Drone de combat : pourquoi Londres n'a voulu s'engager que sur 2 ans avec Paris

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Le futur drone de combat franco-britannique verra-t-il le jour ?
Le futur drone de combat franco-britannique verra-t-il le jour ? (Crédits : Dassault Aviation)
Le programme Système de combat aérien futur sera à la merci, fin 2015 ou début 2016, d'une revue stratégique de la part de Londres. En outre, les Britanniques ne peuvent pas tout montrer aux Français, en raison des coopérations entre Londres et Washington.

Un contrat à durée déterminée (CDD)... Dans l'aviation de combat du futur, les fiançailles entre Londres et Paris sont en quelque sorte un CDD de deux ans. "Nos homologues britanniques n'ont pas voulu s'engager sur une durée supérieure à deux ans s'agissant du contrat FCAS DP", une étude d'un montant de 150 millions d'euros portant sur la faisabilité du Système de combat aérien futur (SCAF), a expliqué au Sénat le délégué général pour l'armement (DGA), Laurent Collet-Billon.

Pourquoi ? Selon Laurent Collet-Billon, "les élections britanniques (au plus tard en mai 2015, ndlr) seront immédiatement suivies d'une revue stratégique, dont les conclusions pourraient être disponibles fin 2015 si c'est le camp conservateur qui l'emporte, mais pas avant fin 2016 en cas de basculement de majorité. Cette revue stratégique est l'occasion, au Royaume-Uni, de revenir sur le choix entre politique pro-européenne et politique pro outre-Atlantique. Je suis incapable de prévoir ce qui va passer".

Les Britanniques contraints de cacher la copie

La coopération entre la France et la Grande-Bretagne sera vraisemblablement parasitée par celle qu'entretient Londres avec Washington. "Certains points sont par ailleurs quelque peu compliqués, notamment en matière d'échanges de données très classifiées, une partie de celles-ci nous étant refusées par le Royaume-Uni au motif qu'elles proviennent de sources d'information qui ne sont pas la propriété du Royaume-Uni", a ainsi précisé le délégué général pour l'armement, dont les propos ont été tenus avant la signature du programme franco-britannique, FCAS DP, le 5 novembre.

Les informations que refusent de partager Londres "résultent de programmes que les Britanniques mènent avec les Américains, comme celui relatif au F35, et ne nous sont pas cessibles. Il faut donc mesurer l'incidence que cela peut avoir sur la mise en commun réelle des projets. On se donne deux ans pour obtenir la réponse". On est loin des discours positifs prononcés début novembre par les industriels et les responsables étatiques pour annoncer une coopération qualifiée d'historique dans l'aviation de combat. Outre BAE Systems et Dassault Aviation, font partie de l'équipe historique les deux motoristes Snecma et Rolls-Royce, et les deux électroniciens Thales et Selex UK.

Et l'Allemagne ?

Interrogé pour savoir s'il ne valait pas mieux de faire l'avion de sixième génération avec les Allemands, Laurent Collet-Billon a fait valoir que Berlin n'a "rien prévu" dans ce domaine. "C'est un vrai problème. Cela ne peut redémarrer, côté européen, que dans la mesure où l'Allemagne se dote d'une réelle politique en la matière. Tant que ce n'est pas le cas, on est face à un mur", a-t-il expliqué.

D'une façon générale, a-t-il jugé, "les sujets de coopération avec l'Allemagne sont aujourd'hui extrêmement faibles. On parle depuis des années d'une coopération autour des satellites d'observation, d'une énième version de drone franco-italo-allemand, et c'est tout". S'agissant du programme qui va succéder à Helios, Laurent Collet-Billon s'est montré très critique envers l'Allemagne. Notamment du programme CSO (Composante spatiale optique), destiné à succéder aux actuels satellites d'observation militaires Helios 2 utilisés par les forces armées françaises et ses partenaires (Allemagne, Belgique, Espagne, Grèce et Italie).

"Où en sommes-nous de la politique spatiale ? Nulle part ! On discute toujours avec l'Allemagne de la construction d'un troisième satellite CSO à son profit. La question tourne autour de ce que ce pays pourrait récupérer industriellement en retour. Des questions se posent, à l'infini, sur l'accès aux images et leur transmissibilité à des tiers. (...) L'Allemagne propose de construire un satellite intégralement réalisé par OHB, une société allemande..." Et selon le DGA, "plus on attend, et moins le choix d'un satellite de type CSO est pertinent. La technologie évolue, et on a donc presque intérêt à patienter deux ans de plus pour bénéficier d'une meilleure solution". Et de regretter que "la politique spatiale de défense est dans le même état que la politique spatiale civile".

Quelles coopérations avec la Grande-Bretagne ?

Pour Laurent Collet-Billon, "nous sommes en train de tirer le bilan de l'accord franco-britannique. L'avancée sur les UCAV est réelle et importante.  il va maintenant falloir prendre la mesure effective de ce qu'on a mis « dans les tuyaux », savoir ce que cela nous a apporté, et connaître les liens politiques qui ont été créés par cette coopération".

Pour le missile ANL (Anti-Navire Léger), le programme a commencé. "Il est prévu que les Britanniques, au début, en financent le développement, avant que nous ne prenions la relève. Il n'est pas souhaitable que les choses s'arrêtent ; même si les états-majors ont estimé qu'ils n'en avaient pas besoin, ils seront bien contents d'en disposer". Quant aux VBCI, une expérimentation est en cours, mais l'infanterie britannique "n'en a pas besoin avant 2025. Je pense donc que la chaîne sera largement achevée d'ici là, puisqu'on assemble les derniers en ce moment". Laurent Collet-Billon reste donc sceptique sur un achat britannique.

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Commentaires
a écrit le 28/11/2014 à 16:16 :
Ca fait peur pour l'Europe de la défense. Et pourtant que de succès franco-allemands et que de fiascos franco-anglais par le passé
a écrit le 21/11/2014 à 12:51 :
Connaissant le double jeu habituel des Anglais, il vaut mieux qu'on en fasse le moins possible avec eux.
a écrit le 20/11/2014 à 21:09 :
"la politique spatiale de défense est dans le même état que la politique spatiale civile"

Elle même dans le même état que la politique économique européenne.
Et politique économique dans le même état que la politique tout court européenne.

L'Europe est une vaste machine à pédaler dans la semoule.
a écrit le 19/11/2014 à 18:03 :
En réalité, débrouillons nous tous seuls, nous en avons les capacités, et cela coutera moins cher.
a écrit le 18/11/2014 à 8:45 :
Il n'y a pas forcément besoin de fabriquer directement des Drones de combat; il y a toute une panoplie de drones "utilitaires"( d'exploration, d'alarme, de réparation, de surveillance, de repérage, de transport, de transmission, etc..) à inventer et pour se faire main en coopération, de taille imposante jusqu'au mini-drone ainsi que les logiciels.
a écrit le 17/11/2014 à 21:56 :
Je n'aime pas ces engins, ils sont les futures répressions de nos libertés.
Réponse de le 19/11/2014 à 20:27 :
Et de nos emplois qui deviennent de plus en plus rares...
Réponse de le 30/11/2016 à 11:13 :
Euh... Vous êtes pilotes?

Il faudrait plutôt vous en prendre à l'automatisation des procédés de fabrication industriel. Ces machines qui font le travail de 10 hommes.
a écrit le 17/11/2014 à 20:32 :
Bonsoir Pourquoi faire un programme de ce type avec un canard boiteux ?
a écrit le 17/11/2014 à 20:23 :
Les francs succès ne proviennent que de franches décisions. Qui pourrait en vouloir à nos partenaires Européens d'être tiède, alors que nous même n'avons fait le choix d'une vraie Europe. Nous ne bernons plus personne, mis à part certains électeurs, dans des choix qui n'ont rien d'une stratégie Européenne. A quand le changement de cap?
a écrit le 17/11/2014 à 20:02 :
A faire une coopération valable autant choisir la Suède, leurs ingénieurs militaires ont toujours eu des idées originales et surtout un souci de ne pas faire cher, l’idéal pour des ingénieurs français brillants mais souvent tentés par la folie des grandeurs.
Réponse de le 30/11/2016 à 11:15 :
Les fameux ingénieurs Français qui ont la folie des grandeurs. On en reparle du F-35? On en reparle de la remise à niveau express des capacités "Air-sol" de l'Eurofighter? (qui n'est autre qu'un intercepteur à la base...).
a écrit le 17/11/2014 à 14:46 :
vraiment des pigeon les francais
a écrit le 17/11/2014 à 14:19 :
D'accord avec Freedom et avec l'historique de Rider-83. Encore une "coopération" british de type "porte-avions" ... Et en effet, en terme de gestion de programme DASSAULT est très largement en avance et plus performant que BAe et autres. Vu la configuration qui se dessine, je cherche les gains pour les industriels français, vainement ...
Réponse de le 17/11/2014 à 20:18 :
Entretenir la recherche dans les bureaux d''Etudes de Dassault Aviation !
Réponse de le 18/11/2014 à 5:12 :
Pourquoi pas ?
Dassault est une très belle entreprise (dont je ne suis ni actionnaire ni salarié)
Réponse de le 18/11/2014 à 11:40 :
Dans ce domaine ... notre seul allié pourrait être ... la Pologne.
Réponse de le 18/11/2014 à 14:03 :
Oui chs, en effet. A condition de bien maîtriser les livrables. Je ne suis pas actionnaire ni salarié de DASSAULT également.
a écrit le 17/11/2014 à 13:23 :
L'Europe, c'est 28 petites armées incapables de faire quoi que ce soit seules, dotées de 28 petits budgets, 28 petites administrations, 28 petits centres d'achats, 28 petits gouvernements essayant de répondre aux besoins de leur petite armée tout en sauvegardant leurs petits industriels, et tout en faisant face à de grands ensembles comme la Russie, la Chine, les USA. Diable, dommage que la solution ne soit pas complètement évidente !
a écrit le 17/11/2014 à 13:04 :
Pour enterrer un programme il suffit de le faire en coopération avec les Anglais. Je me souviens encore du projet de porte-avions en commun...
Franchement, je vois mal Dassault travaillé abec BAe : nous sommes en avance sur eux. Laissons faire les industriels au d'inventer des solutions qui flattent l'égo de nos politiques.
a écrit le 17/11/2014 à 12:47 :
Certains entrevoient à juste titre la magouille Anglaise , je pense que les responsables Dassault ne sont pas les derniers perdreaux de l' année , ce qui n' est peut être pas le cas chez Airbus , complètement infiltré
a écrit le 17/11/2014 à 10:53 :
cette affaire à l'air d'un marché de dupe, pourquoi ne pas poursuivre avec des partenaires plus petits mais plus fiables comme dans le projet neuron??
a écrit le 17/11/2014 à 10:42 :
Un peu d'histoire : Les coopérations dans le domaine aéronautique et spatial (civil et militaire) n'ont pas toujours été évidente avec les Anglais, à cause de leur alliance privilégié avec les Etats-Unis. En 1967 La France et l’Allemagne s'engage dans l'aventure de l'avion Airbus et dans le même temps Tony Benn, ministre des technologies britannique, annonce en 1968 que le Royaume-Uni ne peut s'engager à participer financièrement à ce projet voué à l'échec et décide d'abandonner sa participation au projet qui sera un succès industrielle et permettre au constructeur Européen de piquer la première place à Boeing. Les Britannique préféreront acheter américain et le Britannique Rolls-Royce signera un accord avec l'américain Lockheed pour lui fournir un réacteur pour le Lockheed L-1011 TriStar (l'avion sera un échec commercial). Dans le domaine astronautique la coopération européenne est inévitable pour réduire notre dépendance vis à vis des Etats-Unis. Pas par chauvinisme bien sûr, mais pour faire travailler nos propres ouvriers / ingénieurs plutôt que les américains. Le passé à montrer que les succès commerciaux et industriels d'Airbus, Ariane, MBDA, Eurocopter,... sont à l'origine le fruit de la coopération réussi entre la France et l'Allemagne. A chaque fois les Anglais ont toujours été réticent et ont toujours rejoins le navire une fois les succès étaient au rendez-vous (et oui être leader et vendre à l'internationale ça rapporte mieux que d'acheter américain). Il faudrait que les Anglais comprennent que cette politique de toujours acheter américain pour pouvoir garder le statut de meilleur allié des Etats-Unis, n'est pas une politique qui bénéficient aux ingénieurs/ techniciens Britannique. Seul la France et l'Allemagne l'ont compris apparemment. Ont l'a vu récemment avec la prouesse technique mondiale de la sonde européenne Rosetta et le robot Philae qui est un programme financé principalement par la France et l'Allemagne
Réponse de le 28/11/2014 à 13:00 :
L'Angleterre a toujours été le principal porte avions des états unis , et le principal aérodrome militaire des usa , nous n'avons rien à faire avec ce pays .
a écrit le 17/11/2014 à 10:39 :
Le problème de la FRANCE, c'est qu'elle est toujours en train de batailler avec des partenaires qui tout en ne maitrisant pas les technologies clés veulent néanmoins les fameux "retours géographiques". Pour bonne preuve le déroulement chaotique des projets A400 et GALILEO qui ont accusé dix ans de retard. L'EUROPE a cela de bien qu'elle évite les guerres entre membres mais c'est à peu près tout.
Réponse de le 17/11/2014 à 11:35 :
C'est quoi votre solution ? Acheter du matériel US et abandonner le marché internationales des équipements astronautique aux entreprises US ? C'est sur que les employés d'Airbus, Ariane, Astrium qui travaillent Toulouse, Kourou, ... vont vous applaudir. A ce que je sache la France ne maîtrisait pas à l'origine les compétences technologiques et industrielles des Etats-Unis dans la conception des lanceur spatiaux, missiles, satellites et avions gros porteur à réactions, ce qui ne l'a pas empêché d'être un leader mondial à égal avec les Etats-Unis dans ce domaine grâce a la coopération européenne. Aujourd'hui pour être présent sur le marché internationale de l'aéronautique spatiale, civil et militaire , il faut exporter ses propres produits et non acheté US automatiquement.
Pas d'exportation = moins d'emploi, moins de savoir faire.
Pas d'exportation = plus d'importation.
Trop d'importations = plus de chômage et fuite des compétences à l'étranger. Pour éviter ça la coopération européenne est importante. Pas par fierté bien sur mais pour exporter
Réponse de le 17/11/2014 à 12:19 :
Achetons américain comme nos amis british alors et disons à nos techniciens qu'ils sont des bons à rien. On l'a vu avec Airbus, Ariane et la dernière mission spatiale sur la comète
Réponse de le 19/11/2014 à 20:30 :
C'est déjà ce qu'on fait... Sinon on ne pourrait pas communiquer avec l'OTAN!
a écrit le 17/11/2014 à 10:09 :
Il faudrait déjà que la France reconnaisse enfin le concept de drone de combat, ce qui n'a jamais été fait, préférant garder le concept de drone de surveillance du terrain.Ensuite il faudra développer nous même sans coopération ce drone car seuls les "frileux" allemands pourraient être en coopération utile sur ce concept.Enfin le torpillage des états majors nous a fait perdre beaucoup de temps pour l'acquisition indispensable de ce moyen adapté aux guerres asymétriques.
Réponse de le 17/11/2014 à 10:33 :
démonstrateur qui a été primé aux Etats-Unis cette année, pas un drone de combat?
a écrit le 17/11/2014 à 9:56 :
cela remet une fois de plus en évidence que la France est le seul pays européen qui a actuellement une volonté dans le domaine aéronautique/spatiale militaire... Les autres ne sont que des figurants car ils ne veulent PAS avoir ou faire plus. Avec une politique de défense intégralement tourné vers le plan B qu'est l'OTAN... et donc les Etats Unis.
a écrit le 17/11/2014 à 9:08 :
L’Angleterre est depuis longtemps les yeux et les oreilles de Washington en Europe. Ils veulent que les Français abattent leurs cartes en donnant le minimum de gage en retour. La France est piégée car elle est maintenant liée par l'OTAN et ne peut conclure de partenariat avec la Russie par exemple. La domination anglo-saxone est totale.
a écrit le 17/11/2014 à 8:07 :
L'Europe n'est pas une nation. La France est seule avec Hollande et ses fonctionnaires à protéger par les impôts. Je pense que ce pays est sans avenir car il ne trouvera pas d'alliés fiables pour construire un destin avec lui. Ce pays est en marge et le restera jusqu'à la liquidation finale et à la soumission aux puissances environnantes. Le socialo-étatisme aura anéanti cette ex grande nation.
Réponse de le 17/11/2014 à 8:14 :
pffff......
Réponse de le 17/11/2014 à 9:02 :
Rien à voir avec le socialisme, c'était pareil avec les gouvernements précédents et le porte-avions commun.
Réponse de le 17/11/2014 à 10:32 :
Les commentaires sont certaines fois affligeants.
Réponse de le 17/11/2014 à 12:16 :
Une des premières décisions politiques de Sarkozy a été de revenir dans l'Otan!

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