Budget défense : quand Florence Parly était d'accord avec le général Pierre de Villiers

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Notre niveau d'engagement actuel est supérieur de 30 % aux contrats opérationnels prévus dans la loi de programmation militaire. Autrement dit, entre les moyens budgétaires associés à la loi de programmation militaire et le niveau d'engagement des forces, le décalage est de 30 %, expliquait début juillet la ministre des Armées, Florence Parly.
"Notre niveau d'engagement actuel est supérieur de 30 % aux contrats opérationnels prévus dans la loi de programmation militaire. Autrement dit, entre les moyens budgétaires associés à la loi de programmation militaire et le niveau d'engagement des forces, le décalage est de 30 %", expliquait début juillet la ministre des Armées, Florence Parly. (Crédits : CHARLES PLATIAU)
Dans son audition début juillet à l'Assemblée nationale, Florence Parly marchait bel et bien dans les pas du général Pierre de Villiers. Mais Matignon et l'Elysée ont exigé des restrictions budgétaires pour 2017 et imposé le silence dans les rangs...

Début juillet, la nouvelle ministre des Armées Florence Parly était encore sur la même longueur d'onde que le chef d'état-major des armées, le général Pierre de Villiers, qui depuis a démissionné... "J'ai bien connaissance du chiffre que le chef d'état-major des armées a rappelé comme cible : il a raison de considérer qu'il faut trouver les financements pour les OPEX (opérations extérieures, ndlr) et, en même temps, assurer la régénération de l'équipement des armées. Nous ne sommes pas en désaccord sur ce point", avait-elle ainsi expliqué le 6 juillet lors de son audition devant les députés de la commission de la défense. Pour 2018, le chef d'état-major des armées d'alors réclamait trois milliards d'euros supplémentaires, dont un milliard, pour les OPEX, selon le député Joaquim Pueyo.

Des propos tenus avant les arbitrages de Matignon et de l'Elysée sur le budget de la défense de 2017 et, donc, avant le déclenchement de la crise entre Emmanuel Macron et le général Pierre de Villiers... La ministre des Armées avait alors bien conscience des difficultés financières et donc opérationnelles des armées notamment s'agissant des OPEX où la France fait preuve d'un "engagement, remarquable", qui "n'est pas sans conséquences", avait-elle fait valoir. Et de rappeler que le "niveau d'engagement actuel est supérieur de 30 % aux contrats opérationnels prévus dans la loi de programmation militaire. Autrement dit, entre les moyens budgétaires associés à la loi de programmation militaire et le niveau d'engagement des forces, le décalage est de 30 %..." Un regard lucide et en harmonie avec le général Pierre de Villiers. Mais Emmanuel Macron a exigé le silence dans les rangs.

"C'est dire à quel point les hommes, les femmes et les matériels ont été sollicités, expliquait la ministre. Cette utilisation intensive de nos forces fragilise le capital opérationnel et humain de notre modèle d'armée. Des vulnérabilités apparaissent, qui peuvent d'ores et déjà conduire à des pertes d'aptitudes opérationnelles : nos ravitailleurs aériens ont un âge moyen de cinquante et un ans, 60 % des véhicules blindés ne sont pas au niveau de protection nécessaire ; quant à nos pétroliers ravitailleurs, ils ne respectent pas la réglementation en matière de protection de l'environnement, puisqu'ils sont équipés d'une coque simple et non de la double coque obligatoire. Nos armées souffrent également d'un manque de personnels dans de nombreux secteurs, comme le renseignement, la cybersécurité ou la maintenance des équipements. D'un point de vue matériel, les ressources consacrées à l'entretien programmé du matériel ont été, certes, augmentées par mes prédécesseurs, mais elles restent insuffisantes".

"Des arguments très solides" pour gagner les arbitrages

Sur le budget 2017, Florence Parly avait alors bon espoir de se faire encore entendre. "Dans nos discussions avec le Premier ministre et son cabinet, nous faisons valoir des arguments très solides, très sérieux car fondés sur des réalités. Nous verrons bien, dans les jours qui viennent, si nous aurons été entendus. Quoi qu'il advienne, je puis vous assurer que nous sommes pleinement engagés pour protéger au mieux les moyens prévus pour 2017, car nous avons parfaitement conscience que les années 2017 et 2018 se tiennent : diminuer les moyens décidés pour 2017 rendra d'autant plus difficile le financement de ceux de l'année 2018. Il faut de surcroît être réaliste : les conditions d'arbitrage pour le budget de 2018 ne seront pas très faciles non plus..." Raté, Matignon et l'Elysée ont finalement amputé le budget de la défense de près de 900 millions d'euros pour 2017 même si Florence Parly a réussi à dégeler 1,2 milliard de crédits budgétaires sur 1,85 milliard.

Par ailleurs, la ministre avait également "l'espoir" dans le cadre de la prochaine loi de programmation militaire, de "mettre en cohérence ce modèle d'utilisation intense de nos forces avec les moyens qui leur sont nécessaires. En tout état de cause, ce sera le premier axe de ma feuille de route : donner les moyens de la réussite à nos forces armées". Elle rappelait également que le président de la République avait réaffirmé son engagement de porter, à l'horizon 2025, les dépenses militaires à 2 % du PIB (contre 1,77% en 2017). "Cet effort s'entend hors pensions et hors OPEX, soit 50 milliards d'euros à périmètre constant", avait-elle précisé. Et selon elle, il n'est pas question d'y intégrer les Anciens combattants et autres missions, qui, "si elles participent au paysage général, n'ont jamais fait partie du périmètre de comptabilisation de l'effort de défense".

"Il faut savoir que depuis dix ans, les moyens du ministère des Armées ont été particulièrement réduits, dans un contexte sécuritaire qui s'est pourtant durci depuis 2014. Le ministère a fortement contribué aux économies de dépenses publiques depuis 2006. Ainsi, entre 2000 et 2016, les crédits de la défense ont connu une quasi-stagnation en euros courants puisqu'ils n'ont progressé que de 2 % alors que, sur la même période, les dépenses publiques ont augmenté de 32 % et celles de l'État de 15 %. Et pour ce qui est des effectifs, depuis 2006, le ministère a perdu 65.000 personnels, soit 20 % du total".

Enfin, elle faisait valoir que "plusieurs pays voisins éprouvent la plus grande difficulté à retrouver une armée assez solide pour assurer ses missions : c'est le cas du Royaume-Uni dont les forces peinent à se régénérer depuis leurs interventions en Irak et en Afghanistan. Nous ne pouvons prendre le risque de voir notre armée incapable d'agir par manque de moyens". Avec 850 millions d'euros en moins dans le budget 2017, le président de la République a pris ce risque...

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Commentaires
a écrit le 27/07/2017 à 6:06 :
Voilà encore une preuve que " parité " n'est pas synonyme " d'égalité " car quand l'un reste droit dans ses bottes ! l'autre préfère se coucher , par appât du gain !!
a écrit le 26/07/2017 à 9:05 :
Parly-El Khomri :l'emmergence de la "parité-potiche " !
a écrit le 26/07/2017 à 8:31 :
Florence Parly, énarque socialiste, a été nommé à la tête du Ministère sans Défense des Armées : Il y a de toute évidence incompatibilité entre cette comptable et les Militaires en charge d'une Mission. Toute la brillante équipe mise en place par Jean-Yves Le Drian a disparue !
Réponse de le 26/07/2017 à 20:14 :
J.Y Le Drian humilié : prévenu la veille du premier conseil des ministres de son limogeage ( et de sa " Promotion ") Cédric, son brillant et talentueux directeur de cabinet, expulsé comme un malpropre vers un placard très en deçà de ses fantastiques compétences, de meme que le très compétent et efficace Laurent Collet-Billon. Les Armées sont en voie de démantèlement, déjà très avancé par leurs chefs : Bercy et l'Elysée. A Bercy, Macron Ministre jusqu'en sept dernier, ne supportait pas et colèrait contre cette équipe, y compris contre Le Général Pierre De Villiers.
a écrit le 25/07/2017 à 22:58 :
A quand la demission de la ministre. Quand on ne sert à rien, autant faire des économies. Le ministre des armées est Macron, il l'a dit "je suis le chef" comme Don Quichotte pour s'en convaincre.
Réponse de le 26/07/2017 à 19:51 :
Absolument !!!!! ministre et c.m.a potiches, à supprimer. Bercy et l'Elysée décident et communiquent. Ministre des Armées de Macron, qui les démolit, Non ! trop humiliant, d'etre ministre potiche et fictif. A quand la première éloge funèbre de Macron, de soldat du Mali, tué en travaillant par 52 degrés, avec des épaves de matériels.
a écrit le 25/07/2017 à 21:44 :
completement incoherent le macron il veut garder nos armees a l'exterieur sans leur en donner les moyens les opex sa coute cher mon petit pere ! la securite n'a pas de prix surtout pour lui il s'est commande une nouvelle voiture bien bien blindee moi d'abord les pious pious demerdez vous vraiment du gamin pas tout de faire le beau sur les champs elyses pour epater la galerie et vous trouvez drole qu'il paume 10 points et ce n'est surement pas fini l'automne pourrait bien etre < caniculaire !!
a écrit le 25/07/2017 à 21:24 :
Face à Bercy et l'Elysée, Chefs des Armées, et qui achèvent les armées déjà en Ruine, ministre de la défense et chef d'état major des armées inutiles , à supprimer. Les armées, hors pension et hors opex ont besoin de suite et chaque année en euros constants de 50 milliards d'euros.9 à prendre sur les 18.7 d'A.P.L et autant sur la form pro : abus massifs sur les deux points
a écrit le 25/07/2017 à 14:20 :
D'accord avec l'article de monsieur Michel Cabirol. Toutefois, madame Florence Parly a aussi dit:
"Des mesures d’ajustement pourraient néanmoins être décidées dans l’immédiat afin de tenir compte des impasses budgétaires mises en lumière par la Cour des comptes" (source AN, Commission de la Défense 6 juillet 2017).
Je ne sais pas combien coûte l'opération "sentinelle" mais on peut se demander à quoi cela sert.
Cordialement
a écrit le 25/07/2017 à 13:58 :
La responsabilité de Parly est primordiale dans la crise entre l'empereur Néron et l'armée. Évidemment qu'elle était d'accord avec le chef d'état-major : quand on a un avis différent des opérationnels, c'est qu'on a tort. Et elle s'est écrasée quand l'empereur a crié qu'il était le chef. Les sbires de Néron ont raison de dire que c'est globalement au ministre de défendre son budget, mais quand un ministre ne fait pas son travail, qui le fait à sa place ?

Quoique comme c'est l'empereur Néron lui-même qui a mis cette comptable à la tête du ministère des armées, probablement pour ne pas avoir d'interlocuteur capable de lui expliquer qu'il fait n'importe quoi, c'est le serpent qui se mord la queue.
Réponse de le 26/07/2017 à 12:13 :
La comparaison avec Neron est très pertinente.Non seulement cet empereur était un piètre guerrier,plus attiré par les futilités, mais de plus c'était un empereur du bas empire,donc décadent,au mème titre que nos présidents élus depuis 1969.Mr macron ne fait exception:il est un pur produit de cette lignée du bas empire.
Conclusion:la France est en pleine décadence.
a écrit le 25/07/2017 à 10:45 :
Heureusement, nous ne sommes pas en guerre! Les frais des troupes déployées sont donc évidemment pris en charge par l'ONU ou d'autres organismes. Où en est le système de paye LOUVOIS?
Réponse de le 25/07/2017 à 22:17 :
@Henry: le système est comme le gouvernement, il louvoie. Cela dit, je ne crois pas que le sort des soldats préoccupe le gouvernement. On a d'ailleurs vu Hollande organiser des festivités sur les tombes de nos poilus. Pour info et pour démontrer le respect d'autres pays: les familles royales britannique et belge commémoreront le 30 juillet (sans danses, ni chants sur les tombes) le centennaire de la bataille de Passchendaele :-)
a écrit le 25/07/2017 à 9:34 :
Tous tout neufs et déjà un savoir dire et faire qui n a rien à envier aux anciens .
Les godillots en rangs serrés récoltent souvent dans leur circonscriptions des regards amusés que cette dame reproduit avec la suffisance qui va avec.
Très bon choix de l illustrateur .
a écrit le 25/07/2017 à 8:36 :
comment faire confiance à cette personne, comme à d'autres d'ailleurs, du jour au lendemain ils retournent leurs vestes
Réponse de le 25/07/2017 à 20:24 :
oui bien dit : c'est la concurrence chez les Marcheurs à qui retournera le plus rapidement sa veste pour plaire au chef. mais la machine se grippe : la démission de De Villiers, l'arrogance sur les APL, la vie de Pascha avec les richissimes, .et rien pour ceux qui ne sont rien dont les pompiers qui luttent contre le feu et avec 4 Canadair au sol par manque de pièces de rechange !
Réponse de le 26/07/2017 à 5:30 :
et ? les canadaires ...sont tombés en panne ...depuis le 07 Mai , je suppose ?
Réponse de le 26/07/2017 à 14:14 :
Bien sûr c'est désolant de se serrer la ceinture mais je pense qu'il y a des sources d'économie importantes dans l'armée comme dans pas mal de d'autres ministères on ne peut pas continuer à dépenser sans compter que ce soit pour l'APL et d'autres secteurs quand on demande 5 € d'économie par foyer c'est proprement scandaleux de voir cette levée de boucliers alors que la plupart de retraités vont avoir un pouvoir d'achat amputer entre 300 et 600 € par an pour des retraites dans la moyenne et la personne se lève pour dénoncer cela même pas une manif de papy et mamie

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