Ukraine : l'UE exclut sept banques russes du réseau Swift, Gazprom et Sberbank épargnées

L'UE a débranché sept banques russes du système financier international Swift, mais a pris soin de ne pas inclure deux gros établissements financiers très liés au secteur des hydrocarbures, en raison de la forte dépendance de plusieurs Etats européens au gaz russe. Dès lors, la sanction est-elle réellement efficace pour peser dans le conflit ?

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Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reconnu lundi que les sanctions prises par les Occidentaux pour punir Moscou de son invasion de l'Ukraine étaient lourdes et problématiques.
Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reconnu lundi que les sanctions prises par les Occidentaux pour punir Moscou de son invasion de l'Ukraine étaient "lourdes" et "problématiques". (Crédits : DADO RUVIC)

[Article mis à jour mercredi 2 mars à 14h]

La décision a été entérinée : les Vingt-Sept se sont mis d'accord mardi lors d'une nouvelle réunion de crise à Bruxelles pour débrancher du système financier international certaines banques russes en les excluant du système Swift. La sanction, qui fait suite à l'invasion de la Russie en Ukraine depuis huit jours, a été précisé mercredi avec le nom des banques visées. Ainsi, au Journal officiel, les noms de sept banques russes ont été publiés. Mais la mesure, censée mettre la pression sur la Russie, a pris soin d'épargner deux gros établissements financiers.

L'exclusion de Swift vise VTB, la deuxième plus grosse banque de Russie, ainsi que Bank Otkritie, Novikombank (financements de l'industrie), Promsvyazbank, Rossiya Bank, Sovcombank et VEB (banque de développement du régime).

Promsvyazbank, Rossiya Bank et VEB faisaient déjà partie de la liste des personnes et entités russes frappées d'un gel des avoirs dans l'UE dans le premier train de sanctions européennes décidé il y a une semaine.

La mesure sera effective à partir du 12 mars et fait suite au feu vert mardi soir des Etats membres de l'UE à l'issue de plusieurs jours de négociations.

Résultat, Sberbank, principale banque du pays qui a décidé d'elle-même de quitter le marché européen, n'y figure pas, ni d'ailleurs la banque captive du géant gazier russe Gazprom qui fournit du gaz à l'Europe. Plusieurs pays européens étaient réticents au départ face à une telle mesure, à commencer par l'Allemagne et l'Italie. Ils craignaient d'être pénalisées en représailles pour leurs livraisons de gaz russe dont ils sont très dépendants. Si ils ont fini par se rallier à la sanction, les contrats auprès des fournisseurs d'énergie sont donc encore possibles.

80% du système bancaire russe visé

Ces établissements bancaires, choisis en "étroite coopération" avec Londres et Washington, "sont les premiers concernés par le financement de l'effort de guerre" de Moscou en Ukraine, a justifié un responsable européen, notant qu'environ un quart du volume du système bancaire russe est visé par la mesure.

La Pologne, très active dans son soutien à Kiev, avait plaidé pour qu'un plus grand nombre de banques russes soient touchées, selon des sources diplomatiques.  Au total, ce sont 300 banques et institutions russes qui sont membres du système.

La mesure, qui n'a servi que deux fois dans l'histoire de la société Swift créée en 1973, est en tout cas inédite. En 2014, les alliés de l'Otan l'avaient brandie mais n'y avait eu recours suite à l'annexion de la Crimée par la Russie déclenchant une première série de sanctions. Vladimir Poutine a donc prévu cette éventualité et mène la Russie vers des solutions alternatives ou encore vers un potentiel rapprochement avec la Chine.

Au total, environ 80% du système bancaire russe est visé d'une façon ou d'une autre par des sanctions financières de l'UE.

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Une sanction efficace ?

La coupure du réseau Swift a été utilisée dans d'autres conflits. En 2012, la société basée en Belgique avait exclu de son système plusieurs banques iraniennes à la suite d'une décision de l'UE, avant que la plupart ne soient réintégrées en janvier 2016. Aussi, la coupure avait été opérée contre certaines banques en Afghanistan suite à la prise du pays par les Talibans à l'été 2021.

"Lorsqu'un grand pays envahit un autre pays, il est très difficile de convaincre le dirigeant de l'Etat agresseur de changer d'avis car ce serait un recul personnel trop important", décrypte dans un entretien à l'AFP le chercheur Gary Hufbauer, qui a étudié l'efficacité de ces mesures depuis un siècle. Selon lui, "frapper une économie, ce n'est pas changer la mentalité d'un dirigeant" et les sanctions économiques ne peuvent la plupart du temps pas modifier l'idéologie d'un dirigeant en opération.

"Il y a peu de chances", affirme le chercheur qui estimerait même surprenante l'hypothèse d'un cessez-le-feu rapide avec Kiev. "Je ne dis pas que c'est impossible, je dis juste qu'il n'y a pas de précédent" comparable, affirme encore M. Hufbauer.

« Sur (le système bancaire) Swift, à mon avis, la portée serait limitée en raison des réserve de changes », observe  Christopher Dembik, responsable recherche et stratégie pour la Saxo Bank interrogé par l'AFP. Si on regarde les réserves de la banque centrale russe, (...), il y a eu un vrai processus de diversification. (Avec) du yuan et surtout beaucoup d'or, ce qui rend l'économie russe beaucoup moins dépendante du système dollar. la Russie avait anticipé l'hypothèse d'un durcissement des sanctions », affirmait également à l'AFP Christopher Dembik, responsable recherche et stratégie pour la Saxo Bank.

D'ailleurs, les banques visées pourront continuer des échanges avec des banques étrangères via d'autres moyens que Swift (emails, fax...), mais moins rapides, bien moins sécurisés et plus coûteux, en particulier pour des montants très importants.

Les conséquences pour les foyers russes

Mais les mesures, qui pourraient encore s'aggraver dans les prochains jours, devraient faire reculer les revenus de la population russe de l'ordre de 10%, affirme-t-il par ailleurs, soit bien davantage que l'effet moyen des sanctions économiques dans l'Histoire.

Le porte-parole du Kremlin, Dmitri Peskov, a reconnu lundi que les sanctions prises par les Occidentaux pour punir Moscou de son invasion de l'Ukraine étaient "lourdes" et "problématiques", tout en assurant que la Russie avait "les capacités nécessaires pour compenser les dégâts".

Autre sanction, les réseaux de paiement Visa et Mastercard ont également décidé de couper leur service aux banques visées par les sanctions.

Les Vingt-Sept ont également décidé d'interdire les contenus multimédias de Sputnik et les déclinaisons en anglais, allemand, français et espagnol de la chaîne Russia Today (RT) sur les réseaux de télévision ainsi que sur internet au sein de l'UE.

(Avec AFP)

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Commentaire 1
à écrit le 02/03/2022 à 8:54
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Celles qui n'ont pas versé de pots de vin aux commissaires européens on se doute. Ben voilà c'est bien fait pour vous !

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