Le géant Amundi veut investir plus vert et plus social

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La filiale du Crédit Agricole a fait grimper de 5% à 19% ses encours respectant les critères dits ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) depuis sa création en 2010, à 280 milliards d'euros.
La filiale du Crédit Agricole a fait grimper de 5% à 19% ses encours respectant les critères dits ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) depuis sa création en 2010, à 280 milliards d'euros. (Crédits : Amundi)
Filiale du Crédit Agricole, le numéro un européen de la gestion d'actifs a dévoilé un plan à 3 ans pour accroître la part de l'investissement responsable dans ses encours, qui pèse aujourd'hui 280 milliards d'euros. Amundi va généraliser les critères non financiers (environnementaux, sociaux et de gouvernance) dans sa gestion. Si le charbon est déjà exclu, le tabac est juste mal noté dans sa grille.

[Article mis à jour à 11h05]

À l'heure où le rapport du GIEC rappelle à tous l'urgence climatique, la filiale de gestion d'actifs de la Banque verte veut « franchir une nouvelle étape » en matière d'investissement responsable. Amundi, le numéro un européen de la gestion d'actifs, contrôlé à 70% par le Crédit Agricole, a dévoilé ce lundi 8 octobre un plan à trois ans destiné à amplifier ses engagements sur les terrains environnementaux, sociaux et de gouvernance, les fameux critères "ESG" dans le jargon du secteur.

« L'ESG n'est pas un autocollant pour Amundi, cela correspond profondément à notre raison d'être. Nous sommes un gestionnaire d'actifs citoyen. La prise en compte de l'intérêt général, puisque c'est cela l'ESG, n'est pas contradictoire avec la performance financière, elle la soutient même, dans une perspective de long terme » a plaidé Yves Perrier, le directeur général d'Amundi lors d'une présentation à la presse.

Le gestionnaire d'actifs, né de la fusion en 2010 de Société Générale Asset Management et Crédit Agricole AM, a fait grimper de de 5% à 19% ses encours respectant les critères dits ESG (environnementaux, sociaux et de gouvernance) depuis sa création, à 280 milliards d'euros sur un total de 1.466 milliards d'euros. Ce qui en fait « un des tous premiers gestionnaires d'actifs ISR [investissement socialement responsable] en Europe. »

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Amundi critères ESG ISR responsable

[La méthodologie d'Amundi dans la prise en compte des critères ESG dans sa gestion. Crédits : Amundi]

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Plus de social, parent pauvre de l'ESG

Parmi les pionniers sur le climat, cofondateur en 2014 de la « Coalition pour la décarbonisation des portefeuilles », Amundi ne se fixe pas d'objectif global d'encours plus verts et responsables à l'horizon 2021. Il compte doubler ses initiatives « thématiques », comme les fonds spécialisés sur l'environnement, de 10 à 20 milliards d'euros, ainsi que ses encours ESG dans la gestion passive (fonds répliquant des indices), de 35 à 70 milliards d'euros en trois ans.

« On pense parfois que la gestion passive ne se prête pas à l'investissement responsable. Au contraire, nous pouvons répliquer des indices responsables comme le MSCI Low Carbon Index et appliquer des filtres, sectoriels, ou plus précis, à la demande des clients », a fait valoir Valérie Baudson, la directrice générale de CPR AM, responsable du métier ETF, indiciel, smart beta, soulignant que plus d'un tiers des encours sont déjà « à dominante responsable. »

L'asset manager va également plus que doubler ses investissements dans l'économie sociale et solidaire, bien que les montants soient plus modestes : le fonds Solidarité Amundi, qui s'élève à 205 millions d'euros et serait d'ores et déjà « le plus gros fonds de l'économie sociale en France », sera porté à 500 millions d'ici fin 2021. Ce n'est « pas un fonds de charité » : il a investi dans 31 entreprises non cotées, des projets « viables », axés par exemple sur le retour à l'emploi, comme l'école de code Simplon.

« Il faut travailler beaucoup plus sur le social, c'est essentiel. Il faut reconnaître qu'il a été un peu le parent pauvre des trois critères ESG » a relevé Yves Perrier.

Difficile renoncement au tabac

Pressés par des ONG d'aller plus loin en excluant les entreprises à l'impact nocif sur l'environnement ou la santé dans leurs financements et leurs investissements, de nombreux acteurs du secteur ont pris des engagements courageux, notamment sur les gaz de schiste et sables bitumineux. Amundi adopte une approche plus distancée tout en généralisant l'analyse par le prisme des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance à l'ensemble des valeurs de ses portefeuilles (8.000 émetteurs contre 5.500 aujourd'hui).

« D'ici 2021, Amundi deviendra 100% ESG dans la notation, la gestion et les votes » assure le géant d'actifs. « La performance ESG sera systématiquement prise en compte dans le dialogue actionnarial avec les émetteurs et dans ses choix en assemblée générale. »

Mais Amundi ne sera pas 100% ESG en investissement.

« L'exclusion est une arme que nous utilisons de manière ciblée : 140 entreprises ont été exclues [de nos portefeuilles] en 2017, dans le charbon, pour celles réalisant plus de 25% de leur chiffre d'affaires dans l'extraction ou produisant plus de 100 millions de tonnes par an, et dans les armements controversés », a expliqué Stanislas Pottier, le directeur de l'investissement responsable chez Amundi depuis mai dernier, auparavant directeur du développement durable du groupe Crédit Agricole.

« Concernant le tabac, nous prenons des mesures incitatives et non stigmatisantes : nous ne pratiquons pas l'exclusion mais les notes sont "capées" [plafonnées] à E, sur une échelle de A à G. C'est une façon de faire pression sur ces acteurs tout en laissant le temps à la transition » a-t-il fait valoir.

Cette note signifie que les fabricants de cigarettes ne sont pas éligibles aux fonds spécifiquement ISR d'Amundi, en gestion active et passive (ETF).

Il y a plus de deux ans, en mai 2016, Axa avait été pionnier en s'engageant « en tant qu'assureur santé et investisseur responsable » à sortir totalement de l'industrie du tabac. En novembre dernier, ce fut le tour de BNP Paribas, suivi de Natixis  en décembre. D'autres fonds européens, à l'image de Candriam récemment ou des néerlandais ABP, Robeco, Aegon AM et Kempen, leur ont emboîté le pas. Le 26 septembre, des dizaines d'institutions financières du monde entier ont signé un appel à abandonner le financement du secteur du tabac, le "Tobacco Free Finance Pledge", soutenu par les gouvernements français et australien : parmi les signataires, Axa, BNP Paribas, Natixis, le réassureur Scor, La Banque Postale, les britanniques HSBC et Aviva, l'italien Generali, l'allemand Allianz.

Ce désengagement représente un renoncement important, car les valeurs du tabac réalisent d'excellentes performances boursières, supérieures aux autres indices, sur longue période. Le fonds souverain norvégien, le plus grand au monde, qui avait banni le tabac de ses investissements dès 2010 pour des raisons éthiques, avait indiqué que cette sortie du tabac avait rogné son retour sur investissement de 0,68% sur la période 2006-2015, l'équivalent de 1,9 milliard de dollars de bénéfices potentiels partis en quelque sorte en fumée...

Interrogé sur cet engagement assez timide d'Amundi au regard de sa responsabilité de leader européen de la gestion d'actifs, le directeur général, Yves Perrier, s'est un peu agacé, soulignant que le tabac n'est pas interdit. La politique ESG est pourtant plus affaire de conviction que du seul respect de la réglementation.

« Croyez-vous que toute la planète a envie d'arrêter de fumer ? C'est une question de liberté individuelle. On ne fait pas le choix d'arrêter d'investir [dans le tabac], mais ce sera très sous-pondéré. Amundi est là pour orienter, pour relayer un message, pas pour se substituer aux États » a-t-il argué.

L'industrie du tabac n'est par ailleurs pas dénuée de conséquences néfastes sur l'environnement, comme l'a récemment dénoncé l'OMS et démontré une étude de l'Imperial College de Londres.

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Commentaires
a écrit le 09/10/2018 à 8:41 :
Faut juste nous expliquer en quoi les fabricants de tabac sont aussi polluants que ceux du charbon par exemple svp ? Il est sage de ne pas handicaper cette industrie qui contrairement à BAYER par exemple ou VOLKSWAGEN nous laisse le choix de nous empoisonner ou pas, nous savons que c'est dangereux de fumer mais nous sommes assez grands pour en prendre la décision tout seul tandis que de nombreuses multinationales telles citées nous imposent littéralement de nous empoisonner via les perturbateurs endocriniens, via l'agro-industrie, via le pastique généralisé, via la production de masse de produits de mauvaise qualité.

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