Avec une capitalisation boursière de près de 4 milliards d'euros, supérieure à celle de Lazard, l'ex-start-up a conquis sa légitimité.
LA TRIBUNE DIMANCHE - Tikehau Capital fête ses 20 ans. C'est devenu l'une des références en Europe. Pensiez-vous parvenir à ce résultat ?
ANTOINE FLAMARION - Nous n'en sommes qu'au chapitre II, paragraphe 1. Nous avons le même appétit qu'il y a vingt ans. Contrairement à tous nos concurrents, nous sommes vraiment partis de zéro. Ou plus exactement avec 4 millions d'euros, ce qui revient au même. Notre première opération, le rachat des puces de Saint-Ouen pour 26 millions d'euros, revendues 50 millions, a démontré notre ambition. En 2012, nous avons franchi le seuil de 1 milliard d'euros d'actifs sous gestion. Nous en gérons 44,4 milliards aujourd'hui. Nous avons essayé d'appliquer les règles de la finance anglo-saxonne à un cadre européen. Nous n'avions pas la carte, comme on dit. Mais nous avons réussi parce que de grands entrepreneurs comme Albert Frère nous ont fait confiance. D'autres, de plus en plus nombreux, l'ont imité et nous suivent toujours. Cette proximité avec les créateurs d'entreprise est au cœur de notre philosophie, puisque nous le sommes aussi.
MATHIEU CHABRAN - Tikehau Capital est né d'une petite vision et d'une grande ambition. La vision reposait sur les changements en cours dans le secteur. L'ambition, sur notre refus d'accepter le monopole des États-Unis sur la finance. Quand nous avons fondé l'entreprise, nous avions à peine la trentaine. C'était l'époque où la finance mondiale était dominée par les grandes banques anglo-saxonnes, d'où nous venions tous les deux. Vingt ans plus tard, ce sont les gestionnaires d'actifs alternatifs comme Blackstone, KKR ou Apollo qui ont pris le dessus. Notre croissance s'est appuyée sur cette révolution. Nos fonds propres atteignent 3,2 milliards d'euros, ce qui nous place au sixième rang mondial sur ce critère. Tikehau Capital a été une start-up, un terme qui n'est pas réservé qu'à la tech.