Banques et assurances affûtent leurs arguments avant leur réunion à Bercy sur le pouvoir d’achat des ménages

Le ministre de l’économie Bruno Le Maire doit recevoir les associations professionnelles de la banque et de l’assurance les 13 et 19 septembre prochains. Le sujet portera à nouveau sur le pouvoir d’achat et les engagements du secteur financier pour alléger la facture des ménages. France Assureurs a déjà adressé à Bercy une série de propositions en juillet et attend le retour du ministre.
Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, doit recevoir les représentants des banques le 13 septembre et ceux de l'assurance le 19 septembre.
Le ministre de l'économie, Bruno Le Maire, doit recevoir les représentants des banques le 13 septembre et ceux de l'assurance le 19 septembre. (Crédits : Reuters)

La banque en ligne Boursorama, filiale de Société Générale, l'affirme : ses clients gagnent près d'un milliard d'euros de pouvoir d'achat par an, grâce à ses tarifs « petits formats ». Soit l'équivalent, selon la publicité maison, de 122 litres d'essence par client et par an ! De son côté, la mutuelle d'assurance Maif ne cesse de louer son comportement responsable en privilégiant l'économie circulaire pour les pièces détachées automobile. C'est bon pour la planète mais aussi pour le porte-monnaie des assurés.

Ces campagnes dans l'air du temps pourraient bien donner des idées au ministre de l'économie Bruno Le Maire qui s'apprête à recevoir, à Bercy, les représentants des banques (le 13 septembre) et des assureurs (le 19 septembre) pour parler de pouvoir d'achat et de modération tarifaire. La marge de manœuvre est pourtant étroite.

Tout d'abord, parce que la concurrence joue à plein en France et que les tarifs bancaires ou les primes d'assurances y sont plutôt moins élevés qu'ailleurs en Europe. C'est du moins ce que répètent à l'envi les professionnels. Ensuite parce qu'il est difficile pour une association professionnelle de s'engager collectivement sur des tarifs, droit de la concurrence oblige.

Inflation des coûts

« Nous ne parlons jamais de tarifs avec le ministre mais de coûts », susurre ainsi un assureur. Et sur ce terrain, la facture s'annonce salée pour les assureurs. « 2022 ne sera pas une année de superprofits mais une année de supersinistres », a rappelé Florence Lustman, présidente de France Assureurs, lors d'une rencontre avec la presse. A la fin juillet, les sinistres liés aux intempéries sont déjà évalués à 4,3 milliards d'euros (sans compter l'effet sécheresse) - contre une moyenne de 3,5 milliards par an sur les cinq dernières années - et la note pourrait s'alourdir dans les prochains mois au vu des prévisions pessimistes des météorologues pour l'automne. Ces éléments de chiffrages seront sans nul doute mis sur la table à Bercy.

Mais la profession attend surtout un retour de ses propositions, formulées en juillet dernier dans la foulée d'une précédente réunion à Bercy le 23 juin dernier. Elles concernent pour l'essentiel l'assurance automobile et portent à la fois sur des mesures de moyen et long terme comme la promotion de l'économie circulaire et le réemploi des pièces détachées pour tenter de juguler l'inflation galopante du coût des réparations, ou des initiatives de simplification, comme la suppression de la vignette d'assurance auto. Sur un registre plus immédiat, les assureurs proposent de mettre en place une prime de 100 euros sur les contrats auto des jeunes conducteurs sans emploi. Un chèque pourrait bénéficier à des centaines de milliers de jeunes (et lutter accessoirement contre le fléau de la conduite sans assurance).

Modération ou gel des tarifs

Du côté des banques, le discours est déjà bien rodé. La concurrence joue à plein, comme en témoigne la faible progression des tarifs bancaires et le secteur aura beau jeu de souligner la hausse de leurs coûts salariaux et de la charge du risque. Le relèvement des taux réglementés au 1er août dernier - qui se traduit par une charge sur les comptes de la banque - participe également, selon la profession, à la contribution du secteur en faveur du pouvoir d'achat. Cela représente « un supplément de pouvoir d'achat de 8,1 milliards d'euros pour les Français », tous livrets confondus, selon la Fédération bancaire française (FBF). Les banques mettent également en avant les « offres spécifiques destinées aux personnes fragiles » (OCF, ex-service de base bancaire) comme un rempart à l'exclusion financière. Le Crédit Mutuel vient même de réduire à un euro par mois le prix de cette offre.

Les banques seront-elles prêtes pour autant à aller plus loin ? Certains évoquent même un gel des tarifs bancaires. « L'idée est avancée », avance un observateur. D'autant que les banques ont su faire preuve de modération sur les hausses l'an dernier. D'autres pistes peuvent être envisagées, comme une révision de la tarification des incidents bancaires, des frais qui restent élevés en France, « une vraie manne » selon certains, et dont le montant est gardé jalousement secret. Le législateur a déjà plafonné ces frais pour les clients fragiles, dont l'identification est largement laissée à la discrétion des banques. En clair, il y a toujours moyen de contourner ce plafonnement pour des ménages fragilisés mais qui ne relèvent pas des critères généralement retenus en termes de revenus.

Les frais d'incidents bancaires en ligne de mire

La nouvelle loi sur le pouvoir d'achat votée cet été impose également aux banques de rembourser automatiquement les frais d'incidents multiples (plusieurs rejets sur une même demande de prélèvement). Enfin, les prix sur les incidents sont souvent imposés par le code monétaire et financier (20 euros). « Il n'y a clairement pas de concurrence sur les frais d'incidents de paiement », regrette Daniel Labaronne, député de la majorité, membre de la Commission des finances.

D'autres sujets connexes seront sans doute abordés comme le taux de l'usure du crédit immobilier, qui ne s'ajuste pas au même rythme que la montée des taux d'intérêt. Ce dernier doit être révisé au 1er octobre, selon une formule de calcul fixée par la loi (moyenne des taux des trois derniers mois augmentée d'un tiers) mais qui ne serait pas réellement appliquée à la lettre par la Banque de France, faute de pouvoir remonter à temps tous les taux du marché sur la période. D'où les demandes pressantes, notamment de la part des courtiers en crédit immobilier, d'assouplir cette formule, du moins en période de forte remontée des taux.

La question est délicate pour Bercy car ce taux d'usure bride, d'un côté, la hausse des taux immobiliers (et donc préserve du pouvoir d'achat) mais exclut de l'autre un nombre croissant de ménages du crédit immobilier (40% de refus cet été selon un courtier). Autre question sensible, qui vient d'être soulevée par la Cour des Comptes : la pérennité des avantages acquis pour les plans d'épargne logement (PEL) souscrits avant 2011. Un super livret pour les heureux détenteurs mais un poids financier pour les banques et les finances publiques. Les banques sont prêtes à réfléchir, avec les pouvoirs publics, à un dispositif permettant de réduire les avantages de taux des vieux PEL, avec des contreparties pour les détenteurs. Le timing n'apparaît pas cependant très favorable à cette réflexion. Les sujets sur la table sont suffisamment nombreux.

 « En cette période difficile, il est de l'intérêt des acteurs, dans la banque, dans l'assurance, mais aussi dans l'énergie, de prendre des initiatives dans le cadre d'accords de place plutôt que de se voir imposer des mesures par voie réglementaires ou législative, qui pourraient être contre-productives », estime Daniel Labaronne. Faute de majorité claire à l'Assemblée nationale, la question du pouvoir d'achat reste un sujet qui peut vite déborder par les extrêmes.

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Commentaires 2
à écrit le 09/09/2022 à 13:21
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"la mutuelle d'assurance Maif ne cesse de louer son comportement responsable en privilégiant l'économie circulaire pour les pièces détachées automobile" Ce qui fait augmenter le prix des pièces d'occasion. Pas terrible comme pratique. Ces monstres fi...

à écrit le 09/09/2022 à 10:22
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Toujours les mêmes jérémiades du secteur bancaire dont le business consiste à louer le capital des épargnants sans aucune réelle garantie sinon un misérable fond de garantie insignifiant de 5,8 Mds pour 2699 Mds de dépôts (au 31-déc-2021) soit ~0,...

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