Le Comité national des moyens de paiement défend le cash face à Darmanin
latribune.fr

Le Comité national des moyens de paiement défend les espèces au nom de l’autonomie, la résilience et la sécurité économiques.
DR
latribune.fr

Le Comité national des moyens de paiement défend les espèces au nom de l’autonomie, la résilience et la sécurité économiques.
DR
La proposition de Gérald Darmanin de supprimer les espèces pour endiguer le trafic de stupéfiants se heurte à une fin de non-recevoir catégorique du Comité national des moyens de paiement (CNMP). Présidé par la Banque de France, le CNMP a clairement rappelé ce lundi le rôle « essentiel » des liquidités pour la souveraineté des moyens de paiement et la résilience économique nationale.
Le ministre de la Justice avait pourtant plaidé, il y a deux semaines, devant la commission d'enquête sénatoriale sur la délinquance financière, pour la « fin de l'argent liquide », arguant que cela empêcherait l'organisation de points de deal. Une vision radicale que ne semble pas partager l'ensemble des autorités financières et économiques françaises.
Dans un communiqué ferme, le CNMP a souligné que « les paiements sont un maillon essentiel de notre résilience économique, de notre autonomie industrielle et, in fine, de notre sécurité nationale », particulièrement dans un contexte de tensions géopolitiques accrues. Au cœur de cette résilience se trouvent les espèces, dont la préservation est jugée primordiale.
Le Comité n'a pas manqué de rappeler des situations concrètes où le cash a prouvé son caractère indispensable. Le cyclone Chido à Mayotte ou la panne électrique géante en Espagne sont cités comme des exemples frappants où « les espèces ont constitué à chaque fois le seul moyen de paiement disponible ». Une réalité qui justifie, selon le CNMP, de continuer à assurer un niveau suffisant d'accès aux liquidités en temps normal. À cet égard, le « prochain déploiement d'un nouveau service interbancaire de retrait d'espèces en magasin », lancé par le Groupement des cartes bancaires (GIE CB), est salué comme une mesure venant compléter un réseau de distributeurs automatiques de billets en déclin.
Au-delà de la question des espèces, le CNMP a profité de cette occasion pour réaffirmer l'importance, pour les banques, de maintenir le logo Cartes Bancaires sur leurs cartes, aux côtés de ceux de Visa ou de MasterCard. Malgré les appels répétés, certains établissements, à l'instar de BoursoBank, filiale de Société générale, résistent encore à ce « co-marquage ». Le CNMP insiste sur le fait que cette pratique offre « un véritable choix de la marque aux consommateurs et aux commerçants, ainsi qu'une plus grande transparence dans les pratiques tarifaires des réseaux de paiement par carte ». Une revendication forte des commerçants qui ont vu les frais de paiement par carte des réseaux américains s'envoler ces dernières années.
Chaque jour à 13h, l’essentiel de l’actualité industrielle.

Le Comité national des moyens de paiement encourage également les établissements financiers à soutenir le développement de solutions paneuropéennes de paiements, citant notamment le portefeuille numérique Wero, et à « contribuer activement à la réflexion concernant l'euro numérique ». Si la plupart des grandes banques françaises soutiennent déjà Wero en étant actionnaires de sa maison mère European Payments Initiative (EPI), certaines banques en ligne tardent encore à déployer la solution.
Le CNMP va plus loin en appelant les établissements financiers à participer activement à l'extension de l'offre de services de Wero, notamment le lancement des paiements sur Internet prévu pour le premier semestre 2026 en France. Quant à l'euro numérique, souvent critiqué par certaines banques françaises, comme l'a fait Daniel Baal du Crédit mutuel, le CNMP appelle à une contribution constructive aux réflexions. Il estime que l'euro numérique ne serait pas un concurrent de Wero ou de CB, mais qu'il « pourrait à terme offrir un socle de souveraineté, compatible avec les solutions de paiement comme CB ou Wero ».
À lire également
La suppression de l'argent liquide, bien que présentée comme une solution miracle à certains maux, semble donc se heurter à une réalité économique et sociétale complexe, où la préservation des espèces est perçue comme un gage de résilience et de souveraineté.
latribune.fr