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ClimatLa Tribune de la COP21

Climat : le début d'une nouvelle ère ?

Dominique Pialot

Publié le 29 novembre 2015 à 09:00

Le Quotidien Numérique

18 juillet 2026

Photo d'illustration de l'article
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Rien ne garantit que la COP21, qui s'ouvre à Paris dans un climat d'extrême tension après les attentats du 13 novembre, débouchera sur un accord à la hauteur des enjeux. Mais la dynamique de l'objectif des 2°C qui s'est enclenchée pourrait changer la donne des prochaines années.

Même dans leurs pires cauchemars, François Hollande et Laurent Fabius, hôtes de la COP21, n'auraient pu imaginer le contexte inédit dans lequel s'ouvre lundi le principal sommet international accueilli par la France sous ce quinquennat. Très vite après les attentats qui ont endeuillé Paris le 13 novembre, ils ont fermement assuré que la conférence de l'ONU sur le climat se tiendra bien du 30 novembre au 11 décembre, comme prévu. Enfin presque. Si rien ne change concernant les négociations elles-mêmes, dont la sécurité est d'ailleurs assurée par des gardes de l'ONU, il n'en va pas de même pour les manifestations de la société civile qui ont été interdites. Mais, au-delà de ce contexte sécuritaire, cette XXIe Conférence des parties (COP) de la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) est décisive à plus d'un titre.

Sur le plan scientifique, d'abord, 2015 est désormais assurée d'être l'année la plus chaude depuis que les relevés de températures existent et tous les indicateurs sont au rouge. La hausse de la température moyenne depuis la période préindustrielle a dépassé 1°C. La concentration de CO2 dans l'atmosphère a atteint les 400 ppm (particules de CO2 par million de particules dans un volume donné), alors qu'il y a quelques années seulement, on espérait la plafonner à 350 ppm. À ceux pour qui ces chiffres sont du chinois, de récents rapports sont venus rappeler très concrètement ce que signifierait une poursuite de la hausse des températures moyennes : 250 millions de déplacés climatiques en 2050 selon l'ONU, 100 millions de personnes supplémentaires touchées par l'extrême pauvreté en 2030 pour la Banque mondiale, ou encore 400 millions de personnes directement menacées par la montée des eaux dans le cas d'une hausse de 3°C...

L'engagement de la Chine et des Etats-Unis

Sur le plan politique, les États-Unis et la Chine, les deux grandes puissances nonsignataires du protocole de Kyoto en 1997 mises en cause dans l'échec de la dernière grande conférence à Copenhague en 2009 et qui pèsent à elles deux près de 50 % des émissions mondiales, ont opéré un changement de pied remarquable. Obama a récemment multiplié les déclarations en faveur d'un accord ambitieux à Paris, et le président américain a été le premier à confirmer sa venue dans les heures qui ont suivi les attentats. Il a également donné des gages dans ce sens sur le plan intérieur, avec un « clean power plan » visant à réduire les gaz à effet de serre dans la production d'électricité et l'interdiction du projet d'oléoduc Keystone XL destiné à transporter le pétrole issu des sables bitumineux canadiens vers le sud des États-Unis.

Dans une volonté affichée de faire jeu égal avec les États-Unis, le président chinois a fait plusieurs déclarations communes avec Obama, fait part sur le sol américain de plusieurs de ses engagements climatiques et apporté à François Hollande son soutien aux principaux points du projet d'accord. Au-delà de sa propre position, déterminante étant donné son poids dans la population, l'économie et la pollution mondiales, c'est une partie du G77 que la Chine pourrait entraîner derrière elle. L'adhésion de ces pays émergents, en développement ou plus vulnérables, qui ne forment pas, tant s'en faut, un bloc compact et unanime, est en effet incontournable pour obtenir un accord universel à Paris.

Après l'échec de Copenhague, c'est cet accord qui doit succéder au protocole de Kyoto à compter de 2020. Entre-temps, sur la base des travaux scientifiques du Giec (Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat) les États se sont accordés sur la nécessité de limiter à +2 °C la hausse des températures par rapport à l'ère préindustrielle, et les pays du Nord se sont engagés à partir de 2020 à verser chaque année 100 milliards de dollars aux pays en développement pour soutenir leur transition vers une économie bas carbone.

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Un dispositif qui ne fait pas l'unanimité

En termes de méthode, c'est la première fois que les États soumettent en amont de la conférence leurs engagements de réduction d'émissions de gaz à effet de serre à l'horizon 2025 ou 2030. Sur les 196 parties à la conférence (195 pays plus l'Union européenne), 170 pays - représentant 90 % des émissions mondiales - se sont livrés à l'exercice des « contributions nationales ». Contrairement au protocole de Kyoto qui distinguait entre les pays développés de l'Annexe I, soumis à des efforts de réduction, et les pays hors Annexe I, qui en étaient dispensés, tous sont désormais concernés par l'exercice.

Bien que la simulation soit sujette à caution, selon les calculs des experts, les contributions nationales ne sont pas suffisantes pour contenir à 2°C la hausse des températures, qui s'établirait plutôt entre 2,7 et 3,5°C selon les sources. Mais le projet de texte prévoit un mécanisme permettant aux États de réviser régulièrement leurs objectifs pour tenir compte des progrès technologiques, de la baisse des coûts et de l'évolution de la réglementation. Évidemment destiné à revoir les ambitions à la hausse (et d'ailleurs baptisé en anglais ratchet mecanism, ou effet cliquet), le dispositif ne fait pas l'unanimité, certains préférant ne s'engager qu'à un « bilan » régulier.

Autre point en suspens à la veille des négociations : la nature juridique de l'accord. Alors que la présidence française de la COP a longtemps insisté sur la nécessité d'un accord contraignant, les Américains ont récemment rappelé par la voix de leur ministre des Affaires étrangères John Kerry qu'un tel accord serait impossible à ratifier par les États-Unis, dans la mesure où le Congrès y est hostile, avant de confirmer le principe de clauses contraignantes. Par ailleurs, de nombreuses voix s'élèvent pour demander que l'accord contienne des éléments concernant la période avant 2020, considérant qu'à cette échéance il sera déjà trop tard pour endiguer certains phénomènes climatiques. Quoi qu'il en soit, afin d'encourager dès le début une dynamique forte, 138 chefs d'États et de gouvernement devraient être présents ce lundi au Bourget, à l'ouverture des négociations, et non à la clôture comme à Copenhague.


Le prix carbone en question

Sur le plan économique aussi la situation est bien différente de celle de 2009. Certes, la tarification du carbone, destinée à rendre compétitives les technologies décarbonées, n'a encore été instaurée ni largement, ni efficacement. Malgré le relatif échec du marché européen, auquel une réforme récemment votée devrait redonner des couleurs... à partir de 2019, les expériences régionales se multiplient, de la Californie à la Corée du Sud en passant par la Chine. Cette dernière a annoncé pour 2017 son projet d'étendre à l'échelle nationale le dispositif actuellement en test dans sept provinces.

Cette tarification du carbone, aujourd'hui appuyée par les instances financières dont la Banque mondiale et le FMI, est réclamée à cor et à cri par de nombreuses entreprises. Reçus à l'Élysée le 10 novembre, les patrons de Engie, Solvay et Air Liquide ont réitéré cette demande qu'ils avaient déjà exprimée en mai lors du Business & Climate Summit. Soutenue par le Medef français, l'instauration d'un prix du carbone est portée à l'international par la coalition d'entreprises We Mean Business, qui défend l'idée d'une transition énergétique créatrice de valeur et d'emplois.

Même sans cette mesure, certaines technologies propres sont d'ores et déjà à même de concurrencer les solutions traditionnelles et polluantes. Le cas le plus flagrant est celui des nouvelles énergies renouvelables, solaire photovoltaïque et éolien terrestre en tête, dont les coûts se sont effondrés ces dernières années. Des plans de déploiement des renouvelables figurent d'ailleurs dans la plupart des feuilles de route présentées par les États pour atteindre les réductions auxquelles ils se sont engagés en amont de la COP.

Un vaste mouvement de désinvestissement

En corollaire, les énergies fossiles les plus émettrices de CO2, à commencer par le charbon, sont dans une mauvaise passe. Attaqué sur plusieurs fronts (la baisse drastique de la consommation chinoise, celle des prix et l'abandon de plusieurs projets emblématiques), le secteur est victime d'un vaste mouvement de désinvestissement. Apparu sur des campus américains sous la pression de militants écologistes, celui-ci s'est peu à peu étendu à des acteurs économiques majeurs, notamment d'importants fonds de pension, et les montants concernés ont été multipliés par 50 en un an. Des experts tels que le gouverneur de la Banque d'Angleterre soulignent régulièrement le risque d'actifs échoués, les fameux stranded assets, dont les investissements ne pourront être amortis.

Enfin, du côté de la société civile, au-delà des militants habituels, de nouvelles voix, jusqu'alors discrètes sur le sujet, se sont fait entendre ces derniers mois, dont celle du pape, certainement la plus écoutée. À la suite de la publication de son encyclique Laudato si' en juin, il a multiplié les discours devant les responsables politiques, de l'Union européenne au Congrès américain. D'autres représentants religieux, notamment musulmans, mais aussi des professionnels de santé et des syndicats se sont également exprimés en faveur d'un accord ambitieux à Paris.

De leur côté, de nombreuses villes du monde entier ont pris des engagements en matière de réduction de leurs émissions et de développement des énergies renouvelables.

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Quant aux ONG de l'environnement, traditionnels défenseurs de la planète unis pour l'occasion, elles accusent le coup des interdictions qui frappent les grandes manifestations prévues à Paris les 29 novembre et 12 décembre. Mais, soulignant les liens entre changement climatique, déstabilisation sociale et politique, et terrorisme, ou encore le rôle du pétrole dans son financement, elles n'entendent pas être réduites au silence et promettent des modes de mobilisation alternatifs.

Dominique Pialot

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