Cryptomonnaie : la France ne veut pas du Libra de Facebook sur le sol européen

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Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a annoncé sans détour à l'OCDE que la France n'autoriserait pas le développement du Libra sur sol européen.
Le ministre français des Finances, Bruno Le Maire, a annoncé sans détour à l'OCDE que la France n'autoriserait pas le développement du Libra "sur sol européen". (Crédits : Reuters)
Lors d'une conférence de l'OCDE qui s'est tenue jeudi, Bruno Le Maire a estimé que le projet de monnaie virtuelle mondiale du réseau social mettait en jeu la souveraineté monétaire des États. Ce n'est pas la première fois que le ministre des Finances fait part de ses préoccupations relatives au Libra, mais il n'avait jamais été aussi catégorique.

>> Article mis en ligne 13/09/2019 10h05 | Mise à jour 13/09/2019 19h02

Alors que l'association Libra espère décrocher une licence en Suisse, la France a mis, jeudi 12 septembre, des bâtons dans les roues dans le projet de cryptomonnaie de Facebook en annonçant qu'elle n'autoriserait pas le développement du Libra "sur sol européen", estimant que la souveraineté des États était en jeu.

Le ministre français des Finances Bruno Le Maire l'a annoncé sans détour à l'OCDE : "Dans ces conditions, nous ne pouvons pas autoriser le développement de la Libra sur le sol européen", a-t-il affirmé lors d'une conférence consacrée justement aux défis des cryptomonnaies.

Ouvrant les débats, le ministre s'est livré à un réquisitoire très sévère contre la cryptomonnaie que Facebook prévoit de lancer en 2020, allant plus loin que dans ses interventions précédentes où il avait déjà exprimé sa préoccupation concernant le Libra.

Considérant que "la souveraineté monétaire des États était en jeu", il n'a pas hésité à qualifier de "systémiques" les risques que pourrait entraîner cette "privatisation éventuelle d'une monnaie (...) détenue par un seul acteur qui a plus de 2 milliards d'utilisateurs sur la planète".

Un risque de substitution aux monnaies nationales

"Toute défaillance dans le fonctionnement de cette monnaie, dans la gestion de ses réserves, pourrait créer des désordres financiers considérables", a estimé Bruno Le Maire, redoutant également que le Libra se substitue à la monnaie nationale dans les États où la devise est faible ou connaît une forte dévaluation.

"Les commentaires du ministre français de l'Économie soulignent encore plus l'importance de notre travail en cours avec les autorités de régulation et les gouvernements de par le monde", a réagi dans un communiqué le responsable de la communication de la Libra Association, Dante Disparte.

Le ministre, qui avait émis ses doutes sur le projet de monnaie virtuelle de Facebook lors du G7 Finances de Chantilly en juillet, a également exprimé ses craintes de voir le Libra échapper au contrôle des États à propos du financement du terrorisme.

États "forts" et technologies "puissantes"

Sur le même ton, le ministre a refusé que les cryptomonnaies puissent se développer sans aucune régulation.

"Je ne vois pas pourquoi les nouvelles technologies seraient forcément guidées par une idéologie libertarienne qui refuse toute régulation et qui conteste tout rôle à l'État", a-t-il expliqué. "Je pense, au contraire, que l'on peut avoir des États forts et des technologies nouvelles puissantes".

En réponse, Dante Disparte a assuré :

"Depuis notre tentative de lancement de Libra, il y a trois mois, nous sommes devenus la fintech la plus examinée au monde. Nous souhaitons travailler avec les autorités de régulation pour arriver à un projet sûr, transparent et centré sur ses utilisateurs".

Dans son discours, Bruno Le Maire a pris soin de faire la différence entre le Libra et les cryptommonaies en général, se disant "passionné" par le sujet et rappelant que la France réfléchissait à la création d'une monnaie numérique publique émise par les banques centrales.

"Je crois à la blockchain", a-t-il assuré. "Il s'agit d'une technologie d'avenir, une technologie majeure du XXIe siècle qu'il faut prendre au sérieux, organiser et faire en sorte que les États membres de l'OCDE soient en tête de la maîtrise de cette technologie", a-t-il expliqué.

Quelle fiscalité pour les cryptomonnaies ?

Il a d'ailleurs demandé à l'Organisation pour la coopération et le développement économiques (OCDE), qui travaille actuellement sur la taxation des géants du numérique, de s'emparer également de la question de la fiscalité des cryptomonnaies.

"Je souhaite que l'OCDE engage à son tour des réflexions sur le rapprochement des modèles de fiscalité des transactions sur les cryptoactifs", a affirmé le ministre des Finances. "Il est nécessaire que les modèles fiscaux soient les mêmes, de façon à ce que nous ayons des stratégies d'arbitrage réglementaires qui soient les mêmes à travers la planète", a-t-il ajouté.

Avec la création annoncée mi-juin d'une monnaie numérique offrant un mode de paiement alternatif aux circuits bancaires traditionnels, Facebook veut bouleverser le système financier mondial. Inspirée de cryptoactifs comme le bitcoin, elle doit toutefois être gérée par un consortium à but non-lucratif.

Le projet suscite néanmoins de vives inquiétudes tant de la part des banquiers centraux, des politiques que des autorités de régulation, au regard notamment des risques pour la stabilité financière. En juillet, les ministres des Finances du G7 avaient alerté sur les risques pour le système financier international des projets de cryptomonnaies.

Vendredi, La France et l'Allemagne ont réaffirmé leur volonté de relever les défis posés par et cryptomonnaie : la sécurité financière, la protection des investisseurs, la prévention du blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, la protection des données et de la souveraineté financière et monétaire. Un groupe de travail a été chargé par le G7 pour analyser ces défis. Son rapport final sera présenté en Octobre prochain.

Les deux gouvernement ont considéré que le projet Libra, présenté par Facebook, ne parvient pas à convaincre que ces risques seront correctement pris en compte.

"Nous croyons qu'aucune entité privée ne peut prétendre pouvoir monétaire, qui est inhérente à la souveraineté des nations", précise les deux gouvernements dans un communiqué commun.

Frilosité des membres

Interrogé par l'AFP, Bertrand Perez, directeur général de l'association Libra, a jugé jeudi que si les interrogations des régulateurs étaient "légitimes", les inquiétudes soulevées ne sont pas vraiment "problématiques".

Il n'est pas certain que les régulateurs parviennent à empêcher la naissance de la Libra, sauf à décider de l'interdire explicitement, comme le concède M. Perez: "si la Banque centrale européenne nous refuse (...) le droit d'opérer en Europe, nous ne nous y déploierons pas, nous n'avons pas vocation à jouer les pirates".

La levée de boucliers a en attendant déjà des conséquences indirectes. Selon l'agence Bloomberg, Bertrand Perez a envoyé un e-mail aux 28 premiers partenaires, parmi lesquels figurent par exemple Visa, Mastercard, Uber ou encore Illiad (maison mère de Free) pour leur demander de défendre publiquement le projet.

Trois jours auparavant, le Financial Times avait révélé que deux des 28 membres songeaient à se retirer tandis qu'un autre craignait d'attirer l'attention des régulateurs.

"Les projets basés sur une coalition ou un consortium ont toujours ce type de problème, certaines entreprises sont plus innovatrices et prêtes à prendre des risques et d'autres le sont moins et sont facilement effrayées par une mauvaise publicité", a réagi auprès de l'AFP Helen Disney, fondatrice de Unblocked Events, entreprise spécialisée dans la promotion de la blockchain, la technologie à la base de la plupart des cryptomonnaies.

Si le projet a été initié par Facebook, officiellement, une centaine de partenaires devraient cogérer la future cryptomonnaie et Calibra, la filiale du géant américain aura le même poids que chacun des membres.

Pour Ross Buckley, professeur à l'Université de New South Wales en Australie, l'intérêt pour Facebook d'avoir d'autres partenaires est principalement d'éviter que Libra n'apparaisse comme un "projet Facebook".

Mais, "la vérité est que Facebook peut faire Libra tout seul" et "n'a pas besoin de la plupart des membres", explique M. Buckley.

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Commentaires
a écrit le 14/09/2019 à 12:43 :
Ah ah, il est vrai que ces enarques qui n ont pas voté un budget en équilibre depuis 30 ans, ont fait 2500 milliards de dettes et autant hors bilan sont plus rassurant....

La vraie raison est qu ils ne pourraient pas taxer les depots. Et s ils ont vraiment besoin d argent ils ne pourraient plus faire coome à chypre et confisquer 10% des dépots...

Cela les oblgerait également à controler les déficits et les dépenses publiques. Surtout si libra commence à verser 2 ou 3% sur les dépots...alors qu l ue a des taux négatifs

La france s effondrerait avec tous les prélévements et impots sur les placements...
a écrit le 14/09/2019 à 11:28 :
Pour une fois, je suis d'accord avec Lemaire. Toutes ces monnaies virtuelles, toute cette finance électronique incontrôlable n'apportent rien au citoyen de base.
a écrit le 14/09/2019 à 10:40 :
Le maire prépare le terrain à une taxe, par exemple: Toute transaction en libra sera taxée à hauteur de 3%. Il va sans dire que cette taxe ne sera applicable que pour les résidents français. Dans la bonne tradition française, à défaut de pouvoir interdire, on en profite pour ramasser sa petite commission au passage. Le même principe que celui qui prévaut dans la mafia.
Réponse de le 14/09/2019 à 18:48 :
Oui enfin bon, la mafia taxe les commerçants mais offre une protection efficace, la preuve, ceux qui ne paient pas le pizzo se font agresser.
Par contre la mafia ne construit pas des routes ni des hôpitaux donc je suppose que c'est quand même un peu différent.
a écrit le 14/09/2019 à 9:57 :
On doit freiner l'expansion des entreprises US exactement comme les usa bombardent d'amendes les entreprises européennes.
a écrit le 14/09/2019 à 9:17 :
Encore un outil pour pomper plus d'argent aux pauvres et doper la consommation à coups de clicks par des internautes lobotomisés. FACEBOOK fait déjà un usage abusif des données de ses abonnés alors si en plus ils ont accès à leur argent,la messe sera vite dite. Révoltez vous et fermez votre compte facebook!
a écrit le 13/09/2019 à 16:58 :
Ce que je comprends pas totalement avec les cryptomonniaes c'est en quoi c'est un danger pour la souveraineté d'un etat d'une union bancaire et de sa monnaie comme l'euro. En quoi le bitcoin? le libra ? le monero? sont des dangers pour le système d'echange mondiale de la monnaie. Je ne pense pas qu'une cryptomonnaie comme le "libra" puisse supplanter un jour même en cas de crise economique majeur une devise comme l'euro, le dollar ou le yen ou autres monnaies. Un modèle decryptomonnaie est tout d'abord un modèle numerique qui doit determiné une quantité donnée de monnaie numerique comme le bitcoin . Suivant les echanges numeriques par le biais du net la cryptomonnaie prend une certaine valeur comme sa rareté sur le marché mais tout les echanges numeraires ne se font pas en bitcoin et en libra. Oui j'aimerais bien avoir une explication sur le rôle d'une cryptomonnaie dans l'economie réelle et non seulement par des echanges digitaux ! Merci d'avance
Réponse de le 14/09/2019 à 2:02 :
Une monnaie n'a de valeur que tant que ses utilisateurs y croient. Que ce soit une monnaie étatique, une cryptomonnaie ou une monnaie "locale", cela ne change rien, c'est juste une question de confiance.
a écrit le 13/09/2019 à 16:19 :
Libra n’est pas du tout inspiré de Bitcoin comme indiqué dans l’article. Libra sera adossé aux monnaies fiat ce que n’est pas du tout le cas de Bitcoin. D’autres part, Libra sera beaucoup plus centralisé et censuré que ne l’est Bitcoin. C’est étrange de voir Bruno Le Maire avoir les miquettes à propos d’une monnaie qui finalement n’est qu’une version un peu améliorée des monnaies traditionnelles. Et en plus il se trompe de cible, la vraie disruption du système monétaire et financier vient de Bitcoin, pas de Libra.
a écrit le 13/09/2019 à 15:35 :
Facebook qui n'arrive pas (ou ne veut pas ?) protéger les données de ses utilisateurs (et ce ne sont "que" des données...), voudrait gérer des échanges financiers, plus encore, créer de la monnaie ? Quelle sécurité pour les détenteurs de libra (fonds propres à part la valeur boursière ?) ?
Quand je vois que les banques centrales en sont à jouer les apprentis sorciers avec leur QE, pour juguler des crises dans l'économie réelle, sans connaître vraiment les effets à long terme ....
Désolé Facebook, mais zéro confiance !
a écrit le 13/09/2019 à 15:22 :
Le consortium financier ne veut toujours pas de démocratie en UE donc, il ne comprend décidément rien trop aliéné par son avidité.

Espérons que les anglais et les italiens achèvent ce pauvre Mike le poulet sans tête !
a écrit le 13/09/2019 à 15:00 :
Depuis quand ce monsieur parle t il au nom des nations européennes? Et en particulier pour les 28 que composent l'UE de Bruxelles? Il veut encore nous faire croire que la France est souveraine....?
Réponse de le 14/09/2019 à 8:19 :
C'est un enarque. Il croit avoir la science infuse comme tous ses coreliogionnaires.
En fait c'est un nul sans imagination.
Il est economiste comme moi je suis archeveque.
a écrit le 13/09/2019 à 12:55 :
Pas de chance pour la France, championne international de la réglementation, la libra est une monnaie hors sol sur laquelle le gouvernement, par nature territorial, n'a aucune prise. C'est une chance que la France ignore la libra : pas d'impôt sur les transactions libellées en libra, pas de contrôle sur les comptabilités virtuelles tenues en libra. La réalité virtuelle est du domaine des idées, qui par nature est libertarien. Les idées échappent au gouvernement sauf dans les plus sombres dictatures bureaucratiques. C'est dans la réalité virtuelle que réside le véritable progrès : un rêve?
a écrit le 13/09/2019 à 12:09 :
C'est de bonne guerre! Les Américains (ou les Chinois) ne se seraient pas gênés si c'était une entreprise européenne qui proposait ce type de monnaie.
a écrit le 13/09/2019 à 11:49 :
Dans l'article on ne parle pas du plus important.
Ce 12 septembre, Bruno Le Maire annonce que les autorités françaises ne taxent pas les échanges de crypto, mais taxeront leurs ventes en euro, nous rapporte Bloomberg.
Le ministre français a aussi parlé de la TVA par apport au crypto. Plus précisément, il explique que la TVA doit être appliquée.
Finalement on aurait des règles fiscales sur les cryptomonnaies simples, équitables et justes, parce que ni incitatives ni discriminatoires.

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