Crédit Agricole prend de nouveaux engagements pour le climat

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Les deux premiers engagements pris par le Crédit Agricole : accentuer ses financements en faveur du climat, notamment en arrangeant l'émission de 100 milliards d'euros d'obligations vertes d'ici à 2020, et doubler ceux des énergies renouvelables en France.
Les deux premiers engagements pris par le Crédit Agricole : accentuer ses financements en faveur du climat, notamment en arrangeant l'émission de 100 milliards d'euros d'obligations vertes d'ici à 2020, et doubler ceux des énergies renouvelables en France. (Crédits : CASA)
La Banque verte, discret leader mondial des "green bonds", annonce accroître ses objectifs en la matière et exclure désormais de financer les projets les plus polluants en pétrole et gaz de schiste. Elle va aussi compenser son empreinte carbone directe jusqu'en 2040 via un fonds.

A la veille de la Journée de la finance climat, le 11 décembre à Bercy, et du grand sommet One Planet organisé par Emmanuel Macron le 12, le monde de la finance va s'attacher à montrer son attachement à la protection de l'environnement. Le Crédit Agricole S.A., l'entité cotée en Bourse du groupe bancaire mutualiste, annonce ce mercredi soir une série de nouveaux engagements en faveur du climat, deux mois après des déclarations remarquées de BNP Paribas.

La Banque verte va en particulier accélérer ses financements en faveur de la croissance verte et cesser ceux des projets les plus polluants en pétrole et gaz de schiste, point qui sera le plus scruté par les ONG soucieuses du climat.

« Conformément à son ADN de banque « verte », le Crédit Agricole a un rôle déterminant à jouer dans la facilitation des transitions énergétique et carbone », fait valoir le groupe dans un communiqué.

Le Crédit Agricole est en effet d'ores et déjà le leader mondial des arrangeurs de "green bonds", ces obligations vertes servant à financer des projets à l'impact bénéfique pour la planète. Depuis janvier, sa filiale de banque de financement CACIB s'est occupée de plus de 60 opérations d'un montant de près de 8 milliards de dollars selon le classement de Dealogic, devant HSBC et BNP Paribas. Elle a notamment participé à l'énorme emprunt vert souverain de l'Etat français en janvier.

Green Bonds CACIB classement

[Classement mondial des arrangeurs de green bonds au 6/12/2017. Crédits : Dealogic via Global Capital]

Obligations vertes et énergies renouvelables

Le premier engagement consiste précisément à amplifier son activité en matière de "green bonds", de 60 milliards d'ici à fin 2018 annoncés lors de la COP21 à 100 milliards d'euros d'ici à 2020. Il y a un mois, la banque britannique HSBC avait indiqué s'engager à hauteur de 100 milliards de dollars d'ici à 2025 « dans le financement et l'investissement durable », sans beaucoup plus de détails. En complément, la Banque verte prévoit de placer un peu plus de ses propres liquidités en "green bonds" : à 2 milliards d'euros d'ici fin décembre contre 1,1 milliards il y a un an (et 1,9 milliard actuellement). A travers sa filiale de gestion d'actifs Amundi et ses sociétés de gestion communes avec EDF et avec Agricultural Bank of China, elle vise 5 milliards d'euros de financements de projets de transition énergétique d'ici fin 2020, contre 150 millions d'euros au 30 juin 2017.

Le Crédit Agricole se fixe aussi l'objectif de doubler le niveau de financement des énergies renouvelables en France d'ici 2020, en comparaison des 519 millions d'euros engagés en 2016 : via sa filiale Unifergie (Leasing et Factoring), les caisses régionales et le réseau LCL, le groupe vise le financement d'un projet sur trois en renouvelable ou efficacité énergétique. Il indique qu'il ajoutera désormais la dimension climat aux éléments "environnement, social et éthique" déjà pris en compte pour l'évaluation des profils de risque de ses grands clients et de leurs projets.

« Nous sommes accompagnateurs du progrès : notre rôle est d'accélérer la transition énergétique et d'inciter, par nos expertises, nos clients à faire évoluer leurs modèles économiques. Pour être efficace, nos engagements se doivent donc d'être précis et techniques », commente Philippe Brassac, le directeur général de Crédit Agricole S.A.

Tous projets de sables bitumineux exclus

Surtout, la Banque verte infléchit sa politique en matière de financement,avec des « exigences techniques supplémentaires. » par rapport aux critères en vigueur depuis 2012. Cela passe ainsi par l'« exclusion des hydrocarbures les moins performants sur un plan énergétique et les plus impactants pour l'environnement », ce qu'elle considère comme « les plus dangereux, incompatibles avec les objectifs de lutte contre le changement climatique. » Concrètement, il s'agit de « tous les projets de sables bitumineux », tous les projets "extra heavy oil" et les ceux de "gas to Liquids", « tous les pétroles issus de la région Arctique (off-shore et on-shore), les gaz ou pétroles de schiste dont l'exploitation occasionne un "torchage" ("flaring") ou évaporation ("venting") excessifs. », Des exigences qui s'ajoutent à la politique de « consultation des populations impactées ou de gestion responsable de la ressource en eau » mise en place depuis 2012. Les projets d'infrastructures liés à ces activités désormais exclues (usines de traitement, pipelines, facilités de stockage ou distribution) sont également sortis du champ de financement.

Sans aller aussi loin que celles de BNP Paribas, ces annonces devraient répondre en partie aux demandes répétées des ONG. Le mois dernier, à la veille de la COP23, un collectif d'association autour des Amis de la Terre, avait réitéré son appel à « Crédit Agricole, Société Générale et Natixis à suivre l'exemple de BNP Paribas et ING, seules banques internationales à avoir adopté des politiques d'exclusion portant non seulement sur les projets mais aussi sur les entreprises du secteur », observant alors que « les banques refusent toujours de perdre certains clients.» En mai dernier, des ONG avaient interpellé les dirigeants des banques lors de leurs assemblées générales d'actionnaires.

Compensation de l'empreinte carbone

Le Crédit Agricole met en avant « son engagement historique et précurseur » sur ces sujets, en participant aux Principes de l'Equateur en 2003, aux Principes Climat en 2008 et en co-rédigeant avec trois autres banques, américaines, les Green Bond Principles en 2013. La Banque verte souligne qu'elle a commencé à se désengager du charbon dès mai 2015, à exclure les pétroles off-shore en Arctique dès 2012 et qu'elle publie l'empreinte carbone induite par ses financements depuis 2011.

Elle s'engage désormais à réduire et compenser l'ensemble de son empreinte carbone directe (CASA et ses filiales) jusqu'en 2040, au travers du fonds carbone Livelihoods, créé avec Danone, Schneider, la Caisse des Dépôts, la Poste, etc, qui finance des projets de restauration des écosystèmes, d'agro-foresterie et d'énergie dans les communautés rurales démunies des pays en développement qui souffrent le plus du changement climatique.

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Commentaires
a écrit le 07/12/2017 à 9:52 :
C’est marrant cette propension des banques .Quelles sont les sommes investies par le Credit Agricole dans les energies fossiles et les schistes bitumineux !Surrement peu de choses d’autant qu’en France il n’y a quasiment plus d’énergie fossile ,c’est alors facile de dire qu’on investit plus dedans !Un peut comme Hulot qui dit qu’il n’y aura plus d’extraction d’énergie fossile en France en 2030 alors qu’on sait que les minuscules puits existants seront à sec à cette date .Gageons que si il y avait un énorme gisement de pétrole en France le discourt serrait très different .Tous des hypocrites eux qui le disent et ceux qui y croient ………….
a écrit le 07/12/2017 à 8:48 :
Un bon début et pour montrer toute sa bonne foi elle peut aussi refuser de continuer de financer l'empoisonnement chimique imposé aux citoyens de l'agro-industrie.

Je suis marrant je sais...

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