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A Wall Street, les bonus chutent beaucoup moins que les profits

Jérôme Marin, à New York

Publié le 01 mars 2012 à 14:45

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A 121.150 dollars, le bonus moyen touché dans la finance américaine affiche une baisse de 13%. Un repli qui reste limité: les profits des firmes de Wall Street ont, eux, été divisés par deux.

L'année 2011 n'a pas été vraiment bonne pour les firmes de Wall Street. Certes, elles ont encore dégagé des profits confortables de 13,5 milliards de dollars, selon les estimations de Thomas DiNapoli, l'auditeur des comptes publics ("Comptroller") de l'Etat de New York. Mais cela représente une chute de plus de moitié par rapport aux 27,6 milliards engrangés en 2010. Et quatre fois moins que les profits record enregistrés en 2009 (61 milliards).

"L'industrie financière, qui est une composante cruciale de l'économie de la ville et de l'Etat de New York, fait face aux même défis alors qu'elle subit les répercutions de la crise financière et qu'elle doit s'adapter aux réformes réglementaires", écrit Thomas DiNapoli. Les discussions au Congrès américain pour relever le plafond de la dette publique américaine puis la crise des dettes souveraines en Europe ont en effet créé un climat d'incertitude sur les places boursières mondiales. Cela s'est traduit par un repli marqué de leurs activités de marchés.

Le renforcement de la régulation - avec l'entrée en vigueur progressive des nouvelles règlementations prévues dans le cadre de la réforme Dodd-Frank, comme la Volcker Rule, qui prévoit de limiter le trading pour compte des banques -, a par ailleurs pénalisé les profits des établissements financiers, contraints d'abandonner, parfois par anticipation, des activités jusque là lucratives. Selon Barclays, le nouveau cadre règlementaire pourrait amputer de 12,5 milliards de dollars le chiffre d'affaires des 20 principaux établissements du pays l'année prochaine.

"Un bain de sang"

Symbole de la finance américaine, Goldman Sachs a ainsi vu son résultat net fondre de 67% en 2011. Fin janvier, la grande banque d'affaires organisait son traditionnel "bonus day", lors duquel ses salariés ont pris connaissance du bonus qui leur serait versé. "Un bain de sang", selon un employé. "Jusqu'à -40% au sein du front office, raconte un trader. Et j'ai entendu dire que c'était encore pire pour le FICC [activités de taux, de change et de matières premières, particulièrement affectées par la chute des volumes sur les marchés, ndlr]".

Globalement, les bonus touchés par les salariés de Wall Street ont chuté de 14% cette année, selon l'auditeur des comptes publics de l'Etat de New York. Un repli beaucoup moins marqué que celui des profits de leurs employeurs. Au total, 19,7 milliards de dollars devraient être versés en cash. C'est le plus faible montant depuis trois ans. Le bonus moyen a reculé de 13%, à 121.150 dollars, au plus bas depuis 2008 et très loin des sommets atteints en 2006 (191.360 dollars).

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Cette tendance doit cependant être nuancée: le repli de la rémunération variable ne signifie pas forcément une baisse de la rémunération globale. Car de nombreuses banques ont relevé la partie fixe de la rétribution de leurs employés, une manière habile d'éviter de s'attirer les foudres des autorités, toujours promptes à remettre en cause ces bonus qui incitent à la prise de risques. Ainsi, en 2010, les bonus avaient reculé de 8% mais la rémunération moyenne avait progressé de 16%, à 361.180 dollars. Près de six fois le salaire moyen dans l'Etat de New York.

10.000 emplois menacés

"Nous allons continuer à verser des rémunérations compétitives, expliquait en début de semaine Jamie Dimon, le patron de JPMorgan, la première banque américaine par les actifs, lors d'une conférence avec les analystes et les investisseurs. Nous avons besoin des meilleurs talents. Nous ne pouvons pas réussir dans cette activité avec des talents de seconde zone".

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"En tant que new-yorkais, qu'on aime ou qu'on déteste, nous avons besoin que Wall Street soit profitable", juge Thomas DiNapoli, à destination, certainement, des protestataires d'"Occupy Wall Street". Chaque emploi supprimé dans la finance représente deux emplois perdus dans d'autres secteurs d'activité, estime-t-il. 4.300 emplois ont été détruits à Wall Street entre avril et décembre dernier. Et 10.000 pourraient l'être cette année. Par ailleurs, 14% des recettes fiscales de l'Etat de New York provenait en 2010 de l'industrie financière (contre environ 20% avant la crise de 2008).

Jérôme Marin, à New York

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