Nubank, cette Fintech brésilienne devenue la plus grande licorne d’Amérique latine

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L'équipe de cofondateurs de Nubank est multiculturelle : la Brésilienne, Cristina Junqueira, directrice du développement commercial, le directeur général, David Vélez, Colombien et l'Américain, Edward Wible, directeur de la technologie.
L'équipe de cofondateurs de Nubank est multiculturelle : la Brésilienne, Cristina Junqueira, directrice du développement commercial, le directeur général, David Vélez, Colombien et l'Américain, Edward Wible, directeur de la technologie. (Crédits : Nubank)
La néobanque basée à São Paulo vient de réaliser une méga-levée de 400 millions de dollars portant sa valorisation à plus de 10 milliards de dollars. Avec plus de 12 millions de clients au Brésil, elle se revendique la plus grande banque digitale au monde (hors Asie) et s'apprête à se lancer au Mexique et en Argentine.

Avec une population de plus de 200 millions d'habitants et des taux d'intérêt stratosphériques, le Brésil a de quoi faire saliver les nouveaux entrants de la finance. Des startups à succès dans la Fintech sont en train d'émerger dans le plus grand pays de la région. Le Brésil a même sa première « décacorne » (entreprise non cotée valorisée plus de 10 milliards de dollars, quand les « licornes » ont dépassé le milliard), qui est aussi la première de toute l'Amérique latine : la banque mobile Nubank vient de boucler son septième tour de table, une méga-levée de fonds de 400 millions de dollars, la valorisant plus de 10 milliards, selon le Wall Street Journal, une information confirmée de source proche.

Fondée en 2013, la jeune entreprise, dont le siège est à São Paulo, n'est déjà plus une startup : elle emploie plus de 1.700 personnes de 25 nationalités, et dispose d'un centre technologique à Berlin. Elle a plus que doublé sa valorisation depuis que le géant chinois du Web Tencent a injecté 180 millions en octobre dernier. Depuis sa création, Nubank a levé la bagatelle de 820 millions de dollars.

Cette levée XXL est une des plus importantes dans la Fintech dans le monde : la plateforme américaine de prêts personnels SoFi a levé 500 millions en mai dernier, la néobanque allemande N26 un total de 470 millions en deux temps depuis janvier et la banque en ligne britannique pour PME OakNorth 440 millions de dollars en février. En termes de valorisation, seule l'américaine Stripe et l'indienne Paytm (One97) la surclassent (si l'on exclut le mastodonte chinois Ant Financial contrôlé par Alibaba), selon le classement des licornes mondiales de CB Insights.

L'opération est menée par le fonds californien TCV, qui a investi 1,5 milliard de dollars dans le secteur de la Fintech, notamment dans la plateforme de crowdfunding GoFundMe et dans le service de transfert international WorldRemit. Nubank avait auparavant discuté avec SoftBank au sujet de son entrée au capital, mais les pourparlers n'ont pas abouti, alors que le japonais a créé un fonds de 5 milliards de dollars consacré à l'Amérique latine et a récemment investi dans une autre Fintech brésilienne, Creditas. Tencent et le fonds du milliardaire russo-israélien Yuri Milner, DST Global, ainsi que les fonds américains Sequoia, Ribbit et Thrive Capital ont également réinvesti dans ce tour de table pour accompagner la trajectoire météoritique de l'entreprise brésilienne, qui commence à s'étendre en Amérique latine.

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Nubank Fintech néobanque appli carte Brésil

[La carte et l'appli de la néobanque brésilienne. Crédit : Nubank]

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Sixième institution financière au Brésil

Créée sous le nom de Nu Pagamentos, avec pour mission de « combattre la complexité et rendre aux gens le contrôle de leurs finances », l'entreprise, qui n'est pas une banque proprement dite mais dispose des agréments d'établissement de paiement et d'institution financière, a d'abord lancé une carte de crédit (Mastercard), sans cotisation annuelle, pilotable depuis une appli, qui a remporté très vite un grand succès. Elle a ensuite lancé un programme de fidélité (gain de points à chaque dépense), puis un compte de paiement, sans frais de tenue de compte, mais rémunéré, et 100% digital, et une carte de débit.

« Pas de paperasse ou d'agence. C'est toi qui contrôles » promet la néobanque sur son site. Elle teste depuis janvier une offre de crédit personnel et s'attaque à la clientèle des TPE et PME avec un compte dédié à ce segment estimé à plus de 20 millions d'entreprises au Brésil. La Fintech ne réalise pas de scoring de crédit classique mais utilise des algorithmes maison s'appuyant sur des informations issues du smartphone, de l'entourage (parrainage), les caractéristiques des dépenses et connexions,  pour ajuster le plafond autorisé.

En nombre de clients, Nubank se revendique « la sixième plus grande institution financière » et « la plus grande banque digitale au monde » (hors Asie précise-t-elle).

« Nous avons 12 millions de clients, dont 8 millions ont un compte digital NuConta. Presque tous nos 12 millions de clients ont notre carte de crédit, le premier produit lancé en 2014 » nous précise un porte-parole de l'entreprise pauliste.

Même au niveau mondial, peu de Fintech peuvent rivaliser avec de tels chiffres : les américaines Credit Karma et Coinbase, la coréenne Toss et l'anglo-chyprio-israélienne eToro font partie de la poignée ayant dépassé les 10 millions, sur la vingtaine de « millionnaires » selon le récent recensement de CB Insights (en excluant les Fintech chinoises et indiennes hors catégories vu la taille de leurs marchés).

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Fintech 1 million utilisateurs monde

[Startups de la Fintech ayant plus d'un million de comptes clients. Cliquer ici pour zoomer. Crédit : CB Insights]

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Expansion internationale en Amérique latine

Le marché brésilien, aux mains de cinq grands acteurs bancaires, qui ne servent pas la totalité du territoire (seulement 60% des 5.570 municipalités brésiliennes seraient dotées d'une agence), offre encore un large potentiel pour Nubank. Mais l'entreprise voit déjà au-delà : elle a ouvert ses premiers bureaux à l'étranger en mai et juin, au Mexique et en Argentine, où elle va lancer dans les prochains mois son offre sous la marque Nu. « Plus de 36 millions de Mexicains n'ont pas accès au système bancaire » et 16 millions d'Argentins, soit « plus de la moitié de la population adulte », justifie l'entreprise pauliste.

« Même si l'évolution technologique a été transformationnelle pour la plupart des secteurs à travers le monde, la plupart des consommateurs qui ont un compte en banque continuent de payer des taux d'intérêt et des frais absurdes pour, en retour, recevoir des services très médiocres. En outre, plus de deux milliards de personnes n'ont toujours pas accès à des services financiers de base. Grâce à ce nouvel investissement de TCV et de nos investisseurs actuels, nous pensons pouvoir apporter une contribution pour changer sensiblement cette situation en accélérant notre croissance au Brésil et en soutenant le lancement de nos nouveaux marchés en Amérique latine », fait valoir David Vélez, cofondateur et directeur général de Nubank, cité dans le communiqué.

Ce Colombien, ancien analyste financier et capital-investisseur, s'est associé à une Brésilienne, Cristina Junqueira, directrice du développement commercial, et à un Américain, Edward Wible, le directeur de la technologie, à la création de Nubank, après s'être plaint de la lourdeur bureaucratique de l'ouverture d'un compte chez une banque traditionnelle au Brésil.

« David Vélez et son équipe ont créé une entreprise remarquable avec Nubank » a commenté Woody Marshall, associé chez TCV, dans le communiqué, qui s'est dit « impressionné par leur position sur le marché, leur ADN axé sur le produit et leur attachement inébranlable à l'expérience utilisateur. »

Invité au Paris Fintech Forum en janvier dernier (voir la vidéo ci-dessous), David Vélez avait déclaré que, grâce au modèle rentable de la carte de crédit, Nubank avait généré de la trésorerie en 2017 et 2018 et que « l'activité [était] pratiquement autofinancée ». En 2018, l'entreprise a plus que doublé son chiffre d'affaires à environ 325 millions de dollars et réduit sa perte nette à 25 millions. Les nouveaux fonds levés serviront principalement à des recrutements et à cette expansion internationale. L'incursion sur le marché mexicain pourrait aussi lui offrir un excellent poste d'observation, voire une tête de pont, vers les États-Unis, notamment les États du Sud, à la forte population d'origine hispanique. Rien qu'en Amérique latine toutefois, quelque 200 millions de personnes n'ont pas de compte bancaire, aime à rappeler David Vélez.

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Commentaires
a écrit le 31/07/2019 à 15:32 :
La Licorne est un animal fantastique, un mythe qui n'a aucune place dans le réel.
Les licornes me semblent un anachronisme dans le monde de l'entreprise. Une " couillonade"?
a écrit le 31/07/2019 à 13:05 :
Ma banque normale me suffit très bien depuis toujours pourquoi inventer de tels bizarreries, bientôt des néoboucheries, des néoplomberies ?

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