Prêts aux PME : la licorne Funding Circle prépare son entrée en Bourse

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Les cofondateurs de Funding Circle, James Meekings, responsable du Royaume-Uni, et Samir Desai, le directeur général.
Les cofondateurs de Funding Circle, James Meekings, responsable du Royaume-Uni, et Samir Desai, le directeur général. (Crédits : Funding Circle)
La Fintech britannique, qui a permis à plus de 50.000 entreprises d'emprunter plus de 5 milliards, espère lever environ 300 millions d'euros en allant se coter sur le London Stock Exchange. La pionnière du crowdlending, encore absente du marché français, pourrait être valorisée plus de 1,5 milliard d'euros.

« Bâtir un monde financier meilleur » : c'est la mission affichée par Funding Circle, l'une des trois "licornes" britanniques du secteur de la Fintech, mariant finance et technologie. La plate-forme de financement participatif des PME, leader sur le marché britannique, le plus mature en Europe, a annoncé officiellement ce lundi 3 septembre son intention de s'introduire en Bourse, huit ans après sa création.

L'entreprise espère lever environ 300 millions de livres (l'équivalent de 333 millions d'euros) sur le London Stock Exchange. Lors de son dernier tour de table en janvier 2017, Funding Circle avait levé 100 millions de dollars auprès des fonds de capital-risque Accel, Index, Ribbit, DST Global et le fonds souverain de Singapour Temasek, sur la base d'une valorisation estimée à plus d'un milliard.

Dans le cadre de l'entrée en Bourse, le milliardaire danois de la mode Anders Holch Povlsen (déjà au capital de la Fintech suédoise Klarna et du site allemand de chaussures Zalando) prendra une participation de 10% sous certaines conditions, notamment si la valorisation dépasse 1,65 milliard (1,8 milliard d'euros), ce qui est probable : celle-ci est évoquée entre 1,5 et 2 milliards de livres. Funding Circle vaudrait ainsi plus que l'Américain LendingClub (prêts participatifs aux particuliers majoritairement) dont la valeur a chuté à 1,5 milliard de dollars.

Des niveaux toutefois très éloignés des records signés en juin par la Fintech néerlandaise Adyen, qui capitalise quelque 17 milliards d'euros.

« L'annonce d'aujourd'hui marque le début de la prochaine étape de notre voyage passionnant et transformationnel. Au cours des huit dernières années, nous avons travaillé dur pour créer une plate-forme numéro un sur tous les marchés dans lesquels nous opérons. En combinant une technologie de pointe avec nos propres modèles de crédit exclusifs et des analyses de données sophistiquées, nous apportons une meilleure offre aux petites entreprises et aux investisseurs du monde entier », a commenté le cofondateur et directeur général, Samir Desai, âgé de 35 ans.

Lire aussi : C'est quoi une Fintech ?

Pas sur les terres de Lendix en France

Funding Circle se présente en effet comme le leader des plateformes de prêts aux PME au Royaume-Uni, aux États-Unis, en Allemagne et aux Pays-Bas : elle affiche au compteur plus de 5 milliards de livres (5,5 milliards d'euros) de financements accordés à plus de 50.000 entreprises depuis sa création en 2010. Elle n'est pas présente en France, un marché plus jeune où domine le français Lendix, qui demeure très petit en comparaison (478 projets financés pour un total de 212 millions d'euros à ce jour en France, Italie et Espagne). Si le document de présentation publié ce lundi indique que l'entreprise compte « s'étendre prudemment dans d'autres pays », une porte-parole de Funding Circle nous précise que la priorité est de se concentrer sur ses quatre marchés actuels.

Le spécialiste français du crowdlending pourrait, si les actionnaires étaient vendeurs, constituer une acquisition très complémentaire pour le pionnier britannique du financement alternatif : ils ont d'ailleurs le même modèle de financement associant investisseurs particuliers et institutionnels (assureurs, gestionnaires d'actifs, banques, fonds), lesquels garantissent le prêt pour les PME. Les entreprises emprunteuses obtiennent l'accord en 24 heures à trois jours, les taux varient en fonction de la durée et du profil entre 1,9% et 27%. Le rendement pour les investisseurs prêteurs oscille entre 4,6% et 7,6%. La Banque européenne d'investissement (BEI) et la British Business Bank (équivalent de la Bpi) font partie des prêteurs.

En termes de chiffre d'affaires, Funding Circle, qui emploie un peu plus de 1.000 personnes, reste elle-même une PME à forte croissance : elle a généré des revenus d'environ 105 millions d'euros l'an dernier et de 70 millions au cours du seul premier semestre 2018. Entre 2015 et 2017, son activité a connu une progression annuelle moyenne de 78%. Ses prêts en cours s'élèvent à 2,7 milliards d'euros à fin juin. La plateforme se rémunère par une commission (de 1% à 7%) payée par l'emprunteur (déduite de la somme prêtée) et des frais de service annuels de 1% du montant prêté.

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Funding Circle crowdfunding Fintech

[Prêts en cours et prêts originés par an sur le marché britannique. Crédits : Funding Circle]

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La croissance en priorité avant les profits

L'entreprise londonienne considère que son potentiel de croissance est encore largement devant elle : elle estime la taille du marché auquel elle s'adresse, celui des prêts aux PME des quatre pays dans lesquels elle opère, à 520 milliards d'euros, et sa part de marché à moins de 1%, face aux acteurs traditionnels du crédit (1,9% sur le marché britannique et moins de 0,5% ailleurs).

« Nous avons fait plus de prêts que l'ensemble des banques britanniques réunies au deuxième trimestre » a assuré Samir Desai au site du magazine Forbes.

Funding Circle table sur une croissance d'au moins 40% à moyen terme et une marge brute opérationnelle (Ebitda) de 35%. Elle est déficitaire (avec une perte nette de 39 millions d'euros l'an dernier), mais elle a atteint l'équilibre sur le marché britannique.

La candidate à une entrée en Bourse prévient les investisseurs qu'elle va « se concentrer sur la croissance plutôt que sur la rentabilité à moyen terme et va engager des dépenses marketing élevées jusqu'en 2020. »

Une présentation plus détaillée de l'entreprise, de son business plan et de l'opération, pilotée par Merrill Lynch, Goldman Sachs et Morgan Stanley, est prévue le 6 septembre.

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