Libra de Facebook : le G7 d'accord pour « agir rapidement » contre des risques « systémiques »

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La traditionnelle photo de famille des participants au G7 Finances réunissant les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale des pays du G7. AU centre, Bruno Le Maire, à sa droite François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor américain (avec les lunettes de soleil).
La traditionnelle photo de famille des participants au G7 Finances réunissant les ministres des Finances et les gouverneurs de banque centrale des pays du G7. AU centre, Bruno Le Maire, à sa droite François Villeroy de Galhau, gouverneur de la Banque de France, Steven Mnuchin, secrétaire au Trésor américain (avec les lunettes de soleil). (Crédits : Reuters)
Ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale des pays du G7 ont convenu lors du sommet de Chantilly mercredi et jeudi des « inquiétudes systémiques » soulevées par le projet de monnaie virtuelle de Facebook. Des recommandations d'encadrement seront présentées dès octobre par le groupe de travail sur les stablecoins piloté par Benoît Cœuré de la BCE.

Si la fiscalité a pu être un sujet de division, le projet de « monnaie digitale mondiale » porté par Facebook, Libra, a fait l'unanimité (contre lui) au sommet du G7 à Chantilly où étaient réunis ce mercredi et jeudi les ministres des Finances et gouverneurs de banque centrale des pays membres. Le sujet figurait haut à l'ordre du jour de la réunion. « Nous avons d'abord eu une longue discussion sur la question des monnaies numériques, et en particulier sur les annonces récentes de la société Facebook sur Libra » a expliqué Bruno Le Maire, le ministre de l'Économie et des Finances, au cours de la conférence de clôture ce jeudi 18 juillet. Les enjeux sont d'ailleurs plus larges que le seul projet du géant des réseaux sociaux.

« Tous les membres du G7 ont manifesté leurs fortes inquiétudes sur ce projet Libra. Bien sûr, chacun reconnaît que l'innovation dans la finance est utile. La France est très favorable à la Blockchain en particulier, une technologie particulièrement adaptée au développement de systèmes de paiement efficaces. Nous reconnaissons aussi que nos systèmes de paiement doivent être améliorés, en particulier les systèmes transfrontaliers, qui sont aujourd'hui très coûteux, notamment vers les pays en développement. Nous voulons apporter des réponses collectives à ce problème » a déclaré le ministre.

Il a repris en cela les conclusions du rapport préliminaire du groupe de travail sur les « stablecoins » (cryptomonnaies adossées à des devises ou un panier d'actifs), piloté par Benoît Cœuré, ancien du Trésor et membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE), également président du Comité sur les paiements et les infrastructures de marchés, hébergé par la Banque des règlements internationaux (la BRI, la banque des banques centrales), sur la nécessite de système de transferts internationaux moins chers et plus rapides.

« Pour autant, un projet comme Libra pose de sérieuses difficultés techniques et politiques. Il y a des règles en matière financière, de lutte contre le blanchiment d'argent et le financement du terrorisme, la protection des données personnelles et celle des épargnants, qui doivent être respectées par tous les projets financiers, quels qu'ils soient » a martelé Bruno Le Maire. « Aujourd'hui, ce n'est pas le cas du projet Libra, qui n'a présenté aucune disposition pour respecter ces règles qui s'appliquent à toutes les monnaies souveraines de la planète. »

Lire aussi : Facebook lance une "monnaie digitale mondiale" Libra pour créer des services financiers

Vide réglementaire

Très ferme, le ministre français s'est montré plus offensif que le communiqué final du sommet, au sujet des « problèmes politiques » soulevés par le projet de Facebook.

« Nous ne pouvons pas accepter que des entreprises privées mettent en place leur propre monnaie sans aucun contrôle démocratique. Nous refusons l'émergence d'Etats privés qui auraient les mêmes privilèges que les Etats sans contrôles et les obligations qui vont avec », a déclaré le ministre. « Il y a donc aujourd'hui un consensus des membres du G7 pour agir rapidement sur ce sujet. »

Benoît Cœuré fera « des propositions concrètes dès cet automne au sein du G7 pour encadrer ce projet Libra et faire des propositions sur les systèmes de paiement » a indiqué Bruno le Maire. Ces recommandations devront être prêtes pour les assemblées annuelles du FMI et de la Banque mondiale en octobre.

Le communiqué final est moins explicite et reprend la teneur des déclarations récentes du président de la Fed, Jerome Powell, et du secrétaire au Trésor américain Steven Mnuchin, qui étaient présents à Chantilly : les risques systémiques sont évoqués, les actions envisagées plus vagues, si ce n'est de s'occuper « des possibles vides réglementaires ».

« Ministres et gouverneurs sont convenus que les stablecoins et d'autres produits nouveaux, y compris des projets à l'empreinte mondiale et potentiellement systémique comme Libra, soulèvent de graves inquiétudes réglementaires et systémiques, ainsi que des questions politiques plus larges, auxquelles il faudra répondre avant que ces projets ne soient mis en œuvre » est-il écrit dans ce communique (en anglais). Ils sont aussi d'accord sur le fait que « des projets tels que Libra peuvent affecter la souveraineté monétaire et le fonctionnement du système monétaire international ».

Le très bref rapport préliminaire du groupe de travail (dans sa version publique) souligne que les autorités doivent « impérativement être vigilantes » dans l'évaluation des risques et implications de « l'empreinte mondiale que pourraient atteindre rapidement de grandes entreprises financières ou technologiques en tirant parti de leur vaste base de clients existants. » Il insiste sur le fait que « le concept fondamental de "même activité, mêmes risques, mêmes règles" doit s'appliquer » et que les « approches réglementaires se doivent d'être cohérentes au niveau mondial. »

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Commentaires
a écrit le 19/07/2019 à 3:49 :
Pas un mot sur le scandale Deutche Bank. Regardons ailleurs.
a écrit le 18/07/2019 à 20:43 :
Ce G7 à remis au gout du jour le style à la francaise avec la réintroduction du Pins (en bon francais) !
Est-il parlant ? Une petite musique de chambre royale pour aller avec le décors (Chambourcy) ?
a écrit le 18/07/2019 à 17:44 :
Tous ces arguments sentent le bois dont on fait les pipeaux. Le problème serait qu'avec une monnaie comme Libra, les banques centrales et les états perdraient complètement la main sur la création de monnaie et sur les transactions. En gros, ce serait signer leur arrêt de mort au profit de "global corp".
La position du G7 semble quand même aller dans le sens de la protection des intérêts du citoyen, même si ce dernier est plumé du matin au soir par les banques.
a écrit le 18/07/2019 à 16:10 :
"Nous refusons l'émergence d'Etats privés". Une monnaie n'est pas un état en soi, mais elle peut s'abriter sur le territoire d'un Etat libre armé policé ou non : Monaco, Andorre, Panama, Singapour, HongKong, Jersey, Liechtenstein, Israel, etc. Un Etat virtuel constitutionnel mais sans territoire pourrait aussi faire l'affaire. Ce serait une nouveauté absolue. Avec Facebook j'ai des amis virtuels, des concitoyens virtuels, des participations à des organisations associatives réelles et une monnaie virtuelle convertible. Des jeux video en réseau font déjà cela.
a écrit le 18/07/2019 à 15:15 :
Et bien moi g compté et en fait c'est un g39 et pas un g7.

Ah dès qu'il faut aller voler l'argent public ils sont tous là les financiers hein !
Réponse de le 18/07/2019 à 18:35 :
Ça ne vous inquiète pas vous que des entreprises privées puissent créer leur monnaie? Vous avez pas l'impression que les états se trouveraient affaiblis face aux grandes multinationales ? Vous n'avez aucune crainte que cela facilite le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme, la fraude ?
Réponse de le 19/07/2019 à 9:20 :
@ multipseudos

"Ça ne vous inquiète pas vous que des entreprises privées puissent créer leur monnaie?"

Ben non puisque les monnaies d’État ont été privatisées ne servant que les intérêts de l'argent.

L'Euro ne profite qu'aux mégas riches évadés fiscaux, les entreprises elles ont tout intérêt à plaire à leurs clients et l'avantage des clients de fb c'est qu'ils ne paient rien.

"Vous avez pas l'impression que les états se trouveraient affaiblis face aux grandes multinationales ?"

LOL ! Je vous conseille vivement de lire les articles nombreux et riches du diplo sur le sujet puisque les états sont soumis envers les actionnaires milliardaires propriétaires de ces multinationales.

"Vous n'avez aucune crainte que cela facilite le blanchiment d'argent, le financement du terrorisme, la fraude ? "

Daech, al qaida, l'état islamqiue et-c ont parfaitement su se financer grâce aux paradis fiscaux là pour cela.
Réponse de le 19/07/2019 à 13:08 :
Donc vous êtes content que les milliardaires prennent directement le contrôle sans plus aucune intervention de l'état. Vous êtes insatisfait que les états soient "soumis envers les actionnaires milliardaires " mais vous vous dites que la solution c'est de retirer les états pour ne laisser que les milliardaires. Cela semble un peu illogique comme raisonnement.
Réponse de le 20/07/2019 à 11:13 :
@ multipseudos:

"Donc vous êtes content que les milliardaires prennent directement le contrôle sans plus aucune intervention de l'état"

Vous racontez n'importe quoi on est loin de ce cas.

"Vous êtes insatisfait que les états soient "soumis envers les actionnaires milliardaires " mais vous vous dites que la solution c'est de retirer les états pour ne laisser que les milliardaires."

Tu comprends vraiment rien où tu trolls ?

"Cela semble un peu illogique comme raisonnement. "

Logique vu que tu comprends rien...

Signalé bien entendu hein... -_-
a écrit le 18/07/2019 à 14:59 :
Tous unies pour travailler au niveau du virtuel mais rien pour renforcer le concret!

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