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ClimatLa Tribune de la COP21

COP21: « J'espère une alliance avec les pays les plus vulnérables » (P. Canfin)

Photo de Dominique Pialot

Propos recueillis par Dominique Pialot

Publié le 04 décembre 2015 à 12:28 - Mis à jour le 13 décembre 2024 à 04:28

Canfin

Canfin

Photo DR

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

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Pour obtenir un accord lors de la COP21, il est impératif de réconcilier les positions des États-Unis, de la Chine et de l'Europe avec celles des pays du Sud. Pascal Canfin, directeur général de WWF France à partir de janvier, et co-auteur de l'essai Climat : 30 questions pour comprendre la conférence de Paris, esquisse quelques pistes.

LA TRIBUNE - Comment peut-on embarquer les pays du Sud dans un accord universel ?

PASCAL CANFIN - Il faut déjà bien comprendre qu'il n'existe pas un, mais des Sud. Les attentes des uns et des autres et les lignes rouges à ne pas dépasser ne sont pas du tout les mêmes selon qu'il s'agit des grands émergents, des pays en développement ou des plus pauvres, qui sont les plus vulnérables. D'ailleurs, il y a une concurrence entre tous ces pays pour capter les flux financiers destinés à accompagner la transition énergétique et l'adaptation aux changements climatiques des pays du Sud. Les projets financés dans le cadre des « 100 milliards » vont d'ailleurs plutôt vers les émergents que vers les plus pauvres. Ce qui n'a rien d'étonnant, car ils présentent de meilleurs profils de risque. Même les émergents ne constituent pas un bloc soudé et leurs positions divergent selon leur niveau de développement. Le PIB par tête de la Chine est aujourd'hui plus proche de celui de l'Italie que de celui de l'Inde. Aussi, la Chine est passée du côté des pays qui souhaitent un accord et font le job pour qu'on y parvienne. Mais pour l'Inde, on ne sait pas encore de quel côté la médaille va retomber. Avec l'Argentine et l'Arabie saoudite, l'Inde fait partie des pays qui ont freiné sur le climat lors du dernier sommet du G20.

Comment convaincre l'Inde ?

C'est au sein du gouvernement de cette démocratie de 1,3 milliard de personnes que le sujet fait débat. Certains, parmi les élites, pointent les émissions par tête, qui restent en effet modestes. D'autres souhaitent que l'Inde ne soit pas le dernier pays à se développer sur le mode de la révolution industrielle occidentale, mais au contraire, le premier à le faire en mode bas carbone. Cela passe par un récit indien du développement, des technologies disponibles et notre capacité, à nous, pays riches, de faire une offre à l'Inde pour lui permettre ce développement propre.

Tout ne se résume pas à un accord contraignant. Si les Chinois et les Américains sont en faveur d'un accord, c'est parce qu'ils considèrent que c'est dans leur intérêt. Mais quand l'Inde regarde la Chine, elle voit ce qu'elle pourrait devenir dans vingt ans. N'étant pas certaine d'y parvenir en suivant une trajectoire vertueuse sur le plan du climat, elle est vent debout contre le principe de révision des engagements, qui la menacerait d'être pointée du doigt tous les cinq ans. Aujourd'hui, l'Inde est le dernier marché sur lequel reposent les espoirs des industriels du charbon. Si elle opte pour cette option, on peut oublier le plafond des 2 °C [de hausse des températures moyennes d'ici à 2100, ndlr].

Quel rôle pourrait jouer le charbon propre dans cette transition ?

Ce que les industriels appellent le « charbon propre », c'est-à-dire des centrales équipées de systèmes de captage et stockage de CO2 (CCS), permet de diviser les émissions du charbon par presque quatre. Ce qui reste 22 fois plus émetteur que des éoliennes par exemple, et nettement trop par rapport à l'objectif de 2 °C. Surtout, sur le plan économique, la rentabilité du CCS n'est assurée qu'avec un prix du CO2 au-dessus des 60 dollars la tonne. Et à ce niveau, les énergies renouvelables seraient encore beaucoup plus compétitives. Autrement dit, l'alternative, c'est du charbon sale, ou pas de charbon du tout. Dans les scénarios 2 °C de l'Agence internationale de l'énergie et du Giec, la part du charbon est divisée par trois et la totalité est sous CCS.

Objectivement, l'Inde a réellement intérêt à une transition propre. Certes, le pays a beaucoup de charbon mais cela lui cause des problèmes de santé publique majeurs, les villes indiennes sont déjà les plus polluées du monde, plus encore que les villes chinoises ! Et l'Inde doit importer beaucoup de pétrole. C'est pourquoi il faut lui proposer une offre sur les énergies renouvelables.

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Quel genre d'offre ?

Le sujet majeur pour le développement des renouvelables dans les pays en développement, c'est le coût du capital, et notamment le coût du risque. C'est particulièrement crucial pour les énergies renouvelables, dans lesquelles l'investissement de départ (Capex) pèse beaucoup plus lourd que les coûts opérationnels (Opex), puisque le soleil ou le vent sont gratuits ! Pour les énergies conventionnelles, c'est l'inverse. Il existe déjà des initiatives intéressantes visant à pallier cet écueil. Par exemple, Yes Bank a récemment émis deux obligations vertes pour financer des projets d'énergies renouvelables en Inde à des taux raisonnables. On voit également des pays ou des agences de développement apporter des garanties pour permettre cet abaissement du coût du capital, et d'autres annonces devraient suivre en marge de la COP.

À l'image de l'Arabie saoudite lors du G20, les pays producteurs de pétrole aussi s'opposent à un accord à Paris, alors même qu'ils développent d'importants programmes de renouvelables chez eux... Pourquoi ?

Il n'y a pour l'instant pas de concurrence entre le pétrole et les renouvelables. Car les renouvelables servent à produire de l'électricité alors que le vrai sujet, pour le pétrole, c'est la mobilité. C'est devenu le seul levier de croissance de la demande de pétrole. Le pétrole est concurrencé (un peu) par les agrocarburants, mais surtout par l'électrification potentielle de la mobilité. Or, la baisse du prix du pétrole peut affecter les projets d'investissement dans la mobilité électrique. Si l'Arabie saoudite s'oppose à un accord sur le climat, c'est par crainte qu'une dynamique de la transition énergétique s'enclenche parmi les investisseurs, consistant à déserter peu à peu le pétrole pour les énergies propres. L'une des causes de la baisse actuelle des cours est d'ailleurs liée aux plans japonais, américains ou chinois en faveur de la voiture électrique.

Comment espérer un accord à Paris malgré l'opposition de pays comme l'Inde et l'Arabie saoudite ?

Avec l'Arabie saoudite, contrairement à l'Inde, c'est une question de rapport de forces. Il serait peut-être temps de se poser les bonnes questions concernant le financement du terrorisme. Certains pays comme l'Australie ou le Japon sont en retrait mais ne bloquent pas le processus. C'est donc une alliance entre la Chine, les États-Unis, l'Europe et les pays les plus vulnérables qui va faire l'ambition de l'accord de Paris.

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[ENCADRE]

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Ancien journaliste, Pascal Canfin (41 ans) a été député européen EELV de juin 2009 à mai 2012 et de mai à juillet 2014. Dans ce cadre, il est à l'initiative d'un appel à la société civile rassemblant une centaine de députés européens pour la création de l'ONG Finance Watch. Nommé ministre délégué au Développement auprès du ministre des Affaires étrangères dans le gouvernement de Jean-Marc Ayrault en mai 2012, il est, depuis juillet 2014, conseiller principal pour le climat du World Resources Institute (WRI), think tank américain très impliqué dans la préparation de la Conférence mondiale de Paris sur le climat. Il a coprésidé avec Alain Grandjean la Commission pour les financements innovants en faveur du climat et corédigé le rapport « Mobiliser les financements pour le climat », remis au président de la République en mai 2015. Il vient d'être nommé directeur général de WWF France, fonction qu'il occupera à compter du 5 janvier 2016. (D. P.)

Il est l'auteur d'une dizaine d'ouvrages dont Climat : 30 questions pour comprendre la Conférence de Paris, Éditions Les Petits Matins, 2015.

Propos recueillis par Dominique Pialot

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