Photonis, l'exemple de la défaillance majeure du financement à la française de la BITD (3/3)

3/3. Le cas de Photonis illustre crument la défaillance majeure du financement de la Base industrielle et technologique de défense (BITD) française.
Michel Cabirol

6 mn

Il apparaît que le problème principal que soulève la situation de cette pépite technologique (Photonis, ndlr) n'est pas un risque de prédation par un acheteur étranger, mais surtout l'incapacité de l'économie française de proposer à cette entreprise un financement français de son développement (Rapport sénatorial de Pascal Allizard et Michel Boutant sur l'industrie de défense dans l'œil du cyclone)
"Il apparaît que le problème principal que soulève la situation de cette pépite technologique (Photonis, ndlr) n'est pas un risque de prédation par un acheteur étranger, mais surtout l'incapacité de l'économie française de proposer à cette entreprise un financement français de son développement" (Rapport sénatorial de Pascal Allizard et Michel Boutant sur l'industrie de défense dans l'œil du cyclone) (Crédits : Photonis)

Le défaut de financement des industries est souvent à l'origine de situations fréquentes dans lesquelles des pépites technologiques françaises passent sous contrôle étranger. Ce sera peut-être le cas de Photonis, cette entreprise stratégique spécialisée dans les tubes amplificateurs de lumière (150 millions d'euros de chiffre d'affaires) en passe d'être vendue pour 550 millions de dollars par le fonds d'investissement Ardian à l'américain Teledyne. "De plus en plus de banques françaises posent des difficultés ou refusent de financer des start-up/PME ayant des contrats dans la défense. Quand bien même le dossier est validé à l'échelon local, c'est souvent l'échelon national qui rejette le financement", explique-t-on à La Tribune.

Les sénateurs de la commission des affaires étrangères et de la défense, Pascal Allizard (Les Républicains) et Michel Boutant (PS), auteurs d'un rapport d'information sur la base industrielle et technologique de défense ("L'industrie de défense dans l'œil du cyclone") arrivent à une conclusion très cruelle et un constat impitoyable pour toute la BITD française : "Il apparaît que le problème principal que soulève la situation de cette pépite technologique n'est pas un risque de prédation par un acheteur étranger, mais surtout l'incapacité de l'économie française de proposer à cette entreprise un financement français de son développement". D'autant que même la banque publique Bpifrance a toujours trainé des pieds pour s'intéresser à ce dossier. Ce qui peut paraitre à la fois surprenant et décevant pour la BITD.

Les lacunes du financement des pépites françaises

Non seulement les banques financent de moins en moins les industriels de la défense français pour des raisons de "compliance" complètement dévoyées mais il manque à ce jour également "un ou des fonds français de taille à financer ce type d'investissements, dès lors que l'entreprise en question aurait été jugée stratégique". Pour Photonis, c'est donc déjà trop tard. "On voit bien qu'une telle opération se situe dans des ordres de grandeurs qui excèdent très largement ceux des dispositifs existants (Définvest) ou à venir (Définnov)", constatent à regret Pascal Allizard et Michel Boutant. En outre, selon eux, "la solution ne peut être l'absorption par les grands groupes".

Le gouvernement a bien demandé à Thales et Safran de reprendre Photonis. Les deux groupes ont refusé de reprendre ce sous-systémier. Tout au plus, ont-ils proposé de reprendre seulement 5% du capital de Photonis à eux deux, selon nos informations. "On voit bien qu'il s'agit là d'un pis-aller. Il n'y a pas de logique industrielle à ce que ces groupes intègrent cette PME innovante, dont l'activité excède leur propre champ de spécialisation", ont constaté les auteurs du rapport. Enfin, estiment-ils, "il n'est pas dit que l'intégration d'une ETI dans un grand groupe mondial puisse se faire en préservant son agilité, ses spécificités et sa capacité d'innovation ; il y a même lieu de penser le contraire, à plus forte raison s'il s'agit d'un rachat par deux groupes". D'ailleurs, la PME bordelaise a besoin d'un actionnaire, qui l'aide enfin à développer son activité. Teledyne est donc vu en interne par Photonis ou par des étatiques comme cet actionnaire, qui tombe à pic.

Où est l'État-stratège ?

Le cas de Photonis illumine d'une lumière crue la défaillance majeure du financement de la BITD française. Le cadre français "n'offre pas de solution institutionnelle d'envergure, qui aurait par exemple la forme d'un fonds souverain associant des crédits publics et privés pour prendre des participations dans les entreprises stratégiques et faciliter ainsi leurs tours de table", rappellent Pascal Allizard et Michel Boutant. Plusieurs fois évoqué ces derniers mois par le ministre de l'Économie Bruno Le Maire, un tel dispositif de capital-développement est encore à créer. En outre, ce cadre, ne permet pas non plus "de dissocier la propriété d'une entreprise du contrôle de ses activités stratégiques, à la différence de ce qui existe dans d'autres pays et notamment aux États-Unis avec en particulier le mécanisme de Special Security Agreement (SSA)".

Il y a également une autre solution dont peut s'inspirer le gouvernement : "le modèle L3". La "dé-vertisalisation" (vente des activités de sous-systèmes et composants) des grands donneurs d'ordres français et européens pourrait faciliter la constitution d'une ou de plusieurs ETI de taille critique avec un chiffre d'affaires d'au moins 500 millions d'euros, selon un collectif "Sécurité & Défense" du Centre d'Étude et de Prospective Stratégique (CEPS). De nombreux autres groupes de technologies sont apparus aux Etats-Unis en reproduisant avec le même succès "le modèle L3" de croissance transverse, avec à la clé la même frénésie d'acquisitions : Esterline (30), TransDigm (60), Heico (70) et... Teledyne (plus de 60 acquisitions à son actif avant de s'attaquer à Photonis).

Où en est le dossier ?

La dernière fois qu'un responsable politique s'est exprimé sur le dossier Photonis, c'était début juillet. Agnès Pannier-Runacher, devenue entretemps ministre déléguée, chargée de l'Industrie, avait alors répondu au sénateur Olivier Cadic : "Nous avons clairement fait passer un certain nombre de messages à l'actuel propriétaire (Ardian, ndlr) de façon à ce que cette entreprise puisse, si elle doit être transmise, être transmise dans des conditions qui nous conviennent mais pour le moment, il n'y a pas de décision imminente, pour répondre à votre question très directement. Donc, ça processe... »

Mi-mai, la ministre des Armées Florence Parly avait expliqué que "le ministre de l'Economie et des Finances est en train d'examiner la situation. Je peux vous dire que la cession de Photonis à un tiers étranger a été suspendue, ce qui ne veut pas dire que ce sera le cas de façon éternelle. Mais elle a été suspendue et nous travaillons aujourd'hui en lien avec le ministre de l'Économie et des Finances pour trouver une solution qui préserve le caractère souverain des activités de Photonis". Mais, à la lumière entre autre du rapport de Pascal Allizard et Michel Boutant, que la décision est compliquée à trouver...

Michel Cabirol

6 mn

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Commentaires 21
à écrit le 15/07/2020 à 7:21
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et l'aide du célèbre avocat d'affaire celui qui n'a jamais eu de diplôme mais qui a commue son élection de député pour un titre au barreau et combien sont il en france a avoir vendu des entreprises

à écrit le 15/07/2020 à 6:43
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Se n'est pas la première fois que l'état n'est pas capable de sauver une entreprise, qu'elle soit une pépite technologique ou pas .... Le systeme d'acquisition n'est pas vraiment efficase , le gouvernement dois envisager un systeme de financement pr...

à écrit le 14/07/2020 à 2:17
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Pour les raisons c'est simple ! Pas un banquier ne financera une activité sans une assurance crédit et des garanties fiables sur le prêt... Et couvrir un achat valant 3 ans de CA sans perspectives de rentabilité probante ne sera pas jouable... Les fo...

le 06/01/2021 à 8:18
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bien vue ****

à écrit le 13/07/2020 à 17:53
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Dassault une boite dite privée mais hyper subventionner par l'état aurait pu faire un effort d'un rachat d'une pépite française qui a un grand future

le 13/07/2020 à 22:43
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Toujours la même rengaine...Je ne sais pas si Dassault est hyper subventionÉ par l'État, mais je préfère dépenser pour acheter des Rafales et être indépendant, plutôt que d'acheter de la bouse américaine. Mais je devine votre concept donc Alstom, Ar...

à écrit le 13/07/2020 à 11:00
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En effet soit on a une armée soit on n'en a pas on ne la laisse pas sabotée par les banquiers allemands et leurs complices français en tout cas.

à écrit le 13/07/2020 à 9:19
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Dire que cette PME était leader dans l'imagerie médicale PET et Scintigraphie avant qu'un fond de pension décide d'arrêter et de se focaliser à 100% sur le militaire...

à écrit le 13/07/2020 à 5:46
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Ah le sommet de l'UE approche.... 10 articles dans la presse en une semaine de la part du lobby des armes francais... Il espère recevoir une grosse partie des 60 milliards de dons que les pays frugaux vont devoir payer à la france.... Les autres...

le 13/07/2020 à 13:04
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"Il espère recevoir une grosse partie des 60 milliards de dons que les pays frugaux vont devoir payer à la france..." Renseignez-vous un peu mieux. La France fait partie des contributeurs nets au budget de l'UE. Il est totalement erroné de penser qu...

à écrit le 12/07/2020 à 19:29
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un senateur socialiste decouvre que ca n'interesse personne de financer des boites qui vont soit devenir des repaires de syndicalistes d'ultragauche, soit couler avant via les lois dailymotion florange eckert et consors votees par le gvt hollande en ...

le 13/07/2020 à 6:25
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donner 1000 € de plus à un prof : c'est juste créer plus de chomeurs vu la nullité des formations !!

à écrit le 12/07/2020 à 18:43
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Pourquoi des banques financeraient-elles une entreprise destinée à disparaitre comme celle qui fabriquait des masques?

à écrit le 12/07/2020 à 18:20
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La tribune, s'il vous plaît! Arrêtez ces articles sur cette industrie infâme!

le 13/07/2020 à 0:22
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Tu es pacifiste ou quoi?

à écrit le 12/07/2020 à 15:19
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Les dirigeants des banques françaises sont aussi issus de la haute fonction publique de l'Etat. La "trahison des banques" relève plus des luttes intestines de l'Etat et de l'aversion congénitale des fonctionnaires au risque que d'un manque d'amour de...

à écrit le 12/07/2020 à 13:06
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classer les dirigeants de ces banques parmi la haute trahison les virer et sans emploi a vie ou on est tous solidaires avec les risques ou certain ne pense que fric alors qu'il soit sans

le 12/07/2020 à 14:34
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Chiche alors, obligeons les craintifs et il y a quelques millions qui accumulent 450 milliards sur les livrets défiscalisés à investir et être solidaires des risques. Alors toujours pour la peine de haute trahison ?

le 12/07/2020 à 16:47
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Commentaire populiste. Il faudrait surtout connaître les vrais motifs de refus au niveau national... Une fois ceci connus et validé mettre en oeuvre une stratégie pour financer ces industries capitales pour le pays.

à écrit le 12/07/2020 à 12:54
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Quelle est la contribution des filliales de Photonis à l'invention, la création de ses produits, notamment Photonis Pays bas et photonis US ? En quoi est elle un pépite exclusivement francaise ? Dans ces questions et surtout les réponses résident ...

le 13/07/2020 à 9:39
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Il s'agit d'un accaparement imaginaire. Il y a en France l'habitude de considerer françaises des entreprises qui ne le sont pas (plus) au niveau de la proprieté de la conception et de la production. C'est sans danger et sans consèquences pour les au...

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