Décidément le dossier Photonis n'est pas à un coup de théâtre près. Après avoir refusé de reprendre cette PME technologique, Safran et Thales, sous la pression de l'Hôtel de Brienne, ont fini par accepter d'étudier un schéma industriel pour accueillir cette société spécialisée dans l'optronique dans leur orbite, selon des sources concordantes. Le ministère des Armées est à la manœuvre. Il n'en fait d'ailleurs pas mystère. "Le ministère des Armées travaille désormais à une solution alternative de rachat avec des acteurs industriels et financiers français actifs dans le secteur de l'optronique", a-t-il expliqué vendredi dans un communiqué. Tout est dit ou presque.
Le projet imaginé devait au préalable passer par un veto du ministère des Armées à la proposition de rachat de Photonis par l'américain Teledyne. C'est désormais fait. Il est prévu une opération en deux temps, qui va prendre plusieurs mois si d'aventure tout le monde joue le jeu. C'est la banque publique Bpifrance, qui achèterait Photonis à Ardian, puis l'apporterait à Lynred, une filiale commune entre Safran et Thales (50/50) dans le cadre d'une fusion. Pour autant, ce schéma n'est pour le moment qu'un projet ambitieux même si l'État avait déjà exigé et obtenu que Bpifrance rachète 10% de Photonis si Teledyne s'offrait cet actif français, considéré comme souverain. Pour arriver à ce projet industriel ambitieux, le ministère des Armées devra encore lever bien des obstacles.
Safran et Thales, qui ne veulent surtout pas débourser de cash dans cette période compliquée, refusent toujours de se lancer dans une opération financière mais sont prêts toutefois à apporter une participation en nature (Lynred) pour créer un petit... Teledyne à la française, spécialisé dans les capteurs infra-rouge et les intensificateurs de lumière. Lynred a réalisé un chiffre d'affaires de 206 millions d'euros, pour un résultat de 54,9 millions en 2019. Safran et Thales ont décidé de jouer le jeu. Ainsi, ils ont dans ce cadre mandaté une seule et même banque, qui serait la banque américaine Perella Weinberg Partners, où d'ailleurs David Azéma, un ancien patron de l'Agence des participations de l'État (APE), dirige l'entité française.