foulée à la Bourse de Francfort.
(Avec agences)
Maxime Heuze