Comment le Hezbollah profite du Covid-19 pour renforcer son rôle d'acteur central au Liban (2/2)

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Le Hezbollah a mobilisé 24.500 de ses membres et sympathisants (y compris des professionnels de la santé) contre le Covid-19
Le Hezbollah a mobilisé 24.500 de ses membres et sympathisants (y compris des professionnels de la santé) contre le Covid-19 (Crédits : Aziz Taher)
Les groupes armés non étatiques font eux aussi face au Covid-19. Après Daech, qui n'a pour l'heure qu'une réponse opportuniste, le Hezbollah profite de cette crise majeure pour renforcer son action sociale déjà importante au Liban.

Le Hezbollah pourrait être le grand bénéficiaire de la crise sanitaire générée par le Covid-19 au Liban, où il est implanté sur un territoire dans lequel il exerce un contrôle, grâce à une stratégie semble-t-il efficace. C'est ce que souligne la Fondation pour la recherche stratégique (FRS) dans une note consacrée à la "la crise pandémique et les groupes armés non étatiques : l'exemple de Daech et du Hezbollah"Selon l'auteur de cette note, Jean-Luc Marret, maître de recherche, "le Hezbollah pourrait bien, sur fond de crise du Covid-19, raffermir sa position politique centrale au Liban, et dans le monde diasporique libanais, en tant qu'acteur sanitaire disposant d'une capacité médiatique pour promouvoir son action".

L'auteur s'interroge toutefois sur "le caractère tous azimuts de son intervention sanitaire" compte tenu de son ADN chiite et, donc, très proche de l'Iran sur le plan religieux et stratégique. Une proximité avec l'Iran qui a valu au Hezbollah d'être "parfois accusé par certains de ses opposants d'avoir introduit le Covid-19 au Liban, via la Syrie, où l'organisation est très engagée depuis des années ou, surtout, depuis l'Iran et la ville religieuse de Qoms". Une ville d'où les étudiants du Hezbollah ont semble-t-il pu longtemps revenir sans mise en quarantaine, alors que la pandémie était importante en Iran.

Un jihad sanitaire

Très actif face au Covid-19, le Hezbollah, qui est un acteur essentiel à la vie politique et électorale de longue date au Liban, profite de cette crise pour se lancer dans un "jihad sanitaire" et "une communication politique", explique Jean-Luc Marret. Le leader du Hezbollah, Sayyed Hassan Nasrallah, "désormais en isolement - ce qui fait courir la rumeur sur sa positivité au Covid -", selon la FRS, s'est beaucoup exprimé sur le rôle et l'action sanitaire et sociale du Hezbollah au Liban, de même que sur les conséquences du virus au plan international. Il a publiquement réagi à l'infection d'Ali Akbar Velayati, l'un des acteurs centraux dans la diplomatie iranienne et professeur de médecine à la pointe du combat pratique contre la pandémie.

Les réponses du Hezbollah sont déterminées par ses capacités, en particulier sanitaire et sociale, et son positionnement d'organisation, dite résistante. L'organisation gère des dispensaires, des hôpitaux et une vaste logistique de soutien des populations chiites au Liban et à travers le monde. Le Hezbollah s'est donc lancé dans la promotion politico-médiatique de son action du moment, "en déclarant affecter - image symbolique forte - certains de ses moyens de guerre contre Israël" à celle contre le Covid-19 (un centre d'appel, trois centres de quarantaine avec 170 lits, pouvant monter jusqu'à 1.000 et 64 "comités sociaux", pour organiser l'aide aux familles nécessiteuses).

"Dans un contexte local dramatique, où les nombreux réfugiés illégaux ou légaux sont souvent sans ressources, et par conséquent sans protection sociale, au point de devoir payer une fortune tout test de positivité au Covid-19, et où l'Etat libanais est plutôt défaillant en matière de politique sociale et de santé, le Hezbollah a déclaré avoir mobilisé 24.500 de ses membres et sympathisants (y compris des professionnels de la santé) contre le Covid-19, afin d'aider le gouvernement libanais et en particulier le ministre de la Santé, choisi par le Hezbollah au moment de la constitution du gouvernement", précise Jean-Luc Marret

Miracle à la libanaise

Les médias pro-Hezbollah et libanais ont longuement montré des Hezbollahi, vêtus d'uniformes, gants et masques de protection, engagés dans un travail de prophylaxie dans les quartiers chiites du Sud de Beyrouth ou distribuant des stocks de nourritures aux habitants. "Pour autant, bien qu'il soit l'organisation la plus puissante en termes de capacité, il n'est pas le seul acteur politique local à agir. Il y a eu de facto dans le contexte d'un Etat plutôt faible, et, miracle typiquement libanais, une sorte de division du travail avec les communautés sunnite, chrétienne et druze", souligne l'auteur de cette note. Dans ce contexte, plusieurs organisations chrétiennes ont joué un rôle important dans la fourniture de tests de détection. Walid Jumblatt a fait des donations à plusieurs hôpitaux et son parti politique a mis en place des zones de quarantaine à disposition.

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Commentaires
a écrit le 16/04/2020 à 18:25 :
Les 2 principaux bailleurs de fonds du Hezbollah: 1) L'Iran qui fait face à une crise sanitaire et économique cataclysmique 2) La diaspora chiite libanaise en Afrique et en Amérique latine, qui va être durablement impactée par la perte de ressources liées à l'effondrement de l'économie souterraine (narco trafic, contrebande de la zone franche des 3 frontières). Son activisme présent semble plutôt une manoeuvre de communication pour donner le change.
a écrit le 16/04/2020 à 9:56 :
"en déclarant affecter - image symbolique forte - certains de ses moyens de guerre contre Israël" à celle contre le Covid-19 (un centre "

L'article s'arrête net ici pour moi, il n'y a que les dépêches afp et reuters qui sont entières, je n'ai plus aucun article avec une fin...

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