"Les banques sont accros aux frais"

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Le modèle de coûts des agences bancaires est vulnérable aux assauts des startups de la Fintech, a souligné le fondateur de BankMobile, banque qui a conquis 1,8 million d'étudiants aux Etats-Unis depuis son lancement il y a trois ans.
Le modèle de coûts des agences bancaires est vulnérable aux assauts des startups de la Fintech, a souligné le fondateur de BankMobile, banque qui a conquis 1,8 million d'étudiants aux Etats-Unis depuis son lancement il y a trois ans. (Crédits : Reuters)
Quand le fondateur de BankMobile, une banque sans agence qui cartonne auprès des étudiants américains, échange avec le patron de la Société Générale, lors d'un entretien croisé au Paris Fintech Forum, le résultat est décoiffant. Extraits.

Les nouveaux entrants de la finance ne font généralement pas de cadeaux aux acteurs traditionnels du secteur et prétendent "faire de la banque autrement", mieux et moins cher. C'est le cas de Jay Sidhu, un banquier américain chevronné et atypique, avec 45 ans d'expérience du métier, notamment à la Sovereign Bank, qui fut rachetée par Santander. Il a cofondé avec sa fille Luvleen une banque d'un nouveau genre, entièrement mobile, sans agence et sans frais, BankMobile, qui cartonne auprès des Millenials et étudiants américains (1,8 million d'utilisateurs conquis en trois ans). Co-auteur d'un ouvrage intitulé "Pourquoi les banques ne peuvent-elles être aussi simples que Uber ?", il était invité ce mardi au Paris Fintech Forum qui se tient pendant deux jours au Palais Brongniart, où il a livré à quelques réflexions piquantes lors d'un entretien croisé avec Frédéric Oudéa, le patron de la Société Générale.

"La fréquentation des agences des banques aux Etats-Unis baisse de 10% à 15% par an et dans cinq ans elle sera à peine 10% de ce qu'elle est aujourd'hui. Si les banques ne réduisent pas de 90% leurs coûts, elles vont se retrouver face à de sacrées inefficacités opérationnelles !

Aujourd'hui, les gens y vont pour ouvrir un compte ou retirer de l'argent au distributeur. Quant au conseil, c'est totalement fallacieux, on ne leur donne aucun conseil. On trouve de meilleurs conseils en allant sur Google ou en demandant à Siri [l'assistant vocal de l'iPhone] ou Alexa [celui d'Amazon Echo] et ce sera exponentiellement meilleur dans cinq ans !" a-t-il lancé.

Oudéa SG Jay Sidhu BankMobile fintech

[Frédéric Oudéa et Jay Sidhu au Paris Fintech Forum. Crédits DR]

"Le secteur le moins efficace du monde"

Frédéric Oudéa, qui s'est fixé l'objectif de faire de Société Générale "une banque totalement digitale", a argué que les Français restaient attachés à la relation humaine en agence pour les événements importants de la vie, que la clientèle d'entreprises, les questions de gestion de patrimoine, de fiscalité et de succession nécessitaient encore des agences. Mais pour les autres opérations, "on n'a pas besoin d'agence." La Société Générale, qui pousse sa banque en ligne Boursorama, a prévu de fermer 100 agences par an, ramenant son réseau à 1.700 fin 2020.

Le problème des banques, selon Jay Sidhu, est leur modèle et leur structure de coûts.

"Les banques sont accros aux commissions, aux frais, c'est comme une drogue ! Or ces frais vont être attaqués par les nouveaux entrants. Si on enlève les commissions, les agences ne seront plus rentables" analyse-t-il.

En contrat avec 800 campus américains, sa BankMobile se targue d'être "sans frais" : elle se rémunère sur les prêts et surtout les commissions d'interchange payées par les commerçants lors des paiements par carte. Une règle (l'amendement Durbin) sur les niveaux de commissions en fonction du bilan de la banque l'oblige d'ailleurs à se scinder de sa maison-mère Customers Bank (une banque locale de la côte Est) pour retrouver les niveaux de revenus nécessaires à sa rentabilité.

"Les services bancaires ne doivent pas être gratuits" a insisté Frédéric Oudéa, qui avait déjà déroulé cet argumentaire après le lancement d'Orange Bank. "La sécurité des dépôts par essence coûte de l'argent."

Le banquier américain a acquiescé, à sa manière :

"La banque ne doit pas être gratuite, mais pas parce que c'est le secteur le moins efficace du monde ! Un client nous coûte 10 dollars en coût d'acquisition, contre 500 dollars en moyenne chez les autres banques. Quand c'est un étudiant, nous préférons avoir un bon client qui devienne un client pour la vie !" a argumenté Jay Sidhu.

Anticiper les besoins des clients

S'il a reconnu que les banques et Uber avaient des activités bien différentes, il a estimé qu'elles devraient être capables de prédire les comportements et d'anticiper les besoins des clients, comme l'appli de VTC.

"Pourquoi les banques ne sont pas capables d'être centrées sur les clients, ni d'être totalement digitales ? Une ouverture de compte prend 30 minutes à une heure en agence. L'expérience client est nulle. Cela ne devrait pas prendre plus de 4 clics" a poursuivi Jay Sidhu.

BankMobile fintech carte

[Carte spécial étudiant de BankMobile]

Dépôt de chèque par scan, virement avec le seul numéro de mobile ou email du bénéficiaire, paiement de facture en la photographiant, BankMobile joue à fond sur les possibilités du smartphone. Son patron a raillé Bank of America qui teste des agences sans employés avec salle de visioconférence, parce qu'elle ne peut "plus se permettre" le coût des agences classiques :

"Pourquoi voudrait-on parler à un écran vidéo alors qu'on a tout dans sa poche ? C'est une plaisanterie, il faut qu'ils se réveillent !"

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Commentaires
a écrit le 01/02/2018 à 17:31 :
juste une donnée pour les gourous du web. Aujourd'hui aucune banque 100% en ligne est rentable... CQFD...
a écrit le 01/02/2018 à 11:59 :
Pour l'instant les "grandes banques" observent. Elles ont les moyens d'attendre et , au fil du temps,elle rachèteront (même à prix d'or) ces banques nouvelles venues. La boucle sera bouclée, jusqu'au prochain tour, avec le même scénario.
a écrit le 01/02/2018 à 10:43 :
Il est tout à fait normal que les frais de banques ( les banques traditionnelles avec des succursales ) augmentent. Et ce n'est pas la fin :Raisons: A cause:
- de la multiplication des banques directes, auxquelles elles participent.
- à cause de la multiplication d'intervention d'autres secteurs
- à cause des faibles rendements de l'épargne, et la recherche des consommateurs de rendements plus élevés.
- à cause de l'intervention grandissante de l'Etat.
Tout le secteur est en pleine transformation numérique, et l'importance de la facilté d'utilisation des logiciels va grandissante.
Petit à petit le vrai conseil d'investissement indépendant reprendra du poil de la bête aux faveurs des soi-disant "conseils "limités aux fonds gérés par la banque elle même.
a écrit le 01/02/2018 à 8:29 :
Merci pour cet article.
Si nos banques ne valorisent pas l'expérience client, si elles ne sont pas centrées sur leurs clients, c'est simplement parce-qu'elles n'en n'ont pas !
Les vieux qui dirigent nos banques aujourd'hui en sont encore à la politique de "l'usager", ou pire, à la croyance que chaque individu ou entreprise ne peut représenter que des "risques".
Pas convaincu ? alors si vous êtes chef d'entreprise ou commerçant, imaginez juste un instant de vous comporter avec vos clients comme vos banquiers se comportent avec vous... que se passera-t-il alors ?
a écrit le 31/01/2018 à 21:05 :
Un des très gros problèmes en France... ce sont effectivement les banques... non seulement elles sont d'un autre siècle mais elle ne font pas ce que pourquoi elles ont été créé au départ... c'est-à-dire FAVORISER le crédit, PRENDRE des risques comme toutes les banques occidentales, aider et conseiller VRAIMENT ses clients... en somme, être un VRAI partenaire d'affaires pour les particuliers comme pour les entreprises... mais là c'est de la science-fiction !

Les banques françaises sont des fonctionnaires planqués, peureux, avec la ceinture et les bretelles et les gendarmes et les caméras de surveillance et la CIA... et on cri au loup avant de l'avoir vu... ou même savoir s'il y a un loup. Les frais bancaires français sont la risée du monde occidentale... c'est pénible à voir... c'est lamentable à constater... on se croirait encore au Tiers-Monde.
a écrit le 31/01/2018 à 20:48 :
Les banques ont des frais, et les font payer aux clients. Les profits, c'est leur métier, donc pour leur pomme. Les pertes pour les clients, sinon faillite et perte de tout. La belle vie ?
a écrit le 31/01/2018 à 18:43 :
"La sécurité des dépôts par essence coûte de l'argent." Mr. Ouéda semble oublier que son métier est de se rémunérer en prêtant l'argent des dépôts à vue aux entreprises pour leurs besoins de trésorerie. A une époque il y avait même un marché pour cela: le MATIF.
Mais de nos jours, les banques ne prêtent que très peu aux PME/TPME... il suffit de discuter avec elles!
Le problème est que les banquiers sont acros aux frais mais aussi à la spéculation-casino et à des dépenses irraisonnées, sans parler de l'inefficacité latente à tous les niveaux; il suffit de se rendre en agence pour constater l'étendue de l'incompétence et de la seule volonté de placer les produits du moment (challenge en cours).
a écrit le 31/01/2018 à 17:52 :
Il serait très intéressant d'analyser le compte d'exploitation des banques françaises afin de déterminer avec précision pourquoi elles en arrivent à déclencher des frais à leurs clients.
Tout ça pour dire par exemple que les frais de personnel (salaires etc) représentent déjà plus de 70% de charges....sans compter les impôts et taxes....etc.
Ce n'est donc pas si simple, malgré les bénéfices qu'elles peuvent faire....une exigence pour pérenniser à long terme .
Les clients seraient en droit à plus de transparence même si tout à un coût pour la banque !
Réponse de le 01/02/2018 à 14:14 :
moins de revenus (taux bas, ...), pour verser autant aux actionnaires chaque année, il faut trouver de l'argent en plus quelque part : les frais de "location" du compte bancaire qu'a chaque client. Comme l’État, quand il lui faut x milliards en plus, il change légèrement le taux d'une ligne sur son tableur, et c'est bon. Une règle de trois.
Ma CB de banque en ligne est gratuite, sous condition de l'utiliser sinon retirée. Les commissions les font vivre, tout est fait par le client en ligne (relevés de compte, virements, etc etc), ce qui minimise les coûts de fond. Intervention d'une personne ou envoi papier = payant. Il faut être agile avec internet/ordinateur.
a écrit le 31/01/2018 à 17:14 :
Dans la réalité c'est beaucoup moins simple. Beaucoup de clients sont liés à leur banque par un crédit immobilier avec l'obligation de domicilier leurs revenus dans cet établissement.
a écrit le 31/01/2018 à 10:37 :
On va vers une segmentation encore plus forte du marché. d'un côté, les petits clients qui n'ont pas grand chose, et font tourner leur comptes, (l'argent du mois est dépensé dans le mois), et de l'autre, les gros clients qui attendent plus de services, de conseils, et de profits. A chacun son type de banque donc. Je ne crois pas que de gros clients vont aller voir des petits acteurs, sans expertises, sans produits pour chaque marché, voire sans surface financière (ne jamais oublier que le cash rentre dans les actifs d'une banque et qu'un déposant ne possède qu'une créance en face d'un dépôt, c'est ce que la crise a appris à beaucoup)..etc..
a écrit le 31/01/2018 à 9:52 :
"Or ces frais vont être attaqués par les nouveaux entrants."

Nouveaux entrants qui dès qu'ils ont du succès se font immédiatement avaler par les grosses banques.

Que risquent ces dernières sans rire ? Là je ne vois pas...

Bon maintenant on comprend bien après la lecture de cet article que les licenciements dans le domaine bancaire et financier devraient encore plus se multiplier.

"Allemagne : Baisse plus forte que prévu des ventes au détail" https://www.latribune.fr/depeches/reuters/KBN1FK0S6/allemagne-baisse-plus-forte-que-prevu-des-ventes-au-detail.html
a écrit le 31/01/2018 à 9:48 :
"Or ces frais vont être attaqués par les nouveaux entrants."

Nouveaux entrants qui dès qu'ils ont du succès se font immédiatement avaler par les grosses banques.

Que risquent ces dernières sans rire ? Là je ne vois pas...

Bon maintenant on comprend bien après la lecture de cet article que les licenciements dans le domaine bancaire et financier devraient encore plus se multiplier.
a écrit le 31/01/2018 à 8:35 :
Effectivement, en France la banque fonctionne encore avec des idees vieilles de l'autre siecle. Ca roupille fort, le reveil va etre brutal.

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