NZBA : la finance climatique revoit ses ambitions à la baisse, déplore Reclaim Finance

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Des exigences climatiques qui deviennent de simples orientations, le tout sans objectif de date... « C'est à se demander à quoi la Net-Zero Banking Alliance [NZBA] va servir désormais ? » confie Lucie Pinson, fondatrice et directrice de Reclaim Finance, une ONG spécialisée dans la finance climatique.
L'objet de sa circonspection : un nouveau protocole de fonctionnement, mis au vote en ce moment même au sein de cette organisation dont l'objectif est de fédérer les acteurs bancaires du monde entier autour de l'action climatique. Fondée sous l'égide de l'ONU en 2021, dans la foulée de la COP26 de Glasgow, la NZBA réunit à ce jour 130 grandes banques, dont six établissements français (Crédit mutuel, La Banque postale, etc).
Cette alliance avait déjà été bousculée l'an dernier avec le départ des établissements américains, tous des gros poids lourds de la finance (JPMorgan Chase, Citigroup, Morgan Stanley, Bank of America, Wells Fargo et Goldman Sachs). Et ce, dans la foulée du retour de Donald Trump à la Maison-Blanche. La pression du président élu s'était alors ajoutée à la menace de poursuites judiciaires « antitrust » proférées par des procureurs généraux d'États conservateurs américains et producteurs d'énergies fossiles.
« Mais là, c'est la douche froide, déplore Lucie Pinson. L'alliance supprime carrément l'obligation pour les banques de fixer des objectifs pour leurs activités de financement alignés sur l'objectif de température de 1,5 °C. »
Elle ajoute, interloquée : « Exit aussi l'objectif de neutralité carbone d'ici à 2050. » Celui-ci est remplacé par un objectif plus large d'atteindre la neutralité carbone à « un moment donné dans le futur ». En matière d'action climatique, explique la directrice de Reclaim Finance, « cela n'a plus de sens ».
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La cadre d'ONG ne comprend pas non plus les deux arguments avancés par la NZBA pour amender son protocole interne. Selon l'organisation, vu que le monde n'est pas à ce jour sur la trajectoire d'une hausse de température limitée à +1,5 °C, par effet de domino, cet objectif est impossible à atteindre pour les banques.
« Oui, sauf que ce retard dans la décarbonation est aussi lié au manque d'efforts des établissements financiers pour se séparer de leurs actifs fossiles », contre-argumente Lucie Pinson.
En outre, la NZBA souhaite attirer de nouveaux membres, notamment des banques issues des pays en voie de développement. L'objectif de +1,5 °C les dissuaderait d'entrer dans l'alliance car il serait trop exigeant. « Mais depuis le départ, l'organisation a établi que les banques issues de ces pays-là n'étaient pas tenues d'avancer aussi vite que ceux des nations riches », répond l'experte.
Ce recul signe-t-il la fin de l'ambition climatique des banques ? « Non, fort heureusement, rétorque la directrice d'ONG. Même moins ambitieuse, cette alliance a le mérite de fédérer un peu les énergies, mais surtout n'empêche pas les banques d'agir individuellement dans leur décarbonation. » Elle cite la banque américaine Citigroup, qui bien qu'elle ait quitté la NZBA, a présenté une nouvelle feuille de route pour se décarboner. Ce qui n'est pas le cas de sa consœur Wells Fargo.
Quoi qu'il en soit, les efforts du secteur pour permettre au monde d'atteindre les objectifs de l'accord de Paris pour le climat, sont aujourd'hui déterminants. En finançant les grandes entreprises énergétiques exploitant des matières premières fossiles (charbon, pétrole, gaz naturel, gaz de schiste, etc.), les banques prennent une part significative au changement climatique.
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Comme le rappelle un rapport récent du Sustainable Finance Observatory, un think tank indépendant qui suit notamment les avancées des banques membres de la NZBA, « les institutions financières devraient systématiquement se doter d'un cadre permettant d'analyser la suffisance et la crédibilité des plans de transition des entreprises financées, mais aussi définir les activités bas carbone et celles incompatibles avec l'objectif de Paris ».
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