Des monnaies virtuelles de banque centrale ? Attention aux risques, prévient la BRI

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La banque centrale suédoise, la Riksbank, étudie sérieusement le lancement d'une e-couronne, une couronne numérique, une monnaie digitale légale. Il y a des risques pour la stabilité financière et la politique monétaire selon un rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI).
La banque centrale suédoise, la Riksbank, étudie sérieusement le lancement d'une "e-couronne", une couronne numérique, une monnaie digitale légale. Il y a des risques pour la stabilité financière et la politique monétaire selon un rapport de la Banque des règlements internationaux (BRI). (Crédits : Riksbank)
L'émission de "monnaies digitales de banques centrales" pourrait révolutionner le rôle de celles-ci, selon un rapport publié par le comité sur les paiements de la Banque des règlements internationaux (BRI). Leur potentiel est immense dans les paiements interbancaires, la compensation et les règlements. Les implications pour la stabilité financière et la politique monétaire invitent toutefois à la prudence.

La Suède y réfléchit sérieusement : dans une société bientôt "cashless", où l'usage des espèces se raréfie, la banque centrale de Suède, la Riksbank, travaille sur le projet d'émettre sa propre monnaie numérique légale. Le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché, qui fonctionne dans le cadre de la Banque des règlements internationaux (BRI), estime le potentiel immense, dans les paiements interbancaires, la compensation et les règlements, tout en mettant en garde les banques centrales sur les "implications pour la stabilité financière et la politique monétaire de l'émission de monnaies digitales accessibles au grand public", dans un rapport, publié ce lundi soir.

Une publication qui intervient à dessein à la veille de la réunion du G20 des gouverneurs et des ministres des finances à Buenos Aires, les 19 et 20 mars, qui doit notamment évoquer la question de la régulation et du Bitcoin et des autres "monnaies virtuelles", ou "crypto-actifs", comme préfèrent les appeler les institutions monétaires.

"Les monnaies numériques de banque centrale pourraient rendre plus efficace le règlement des échanges d'action et des changes à l'avenir. Mais il faut davantage de travail et d'expérimentations pour en évaluer leurs bénéfices" considère Benoît Cœuré, le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché, qui est par ailleurs membre du directoire de la Banque centrale européenne (BCE).

Monnaie virtuelle légale BRI

[Les avantages comparés de la monnaie banque centrale existante et d'une version numérique : disponibilité 24/7, anonymat, transfert entre particuliers, capacité à générer des intérêts, limites ou plafonds. Crédits : BRI]

Un risque de "bank run" numérique

Le Comité sur les paiements et les infrastructures de marché (CPMI en anglais) joue un rôle de forum des banques centrales pour suivre et analyser les développements des systèmes de paiement, de compensation et de règlement. Il regroupe 25 banques centrales dont la Banque de France. Il a co-écrit ce rapport avec le Comité des marchés de la BRI.

"Les monnaies numériques de banque centrale d'usage général pourraient révolutionner la façon dont est fourni l'argent et le rôle les banques centrales dans le système financier, mais il s'agit de terrains inconnus, présentant des risques potentiels" fait valoir Benoît Cœuré. "Ce rapport est un point de départ pour d'autres débats et recherches, il aidera les pays à décider en fonction de leur propre contexte."

La question de la lutte contre le blanchiment et le financement du terrorisme, du traçage de cette monnaie numérique officielle, s'il lui était possible d'être anonyme, comme l'argent liquide pourrait poser problème.

La présidente du Comité des marchés, Jacqueline Loh, insiste sur l'impact que ces monnaies pourraient avoir sur les dépôts, "une source majeure de financement pour les banques commerciales."

La concurrence de cette monnaie de banque centrale pourrait mettre la pression sur les banques commerciales pour qu'elles augmentent le taux d'intérêt des dépôts afin de ne pas perdre ces flux nécessaires à leurs activités de financement, en transformant les dépôts en prêts. Les banques pourraient aussi se lancer dans des formes de prêts plus risquées pour retrouver de la rentabilité. En outre, en période de "stress", de crise, les ménages, et d'autres agents économiques, pourraient se détourner des institutions financières privées et transférer leurs dépôts vers la banque centrale, considérée comme plus sure : au risque de "bank run" (course aux guichets) succéderait un risque de "digital run vers la banque centrale, avec une rapidité et une ampleur sans précédent" met en garde le rapport.

Autre risque : les impacts sur la liquidité des marchés financiers. "Surtout si elle est introduite de manière soudaine et inattendue, une monnaie digitale de banque centrale pourrait entraîner de vastes mouvements de capitaux et des effets sur les changes et le prix des actifs" relève ce rapport prospectif d'une trentaine de pages. Des effets potentiellement massifs et sans frontière dans les périodes de "fuite vers la qualité" généralisée.

Fin septembre, Christine Lagarde, la directrice générale du Fonds monétaire international (FMI), avait prévenu les banquiers centraux qu'il serait "imprudent de ne pas prendre les monnaies virtuelles au sérieux". Elle avait estimé que les monnaies numériques avaient "le potentiel de devenir aussi pratiques que l'argent liquide, pour un coût identique, mais sans risque de règlement, sans délai d'autorisation, sans registre central, sans intermédiaires pour vérifier les comptes et les identités. Si les monnaies virtuelles lancées par des émetteurs privés restent risquées et instables, les citoyens pourraient même demander aux banques centrales de proposer des monnaies numériques ayant cours légal" avait-elle affirmé.

Demande cash paiement carte BRI

 [Evolution des paiements en carte et de la demande de cash en % du PIB dans différents pays entre 2007 et 2016. Crédits : BRI]

La Blockchain pour du paiement temps réel ?

Mark Carney, le président du Conseil de stabilité financière, par ailleurs gouverneur de la Banque d'Angleterre, a estimé que ce rapport conjoint du Comité sur les paiements et les infrastructures de marché et de celui des marchés était "une contribution importante" en amont du G20.

"Les développements technologiques ont soulevé des questions sur la faisabilité et l'opportunité de combiner la technologie des registres distribués [comme la Blockchain, ndlr] avec la confiance inhérente aux monnaies fiduciaires pour créer une monnaie numérique de la banque centrale accessible à tous. Comme indiqué dans le rapport, les questions politiques que ceci soulève, pour les banques centrales et la société en général, nécessitent un examen attentif. " a relevé Mark Carney.

"Une priorité plus immédiate est de savoir comment utiliser ces nouvelles technologies pour répondre à la demande actuelle de paiements fiables et en temps réel."

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Commentaires
a écrit le 13/03/2018 à 10:59 :
Les monnaies numériques étatiques ou cryptomonnaies souveraines auront la même valeur que les actuelles monnaies souveraines. L'incapacité des états à gérer leurs budgets interdit la suppression de la planche à billet. L'anonymat n'y sera de toute manière pas permis. De plus une cryptomonnaie souveraine sera en concurrence frontale avec les vraies cryptomonnaies qui elles sont anonymes, insaisissables, décentralisées et souvent sur modèle déflationniste. Il suffit de suivre les pérégrinations du petro au Venezuela, ou même une cryptomonnaie adossée sur le baril de pétrole n’empêchera pas l'état émetteur de changer les règles quand il le voudra, le gouvernement Vénézuélien étant propriétaire -de facto- du pétrole présent dans le sous sol du pays !
Alors une cryptomonnaie adossé sur la bonne parole d'un gouvernement.. quel qu'il soit .... quelle blague !

Le paradoxe est qu'une bonne cryptomonnaie ne doit pas être adossée sur quoi ou qui que ce soit.

Ne l'oubliez pas : entre deux individus réalisant une transaction en cryptomonnaie, il ne doit pas y avoir d'intervention humaine, et celle-ci doit être rendue strictement impossible. Seulement un réseau de machine réalisant un travail de façon suffisamment complexe pour ne pas pouvoir être effectuer par un humain ou un groupe d'humain aussi important soi-il !

https://1001000blog.wordpress.com/2017/10/18/les-cryptomonnaies-nationales-ou-corporatives/
a écrit le 13/03/2018 à 10:48 :
L’idée serait de faire «  un test »:

Ouvrir ces monnaies virtuelles par « carte de payement «  unique pour un seul payement ( origine controlée) et une seule transaction ( origine controlée et destinataire , peu importe le montant)

Pour eviter les arnaques et les fuites...
Réponse de le 13/03/2018 à 12:25 :
En Euros, je paie en ligne avec une carte virtuelle à usage plafonné et à durée limitée (sans doute pour ça que la pastille Crit'air commandée dès le 1er jour n'a pas été débitée, ont trop tardé ? Date de validité souvent à 2 mois), souvent usage unique (j'ajuste la somme maxi à ce que je paie). Pas besoin de monnaie virtuelle. :-)

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