Commandes, livraisons : comment Airbus a surpassé Boeing en 2022

C'est confirmé : Airbus ressort gagnant de la compétition qui l'oppose à Boeing pour 2022. Au cours de ce match annuel, le constructeur européen a plus produit et plus vendu que son concurrent. Et même s'il a subi plus d'annulations, il garde largement son avance avec près de 2.700 avions de plus que Boeing dans son carnet de commandes.
Le 737 MAX a repris des forces, mais ne refait pas son retard sur l'A320 NEO.
Le 737 MAX a repris des forces, mais ne refait pas son retard sur l'A320 NEO. (Crédits : Matt McKnight)

Année de remontée en cadence pour les avionneurs, 2022 aura vu la victoire d'Airbus sur Boeing se confirmer. Conformément à ce que nous écrivions la semaine dernière, à un exemplaire près, le constructeur européen a livré 661 appareils, contre 480 pour son concurrent américain. Si les deux groupes sont confrontés aux mêmes tensions sur la chaîne d'approvisionnement, la réactivité d'Airbus pour faire remonter ses cadences dès 2021 lui a permis d'acquérir une avance confortable sur Boeing qui a dû gérer simultanément de multiples crises internes en plus de la situation sanitaire. Sur le plan des commandes, le match a été plus serré, mais là aussi comme annoncé le constructeur européen a dominé le marché d'une courte tête.

Boeing décolle...

Avec 69 livraisons, Boeing a réalisé de loin son meilleur mois de l'année. A titre de comparaison, c'est une vingtaine d'appareils de plus qu'en novembre. Sur ce total, le 737 MAX est bien évidemment le mieux représenté avec 53 exemplaires, suivi du 787 avec 10 appareils. Pour le Dreamliner, c'est non seulement le meilleur mois de livraisons depuis la reprise de celles-ci en août, après quasiment deux ans de suspension en raison de problèmes de qualité (si ce n'est un intermède de trois mois au printemps 2021), mais aussi depuis mars 2020 et le début de la crise sanitaire.

Cela fait donc un total de 480 appareils sur l'année. La progression est notable par rapport aux 152 avions livrés lors de l'année précédente. La majeure partie de la production vient du 737 MAX avec 375 unités. Boeing n'a pas précisé combien de ces appareils sont issus des stocks qui se sont accumulés au cours de la période d'interdiction de vol de l'appareil (mars 2019-décembre 2020). Il reste au constructeur un stock de plus de 200 exemplaires à écouler.

Aux 737 MAX s'ajoutent cinq 747, dont la production s'achève, 33 exemplaires du 767 et 24 du 777, dont une très large majorité de cargos. Le 787 atteint pour sa part 31 unités. Les gros porteurs représentent ainsi quasiment 20 % de la production. Les douze avions restants sont des 737 NG convertis en avions militaires P-8.

... quand Airbus s'envole

Mais Boeing n'est pas le seul à accélérer le rythme en fin d'année. Et Airbus a même écrasé la concurrence en la matière avec 98 appareils livrés. Une performance inédite depuis trois ans, qui s'appuie essentiellement sur la famille A320 NEO avec 76 exemplaires livrés sur le mois, tandis que l'A350 tire tout de même son épingle du jeu avec 10 avions sur un mois (le double de la cadence mensuelle moyenne).

Sur l'année, Airbus atteint donc 661 livraisons, soit cinquante de plus qu'un an auparavant. Sur ce total, il y a 516 appareils de la famille A320 NEO et 53 A220. Les long-courriers sont plus à la peine avec 32 A330 et 60 A350. Ces derniers ne représentent donc que 14 % du total des livraisons.

Airbus remporte donc cette manche haut la main. Pourtant, le constructeur avait par deux fois revu son objectif annuel à la baisse en raison des difficultés pour faire remonter la chaine d'approvisionnement en cadence. Il prévoyait initialement d'atteindre 720 livraisons sur l'année. Guillaume Faury, président exécutif d'Airbus, a reconnu être « clairement en dessous de nos objectifs » mais a souligné « la complexité de notre environnement opérationnel » et les multiples contraintes qui pèsent sur la chaîne d'approvisionnement pour expliquer ce décalage.

2023 toujours compliqué

Airbus a tout de même produit 43 appareils de la famille A320 NEOen moyenne par mois en 2022, et veut atteindre les 65 exemplaires en 2024 puis les 75 d'ici la fin de la décennie. Ces objectifs ont été confirmés par Guillaume Faury, qui prévient pourtant que les difficultés sur la chaîne de sous-traitance vont tout de même se poursuivre et continuer à peser sur les capacités de production du secteur aéronautique cette année. Il craint d'ailleurs que « la réouverture en Chine d'une façon inattendue puisse ajouter une complexité additionnelle ». Le patron d'Airbus estime tout de même que cela peut être une bonne nouvelle à plus long terme, avec la réouverture des relations, la possibilité d'aller voir les sous-traitants et la reprise du trafic.

Au vu de ces chiffres, Boeing va devoir cravacher pour rattraper son retard lors des prochains exercices. Boeing estime avoir réussi à stabiliser sa production de 737 MAX à 31 appareils par mois (sans préciser si cela comprend la remise en état des appareils stockés) ces derniers, et vise d'atteindre les 50 d'ici 2026. Stan Deal, PDG de Boeing Commercial Airplanes a assuré resté « concentré sur la recherche de la stabilité au sein de nos opérations et de la chaîne d'approvisionnement, alors que nous nous efforçons de répondre aux attentes de nos clients en 2023 et au-delà. »

En revanche, le constructeur américain a confirmé la remontée en puissance du 787 qui doit atteindre les cinq avions par mois dans les prochains mois, soit autant que l'A350 qui n'a pourtant pas subi les mêmes déboires. Le passage à six appareils par mois pour l'A350 est néanmoins attendu courant 2023.

Les vendeurs américains tiennent la comparaison

Sur les commandes, les conversions de commandes, les annulations et les spécificités comptables réservent quelques surprises mais les ordres de grandeur sont tels qu'annoncés la semaine dernière. Airbus domine les commandes brutes avec 1.078 exemplaires contre 935 à Boeing. C'est une progression de plusieurs centaines de machines chacun : en 2021, leurs bilans étaient respectivement de 771 et 685 avions.

Sur les commandes nettes, la différence se réduit avec 820 avions pour l'Européen contre 808 pour l'Américain (dont 34 appareils réintégrés aux comptes au titre de la norme comptable américaine ASC606). La famille A320 NEO domine les débats avec 770 commandes nettes contre 626 pour la gamme 737 MAX.

En revanche, Airbus reste largement en retrait sur les long-courriers avec des annulations supérieures aux ventes : le bilan des A330 NEO est négatif avec -65, tandis que l'A350 plafonne à 10 commandes nettes. Christian Scherer, directeur commercial d'Airbus, assure pourtant que le momentum est fort pour les long-courriers et affiche une confiance importante quand aux campagnes en cours. De même, il assure que les annulations subies étaient largement, voire totalement anticipées.

En face, Boeing aligne 182 commandes pour les 767, 777, 777X et 787. Sur ce secteur, la commande de United Airlines pour 100 Dreamliner en décembre (dont 10 étaient déjà intégrés au carnet de commandes sans que le nom du client ne soit annoncé) a largement fait pencher la balance en faveur de Boeing.

Au 31 décembre 2022, le carnet de commandes d'Airbus est de 7.239, encore loin devant les 4.578 appareils de Boeing.

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Commentaires 2
à écrit le 11/01/2023 à 7:18
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Bonjour, airbus dois imperativement développer sa filière militaire... Malheureusement avec les difficultés rencontrés sur l'A400 M , ils semblerait qu'ils y a encore des efforts a faire sur le sujets .. Les force armées européennes ons besoins d...

à écrit le 10/01/2023 à 23:17
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Bravo !

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