Comment l'Etat manoeuvre pour trouver un avenir français à Photonis

 |  | 593 mots
Lecture 3 min.
Safran et Thales, qui ne veulent surtout pas débourser de cash dans cette période compliquée, refusent toujours de se lancer dans une opération financière mais sont prêts toutefois à apporter une participation en nature (Lynred) pour créer un petit... Teledyne à la française.
Safran et Thales, qui ne veulent surtout pas débourser de cash dans cette période compliquée, refusent toujours de se lancer dans une opération financière mais sont prêts toutefois à apporter une participation en nature (Lynred) pour créer un petit... Teledyne à la française. (Crédits : Photonis)
Le ministère des Armées est à la manoeuvre pour trouver une solution française pour la reprise de Photonis. Une solution qui pourrait passer par un mouvement en deux temps : rachat de Photonis par Bpifrance et fusion avec Lynred (Safran/Thales).

Décidément le dossier Photonis n'est pas à un coup de théâtre près. Après avoir refusé de reprendre cette PME technologique, Safran et Thales, sous la pression de l'Hôtel de Brienne, ont fini par accepter d'étudier un schéma industriel pour accueillir cette société spécialisée dans l'optronique dans leur orbite, selon des sources concordantes. Le ministère des Armées est à la manœuvre. Il n'en fait d'ailleurs pas mystère. "Le ministère des Armées travaille désormais à une solution alternative de rachat avec des acteurs industriels et financiers français actifs dans le secteur de l'optronique", a-t-il expliqué vendredi dans un communiqué. Tout est dit ou presque.

Le projet imaginé devait au préalable passer par un veto du ministère des Armées à la proposition de rachat de Photonis par l'américain Teledyne. C'est désormais fait. Il est prévu une opération en deux temps, qui va prendre plusieurs mois si d'aventure tout le monde joue le jeu. C'est la banque publique Bpifrance, qui achèterait Photonis à Ardian, puis l'apporterait à Lynred, une filiale commune entre Safran et Thales (50/50) dans le cadre d'une fusion. Pour autant, ce schéma n'est pour le moment qu'un projet ambitieux même si l'État avait déjà exigé et obtenu que Bpifrance rachète 10% de Photonis si Teledyne s'offrait cet actif français, considéré comme souverain. Pour arriver à ce projet industriel ambitieux, le ministère des Armées devra encore lever bien des obstacles.

Une solution sans débourser de cash pour Safran et Thales

Safran et Thales, qui ne veulent surtout pas débourser de cash dans cette période compliquée, refusent toujours de se lancer dans une opération financière mais sont prêts toutefois à apporter une participation en nature (Lynred) pour créer un petit... Teledyne à la française, spécialisé dans les capteurs infra-rouge et les intensificateurs de lumière. Lynred a réalisé un chiffre d'affaires de 206 millions d'euros, pour un résultat de 54,9 millions en 2019. Safran et Thales ont décidé de jouer le jeu. Ainsi, ils ont dans ce cadre mandaté une seule et même banque, qui serait la banque américaine Perella Weinberg Partners, où d'ailleurs David Azéma, un ancien patron de l'Agence des participations de l'État (APE), dirige l'entité française.

Cette opération serait l'occasion pour Bpifrance et son directeur général Nicolas Dufourcq de jouer enfin son rôle d'architecte industriel en France et de financer cette opération. Mais pour l'heure, la banque publique semble se faire tirer l'oreille pour se jeter dans la bataille. A l'État de convaincre Nicolas Dufourcq. Bpifrance devra ensuite négocier avec Ardian, qui souhaite vendre mais certainement pas à n'importe quel prix. Pour autant, les groupes américains ayant disparu du dossier, le propriétaire de Photonis pourrait ne pas retrouver une proposition aussi généreuse que celle proposée par Teledyne, surtout pour une société endettée et qui a été bridée ces dernières années dans son développement.

D'ailleurs, lors du premier round, des fonds français, qui avaient joué le jeu avant de jeter l'éponge au vu de la proposition ahurissante de Teledyne, avaient fait des offres autour de 400 millions d'euros. Des fonds qui pourraient d'ailleurs revenir dans le jeu. Reste enfin la solution fatale où Ardian met Photonis au frigo en attendant des jours meilleurs. Mais ce serait terrible pour Photonis, qui a besoin de reprendre son envol.

Réagir

Votre email ne sera pas affiché publiquement
Tous les champs sont obligatoires

Commentaires
a écrit le 23/12/2020 à 11:12 :
Nous manquons depuis toujours de fonds de pension français qui pourraient amener des capitaux. L'épargne des français est abondante et se stérilise dans le livret A.
Réponse de le 23/12/2020 à 11:29 :
Tout à fait d'accord. Cela pourrait prendre la forme d'un fond d'investissement dédié à la défense qui serait relayé auprès des particuliers par les banques de détail comme un produit d'épargne seul ou dilué dans un portfolio plus large pour ceux qui voudraient diversifier les risques.
Réponse de le 23/12/2020 à 15:02 :
Oui, ça reste un des nos handicaps plus grands.
Réponse de le 23/12/2020 à 22:27 :
Les fonds de pensions français existent déjà et cela s'appelle des caisses des retraites qui servent de garantie sur la dette publique de 120+ % du PIB.

Il est urgent de dégraisser le mammouth public si on souhaite réinjecter du capital dans le secteur privé source de concurrence poussant l'efficience économique plutôt que la rente économique...
a écrit le 23/12/2020 à 7:10 :
la magouille de premiere
hey, ca va donner des idees a segolene royal, pour fusionner heuliez ' futur leader mondial de la voiture electrique' avec tesla
une fusion entre ego, comme on dit
faudrait arreter ces bonneteaux facon dailymotion ou on coule les trucs avant de demander a des grosses boites de les racheter 'sous peine de prises de responsabilites' ( en clair, des menaces en tous genre)
si safran avait voulu racheter cette boite, ils n'auraient pas eu besoin d'attendre les bons conseils de la cgt et d'une haute commission en haute strategie
Réponse de le 23/12/2020 à 10:36 :
Quel que soit la forme retenue il serait dommage de laisser filer cette pépite stratégique intéressant us russe ou chinois....
Votre point de vue est émotionnel et manque de vision stratégique dommage
Réponse de le 23/12/2020 à 19:13 :
Vision stratégique, parlons en... l'activité militaire de photonis, c'est je crois moins de 10% son CA. Son core business, c'est plutôt de l'imagerie, et près de la moitié de son outil industriel est... Aux pays bas ! Donc on veux là obliger, au nom de la souveraineté nationale, des industriels de l'armement à acheter une boîte qui vend peu aux militaires, dont l'essentiel de l'activité, que l'on ne prend pas en compte , est civile et localisée à l'étranger....
Il existe déjà des fonds spécialisés dans la défense, il s'en est créé plusieurs ces derniers. Mais un fonds, ça doit sortir à un moment, ou être rémunéré... demandez donc a l'actuel actionnaire- un vrai investisseur, sérieux, qui s'était trouvé un acheteur, ce qu'il en pense..
Réponse de le 24/12/2020 à 14:40 :
@ Sherpa

À mon sens vous regardez l'affaire comme un comptable dont la profondeur de la vision stratégique s'arrête à sa ligne excel. Une technologie qui équipe nos armées (et beaucoup d'autres) et qui est leader sur son marché, ça se garde, peu importe que se soit 10% ou 90% de l'activité de l'entreprise, ça ne change rien à la valeur absolue de ladite technologie.

Rien n'empêche BPI ou bien Safran et Thales de revendre l'unité qui s'occupe de l'imagerie civile et de garder la technologie essentielle et stratégique en France.
Réponse de le 25/12/2020 à 19:23 :
mon point de vue emotionnel se situe au niveau du portfeuille
votre emotion a vous sera quand vous aurez des points de tva pour payer pour ' les investissements d'avenir' ( avec plein de petits heuliez leaders dans leurs domaines, et surtout plein de syndicalistes nuisibles qui ont besoin de l'argent public)
les strategies de la france qui a reussi a faire de fessenheim le centre de production europeen de tesla me laisse baba, j'y aurais jamais cru a l'emotion de la lecture des lois francaises, de sa fiscalite et de son droit du travail!
mais bon, un emotif reste emotif, c'est mon cote humain, desole, je suis comme ca

Merci pour votre commentaire. Il sera visible prochainement sous réserve de validation.

 a le à :