La deuxième édition des « Rencontres de l'Institut de la finance durable » intervient dans un contexte particulier de remise en cause de l'ESG sous la pression américaine depuis l'élection de Donald Trump. L'ESG est forcé désormais de se défendre et d'adopter une posture de long terme. Entretien avec Yves Perrier, président de l'Institut de la finance durable, président d'honneur d'Amundi, premier gestionnaire d'actifs en Europe, et co-auteur de nombreux rapports de place, notamment en 2022, « Faire de la place de Paris une référence pour la transition climatique ».
La Tribune. Vous avez établi il y a 3 ans un rapport de l'action du secteur financier dans la transition écologique. Où en sommes-nous ?
Yves Perrier. Dans cette mission qui nous avait été confiée par le Ministre des finances, nous nous étions fixé deux objectifs principaux. Définir un cadre conceptuel permettant d'appréhender efficacement la problématique de la transition écologique ; créer les conditions pour que tous les acteurs-clés, c'est-à-dire l'Etat, les entreprises et le secteur financier travaillent en cohérence. C'est d'ailleurs ce qui a présidé à la création de l'Institut de la Finance durable.
La transition écologique doit être appréhendée pour ce qu'elle est : une révolution industrielle à l'échelle planétaire qui implique de réinventer l'énergie, les produits, et les modes de fabrication. Pour réaliser cette transformation, il faut bâtir une nouvelle économie politique. Les États doivent pleinement jouer leur rôle de stratège dans la définition des politiques publiques, les entreprises intégrer la gestion du CO2 comme une ressource rare au même titre que le cash ou les fonds propres. Le secteur financier doit allouer le capital pour financer les investissements considérables liés à cette mutation. Beaucoup de choses ont été faites, les acteurs sont clairement dans l'action. Il reste à stabiliser le cadre réglementaire européen, en le simplifiant et en le rendant plus opérationnel. La réglementation ne doit pas être un outil d'évaluation morale des acteurs, mais bien un cadre permettant de piloter leur transition.