Comment l'Iran continue de défier les Etats-Unis avec son programme d'armement

L'Iran a lancé avec succès un missile de croisière depuis un sous-marin de la classe Ghadir dans le cadre de manœuvres navales près du détroit d'Ormuz.

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L'Iran a récemment inauguré un sous-marin capable de tirer des missiles de croisière, réaffirmant ainsi sa volonté d'autonomie en matière de défense
L'Iran a récemment inauguré un sous-marin capable de tirer des missiles de croisière, réaffirmant ainsi sa volonté d'autonomie en matière de défense (Crédits : HANDOUT)

L'Iran a lancé avec succès ce dimanche un missile de croisière dans le cadre de manœuvres navales près du détroit d'Ormuz, a rapporté l'agence de presse officielle Irna, sur fond de tensions avec les États-Unis. "Au troisième jour des (...) exercices, un sous-marin de la marine iranienne de la classe Ghadir a lancé avec succès un missile de croisière", a annoncé Irna. Les autres sous-marins iraniens, le Tareq et le nouveau Fateh (Conquérant), construit dans le pays, ont la même capacité anti-navire, a précisé Irna, qui cite un communiqué de l'armée. Une centaine de navires participent aux manœuvres en cours dans une vaste région qui s'étend du détroit d'Ormuz à l'océan Indien, selon les médias iranien.

L'Iran a inauguré le 17 février un sous-marin capable de tirer des missiles de croisière, réaffirmant ainsi sa volonté d'autonomie en matière de défense dans un contexte de tensions avec les Etats-Unis. "Aujourd'hui, la République islamique devient complètement autosuffisante sur terre, dans les airs et sur la mer", avait déclaré le 11 février le président iranien Hassan Rohani au cours d'une cérémonie dans le port de Bandar-Abbas (sud), à laquelle ont assisté des hauts gradés de l'armée et des membres du gouvernement. Selon lui, "la pression des ennemis, la guerre (entre l'Iran et l'Irak, de 1980 à 88) et les sanctions" ont poussé l'Iran à devenir autosuffisant en matière de défense.

"Notre puissance défensive est destinée à défendre nos intérêts et nous n'avons jamais cherché à attaquer aucun pays", a-t-il souligné, précisant que l'Iran n'aurait pas la même volonté "d'industrialisation en matière de défense" si le pays pouvait simplement acheter à d'autres les armes dont il a besoin.

Un sabotage déjoué

Les Gardiens de la révolution, armée d'élite iranienne, ont affirmé avoir déjoué une tentative par des "ennemis" de sabotage de missiles iraniens pour qu'ils "explosent en vol", a révélé dimanche l'agence iranienne Fars. "Ils ont essayé du mieux qu'ils pouvaient de saboter une petite pièce que nous importons pour faire en sorte que nos missiles n'atteignent pas leur cible et explosent en vol", a expliqué le commandant de la division aérospatiale des Gardiens de la révolution, Amir Ali Hajizadeh, cité par Fars. "Mais ils n'ont en fait rien pu faire car nous avions vu cette tentative venir depuis le début et renforcé ce secteur", a-t-il précisé, accusant les "ennemis" de l'Iran de sabotage, sans nommer aucun pays.

Selon Amir Ali Hajizadeh, des tentatives de sabotage similaires avaient déjà eu lieu par le passé, notamment contre les secteurs nucléaire et pétrolier. Selon des informations publiées par le New York Times en février, l'administration américaine de Donald Trump a soutenu un programme secret destiné à saboter des roquettes et missiles iraniens. Washington tentait, selon le quotidien américain, de "glisser des pièces et du matériel défectueux dans la chaîne d'approvisionnement de l'industrie aérospatiale iranienne" dans le cadre d'une campagne visant à affaiblir l'armée de Téhéran.

Des armes de plus en plus sophistiquées

Le sous-marin, nommé Fateh ("Le conquérant" en farsi), est le premier submersible "semi-lourd" de la flotte iranienne, un modèle entre les sous-marins de poche de type Ghadir et ceux de la classe "kilo" qu'utilise déjà l'armée du pays, d'après l'agence de presse Fars. Le vaisseau, qui pèse près de 600 tonnes, peut tirer des missiles de croisière, d'une portée non précisée, mais aussi des torpilles et des mines marines. Il peut opérer à plus de 200 mètres de profondeur avec une autonomie de 35 jours.

Le chef de l'Etat iranien avait déjà annoncé que Téhéran s'apprêtait à place deux satellites en orbite en dépit des mises en garde des Etats-Unis, qui considèrent que la technologie des fusées utilisées pour un tel lancement est très proche de celle d'un missile balistique. Toutefois, l'Iran a échoué pour la deuxième fois en deux mois à lancer un satellite, a déclaré le ministre iranien des Affaires étrangères Mohammad Javad Zarif dans un entretien à la chaîne de télévision NBC News diffusé vendredi. La république islamique avait déjà échoué dans une précédente tentative au mois de janvier.

Cette déclaration de Mohammad Javad Zarif devrait encore accroître les tensions entre l'Iran et les Etats-Unis. Washington dénonce ce programme qu'il considère comme un moyen de tirer des missiles balistique. L'Iran considère que ni son programme spatial, source de fierté nationale, ni son programme balistique n'enfreignent les résolution du Conseil de sécurité de l'ONU. Le mois dernier, l'Iran avait tenté de mettre sur orbite un satellite baptisé Payam destiné à l'imagerie et les télécoms pour une durée de trois ans, avait indiqué le ministère iranien des Télécommunications. L'Iran a lancé son premier satellite en 2009 à l'occasion du trentième anniversaire de la révolution islamique de 1979. Le pays fête au mois de février le 40e anniversaire de cette révolution

L'Iran, principal ennemi des Etats-Unis

Le développement du programme de missiles iranien, notamment des missiles balistiques, suscite l'inquiétude des États-Unis et des pays européens. Les programmes balistiques de la République islamique inquiètent particulièrement les Occidentaux qui accusent l'Iran de vouloir augmenter la portée de ses missiles et de déstabiliser le Moyen-Orient, et Israël, ennemi juré de Téhéran. Certains généraux iraniens affirment régulièrement souhaiter la destruction de l'Etat hébreu. D'ailleurs, Washington a fait de l'Iran son principal ennemi et a adopté des sanctions économiques draconiennes après s'être retiré en 2018 de l'accord sur le nucléaire iranien jugé trop laxiste par Donald Trump. Washington estime que le développement de missiles par l'Iran viole la résolution du Conseil de sécurité des Nations unies, qui a entériné l'accord sur le nucléaire iranien de 2015. Une interprétation rejetée par Téhéran.

"Nous n'avons jamais demandé et nous ne demanderons jamais la permission de développer différents types de (...) missiles", avait affirmé le 11 février Hassan Rohani devant des dizaines de milliers de personnes réunies sur la place Azadi (Liberté), dans le centre de Téhéran. "Nous allons continuer à avancer et à développer notre puissance militaire", a-t-il ajouté, selon les propos diffusés par la télévision d'Etat iranienne.

Comme l'a encore souligné Hassan Rohani lors de l'inauguration de son nouveau sous-marin, l'Iran répète que ses programmes de missiles répondent à une question de sécurité nationale, qu'ils n'ont qu'un but défensif et que cette question n'est pas négociable. Téhéran va donc continuer à développer ses capacités militaires et en particulier son programme de missiles balistiques, a confirmé le président iranien dans un discours prononcé à l'occasion du 40e anniversaire de la révolution islamique de 1979.

Selon l'Agence internationale de l'énergie atomique (AIEA), l'Iran continue de respecter les termes de l'accord de Vienne signé en 2015 sur le contrôle de son programme nucléaire, indique un rapport publié vendredi 22 février. L'agence onusienne a précisé dans un document trimestriel que la république islamique respectait les quotas d'uranium enrichi qu'elle était autorisés à produire ainsi que les stocks de cette matière fissible. L'AIEA a ajouté qu'elle a pu réaliser ces évaluations lors d'inspections inopinées dans toutes les installations nucléaires en Iran. L'accord conclu en 2015 après des années de négociations prévoit un contrôle de la production nucléaire iranienne en échange d'une levée progressive des sanctions économiques.

La résolution 2231 du Conseil de sécurité de l'ONU, adoptée en 2015, appelle l'Iran à "ne mener aucune activité liée aux missiles balistiques conçus pour pouvoir emporter des charges nucléaires, y compris les tirs recourant à la technologie des missiles balistiques". Ce paragraphe fait l'objet d'interprétations divergentes entre les Occidentaux et les Iraniens. Affirmant n'avoir aucune intention de se doter de l'arme atomique, Téhéran assure que ses programmes de développement de missiles sont purement défensifs, et estime par conséquent que ceux-ci sont conformes à cette résolution.

Tensions à son paroxysme

Depuis que Donald Trump a annoncé le retrait des Etats-Unis de l'accord de Vienne, les tensions n'ont eu de cesse de s'accroître entre Washington et Téhéran. Hassan Rohani a estimé le 20 février que les tensions entre l'Iran et les Etats-Unis étaient à leur "paroxysme" et que les sanctions imposées par l'administration Trump aux secteurs pétrolier et bancaire iraniens étaient un "acte terroriste".

"Le contentieux entre l'Iran et l'Amérique est actuellement à son paroxysme. L'Amérique emploie tous ses pouvoirs contre nous", a assuré l président iranien lors d'un conseil des ministres, selon des propos rapportés par la chaîne de télévision publique IRIB. "Les pressions américaines sur les entreprises et les banques pour qu'elles arrêtent de faire des affaires avec l'Iran sont à 100% un acte terroriste", a-t-il affirmé.

Le chef de l'Etat iranien a également estimé que la conférence sur le Moyen-Orient et l'Iran organisé la semaine passée par les Etats-Unis à Varsovie était un "échec". Cette conférence avait réuni les ministres des Affaires étrangères et des responsables d'une soixantaine de pays. Le secrétaire d'Etat américain Mike Pompeo y a souhaité "une nouvelle ère de coopération" pour relever les défis au Proche-Orient, citant notamment les dossiers iranien, syrien, yéménite et israélo-palestinien. Le chef de la diplomatie iranienne a accusé mercredi 20 février les Etats-Unis de faire preuve d'"hypocrisie" en disant vouloir lutter contre le programme nucléaire iranien tout en cherchant à vendre leur technologie nucléaire à l'Arabie saoudite, le grand rival régional de Téhéran.

"Ni les droits de l'homme, ni le programme nucléaire ne sont la vraie préoccupation des Etats-Unis. D'abord un journaliste démembré ; maintenant la vente illégale de technologie nucléaire à l'Arabie saoudite démontrent clairement l'#hypocrisieUS", a-t-il écrit sur son compte Twitter.

Mohammad Javad Zarif faisait allusion au refus de l'administration Trump de prendre en compte les conclusions de ses propres services de renseignement qui ont mis en cause la responsabilité du prince héritier saoudien Mohamed ben Salman dans l'assassinat du journaliste Jamal Khashoggi à l'intérieur du consulat saoudien à Istanbul.

Avertissement à Tel-Aviv

Le ministre iranien des Affaires étrangères, a accusé Israël de faire preuve de témérité en menant des séries de bombardements contre la Syrie et déclaré qu'il ne pouvait exclure l'hypothèse d'un conflit militaire entre l'Iran et l'Etat hébreu. S'exprimant dans un entretien au journal allemand "Sueddeutsche Zeitung" publié ce jeudi (21 février), il a souligné que Téhéran, allié de Damas, avait des positions en Syrie à la demande du gouvernement syrien tandis qu'Israël violait l'espace aérien libanais, l'espace aérien syrien et le droit international.

"Il y a de l'aventurisme du côté d'Israël, et cela peut être dangereux", a dit Mohammad Javad Zarif.

Interrogé sur la possibilité d'un conflit imminent entre l'Iran et Israël, il a répondu par la négative, tout en précisant "ne pas pouvoir exclure l'éventualité" d'un conflit. Au début du mois, le secrétaire du Conseil national de sécurité iranien avait mis en garde Israël contre de nouveaux raids en Syrie. Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu a confirmé que l'armée israélienne avait mené le 11 février un nouveau raid en Syrie qui, selon l'armée syrienne, a détruit un hôpital et un poste d'observation militaire. La frappe menée dans la province de Kouneïtra, dans le sud-ouest de la Syrie, n'a fait que des dégâts matériels, selon l'armée syrienne.

"Nous agissons tous les jours, y compris hier, contre l'Iran. Tout le temps. Contre l'Iran et contre ses tentatives visant à s'implanter dans cette région", a expliqué le Premier ministre israélien.

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Commentaires 3
à écrit le 26/02/2019 à 20:31
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Bien , malheureusement la guerre n'a jamais etait une solution ... Ensuites se n'est pas avec des matériels plus ou moins performente que l'on risque de faire reculer les USA .... Çe pays doits avant tous develloper dès relation economique et tacher ...

à écrit le 25/02/2019 à 13:50
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De quel droit? Si l'on applique les mêmes limites á la France il faut désarmer les scalps, les LRU et les plutons si il en reste: Je ne fait pas la liste de l'arsennal US à commencer par les tomawahk. Y a t'il un traité internationnal qui dise qu...

le 25/02/2019 à 21:41
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Tout à fait d'accord, "DE QUEL DROIT", et en plus c'est pour se défendre. La France avait connue également une période de menace et d'embargo lorsque le Général De Gaulle avait voulu faire entrer le pays dans l’aire nucléaire. Il avait fallu créer le...

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