Armement : la France et l'Allemagne main dans la main mais jusqu'à quand...

Séquence dense dans la coopération opérationnelle et capacitaire entre la France et l'Allemagne. La ministre des Armées Florence Parly et la ministre de la défense allemande Annegret Kramp-Karrenbauer évoqueront jeudi le futur avion et char de combat ainsi que le drone MALE européen.
Michel Cabirol

5 mn

Alors que des échéances électorales majeures approchent aussi bien en Allemagne qu'en France, la ministre des Armées Florence Parly et la ministre de la défense allemande Annegret Kramp-Karrenbauer, tentent de verrouiller au maximum certains des projets cruciaux que Paris et Berlin ont lancé ces dernières années dans le domaine de l'armement.
Alors que des échéances électorales majeures approchent aussi bien en Allemagne qu'en France, la ministre des Armées Florence Parly et la ministre de la défense allemande Annegret Kramp-Karrenbauer, tentent de verrouiller au maximum certains des projets cruciaux que Paris et Berlin ont lancé ces dernières années dans le domaine de l'armement. (Crédits : Dassault Aviation / Pierre Barut)

Tic-tac, tic-tac, tic-tac... Alors que des échéances électorales majeures approchent aussi bien en Allemagne (Bundestag en septembre 2021) qu'en France (présidentielle en avril 2022) avec son lot d'incertitudes, la ministre des Armées Florence Parly et la ministre de la défense allemande Annegret Kramp-Karrenbauer, qui sont aujourd'hui sur la base aérienne 105 d'Evreux en Normandie, puis à Manching, en Bavière, sur le site d'Airbus Defense and Space, tentent de verrouiller au maximum certains des projets cruciaux que Paris et Berlin ont lancé ces dernières années dans le domaine de l'armement. C'est le cas de trois grands programmes européens : le Système de combat aérien du futur (SCAF), le char du futur ou Main Ground Combat System (MGCS) et, enfin, le drone MALE appelé Eurodrone.

Un escadron franco-allemand de transport tactique

Avant d'évoquer ces programmes d'armement en Allemagne, Florence Parly et Annegret Kramp-Karrenbauer sont jeudi matin sur la base aérienne 105 d'Evreux, à l'occasion de la pose de la première pierre de l'escadron franco-allemand de transport tactique C-130J, intégrant pilotes, mécaniciens et appareils français et allemands. Soit un investissement de 110 millions d'euros par pays (infrastructures terminées fin 2021 et centre de formation livré en 2023)."Cette nouvelle unité complètera les capacités de transport aérien offertes par l'A400M dans la réalisation de l'ensemble du champ des missions opérationnelles de transport tactiques de chacune des deux armées de l'air", explique le ministère des Armées.

La France a déjà reçu ses 4 C130J. L'Allemagne recevra six appareils entre 2021 et 2024. Une fois atteinte sa pleine capacité, en 2024, cette "première unité opérationnelle mixte franco-allemande" disposera de 10 appareils et 260 personnes, explique-t-on au ministère français des Armées, qui revendique "un degré d'intégration inédit au niveau européen". Le pilote pourra être français sur un avion allemand ou inversement. Le commandant de l'escadron sera français, secondé par un Allemand. L'unité pourra être appelée à participer à des opérations extérieures, avec des règles d'engagement différentes pour chaque pays. "On peut imaginer que l'Allemagne autorise le déploiement de mécaniciens au Sahel mais qu'une intervention particulièrement dangereuse soit réalisée seulement par des pilotes français", explique-t-on.

SCAF, MGCS et Eurodrone, les atouts de la coopération

Trois programmes d'armement européens majeurs sont actuellement menés par l'Allemagne (MGCS et Eurodrone) et la France (SCAF). Après des mois de rivalités politico-industrielles franco-allemandes, ces programmes traversent aujourd'hui une période plus calme mais le calendrier électoral des deux pays va rattraper les ministères et les équipes de ces projets et certainement tendre à nouveau les relations pour rendre irréversible ces programmes. C'est particulièrement vrai pour le SCAF et le MGCS, deux programmes très dimensionnants pour l'industrie d'armement européenne.

Après avoir signé en février un contrat de recherche et technologie de 150 millions d'euros et embarqué l'Espagne, les trois pays ont pour objectif de boucler un contrat pour développer et fabriquer un démonstrateur, qui doit voler en 2026. Le budget s'élève à 5 milliards d'euros environ et sera partagé entre la France, l'Allemagne et l'Espagne, explique-t-on au sein du cabinet de Florence Parly. La France a inscrit dans l'actuelle loi de programmation militaire un budget de 2,2 milliards d'euros. Les industriels ont remis cet été une première proposition à 10 milliards d'euros. Il y a donc du travail pour faire converger les montants. "C'est classique, nous ne sommes pas surpris par le facteur 2", rassure-t-on au sein du cabinet. Pour autant, le temps presse et la réussite du projet réside également dans sa "rapidité d'exécution". Ainsi Paris et Berlin espèrent obtenir le feu vert du parlement allemand au printemps 2021.

"Tout l'enjeu est d'aller suffisamment vite pour lancer une grosse tranche du projet en 2021 afin de le rendre irréversible", commente-t-on au cabinet de FlorenceParly.

Aligner le MGCS avec le SCAF

Pour gagner également du temps (et donc faire plaisir au Bundestag), les calendriers des programmes MGCS, dont les premières études ont été notifiées en mai, et SCAF seront alignés pour les présenter de façon concomitante au Bundestag. Les deux pays comptent signer début 2021 un contrat de recherche et technologie sur au moins huit des treize piliers définis dans ce programme. Le MGCS reste un programme financé à 50/50 entre Paris et Berlin, qui se partagent également à parité la charge de travail. KNDS aura 75% (50% pour Nexter, 25% pour KMW) de cette charge et Rheinmetall 25%. Par ailleurs, la France estime que le projet n'est pas assez mature pour accueillir de nouveaux partenaires (Pologne, Italie...)

Enfin, le projet de drone européen (Eurodrone) sera également évoqué lors de ce déplacement ministériel. La France est confiante dans la conclusion "avant la fin de l'année" d'un accord sur le développement et la production du futur Eurodrone, au terme d'âpres négociations sur le coût du programme, a indiqué le ministère des Armées. Lancé en 2015, ce projet de drone MALE (Medium altitude, long endurance), qui réunit la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne, vise à s'affranchir de la dépendance vis-à-vis des drones Reaper américains. Les États se sont fixé un objectif de budget de 7,1 milliards d'euros pour le développement et l'acquisition de 63 drones, soit 21 systèmes. Or "on est tout près" de cette cible budgétaire, confie-t-on au cabinet de la ministre.

Michel Cabirol

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Commentaires 11
à écrit le 17/09/2020 à 19:09
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"La France et l'Allemagne main dans la main mais jusqu'à quand ?" : ce sera notre main écrasée dans la leur ad vitam eternam. Il y aura bien des soubresauts, des tensions et quelques tempêtes, mais au final notre subordination a l'Allemagne est inév...

à écrit le 17/09/2020 à 18:01
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Pendant ce temps là... le prototype 001 d'avion de 6eme génération US vole déjà...

à écrit le 17/09/2020 à 15:44
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Les programmes militaires en coopération aujourd'hui sont un leurre politique. Premièrement , ils coûtent cher puisque chaque pays veut ses spécifications, ensuite, ils sont dépendant des gouvernements qui en fonction des orientations peuvent aller ...

à écrit le 17/09/2020 à 15:12
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Pendant ce temps là... les US viennent de tester en vol leur 1er prototype d'avion de 6ème génération tirant partie de toute la chaine de conception numérique pour des cycles de développement raccourcis drastiquement (objectif 5 ans de développement ...

à écrit le 17/09/2020 à 12:42
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Pendant ce temps là... les US viennent de tester en vol leur 1er prototype d'avion de 6ème génération tirant partie de toute la chaine de conception numérique pour des cycles de développement raccourcis drastiquement (objectif 5 ans de développement ...

à écrit le 17/09/2020 à 12:01
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Au point de retard technologique et autre magistral que nous avons avec les américains, les chinois et les russes, ne vaudrait il mieux pas arrêter de faire semblant d'être encore un continent développé et investir avec chacun d'entre eux en sélectio...

le 17/09/2020 à 12:11
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Excellente idée. Ça nous permettra de donner les clefs de la politique étrangère à d’autres pays et fera des économies au ministère des affaires étrangères...

le 17/09/2020 à 19:57
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C'est cela, arrêtons de nous la raconter, comme c'est vrai...

le 18/09/2020 à 5:36
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Vous avez regardé la balance commerciale de la France ? Retirez la vente d’arme (avion, sous marin, missiles + autre equipement) vous l’amputez d’une bonne partie. La France a un certain niveau d’expertise en la matiere qui fait de nous l’un des pays...

le 18/09/2020 à 8:51
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"d’où l’idee pas si debile d’aller voir nos partenaires europeens..." Le problème est que ce n'est pas en UE que nous pouvons trouver des partenaires aussi compétitifs que les américains les russes ou les chinois, on fait donc surtout de la pouss...

le 05/10/2020 à 15:02
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@ Nazi: "Il y en avait plein des comme vous en 1939 en France. Alors que leurs pères avaient fait Verdun. La France et la majorité des pays européens ont un seul problème : devoir gérer des millions de migrants inutiles et oisifs. Si on savait vra...

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