Covid-19 : les armées sur tous les fronts face à un ennemi invisible

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Depuis le 28 mars, les évacuations en hélicoptère de patients atteints du Covid-19 vers des hôpitaux français et étrangers disponibles se sont multipliées
Depuis le 28 mars, les évacuations en hélicoptère de patients atteints du Covid-19 vers des hôpitaux français et étrangers disponibles se sont multipliées (Crédits : Armée de l'air)
Les forces armées ont mis des moyens très importants, via notamment les appareils de l'armée de l'air et l'armée de terre, pour permettre le désengorgement des hôpitaux du Grand Est et de l'Ile-de-France saturés. Ils participent également à la gestion de la chaîne logistique pour les matériels médicaux.

Face à cet ennemi invisible le Covid-19, les armées ne chôment pas. Les trois armées sont sur tous les fronts. Depuis le début de la crise, le ministère des Armées est pleinement mobilisé dans la lutte contre le Covid-19 dans le cadre de l'opération Résilience lancée par Emmanuel Macron le 25 mars. Les forces armées ont mis des moyens très importants, via notamment les appareils de l'armée de l'air et l'armée de terre, pour permettre le désengorgement des hôpitaux du Grand Est et de l'Ile-de-France saturés.

Tous moyens confondus (avions, hélicoptères, porte-hélicoptères de la marine), ils ont transféré depuis le 18 mars 104 patients en réanimation atteints du Covid-19, vers des établissements de santé moins sollicités et pouvant les soigner. Ces patients ont été transférés vers des hôpitaux dans l'ensemble des régions françaises et dans certains pays européens solidaires (Allemagne, Autriche et Suisse).

Transferts sanitaires

Depuis le 17 mars, à la demande de la ministre des Armées Florence Parly, les armées ont mis en alerte sur la base aérienne 125 d'Istres, le MOdule de Réanimation pour Patient à Haute Élongation d'Évacuation (MORPHEE), qui permet de transporter sur de longues distances, et dans des conditions de prise en charge adaptées, jusqu'à six patients lourds atteints du Covid-19. Ce module est mis en œuvre sur les avions A330 Phénix et C135FR de l'armée de l'Air. Dans ce cadre, les A330 Phénix ont transporté lors de cinq rotations 30 patients, dont six vers Hambourg. Par ailleurs, un A400M de l'armée de l'air allemande Lufttransportgruppe 62 (capacité : 4 patients en réanimation), mis à disposition de l'EATC (European Air Transport Command), a transporté le 29 mars deux patients de Strasbourg vers l'hôpital Ulm, via Stuttgart. Soit 32 patients au total.

Du 28 mars au 1er avril, les hélicoptères multi-missions NH-90 Caïman (capacité : deux patients en réanimation) de l'armée de Terre ont effectué 17 missions de transfert au profit de de 34 patients depuis la région Grand Est vers des hôpitaux allemands, autrichiens, français et suisses. Le 1er avril, des Caracal (2 patients par hélicoptères) de l'Escadron d'hélicoptères 1/67 Pyrénées de Cazaux ont également pris en charge quatre patients à l'aéroport d'Orly pour les transférer vers Caen et Angers.

Le 2 avril, deux Caracal du même escadron, deux Puma de l'Escadron d'hélicoptères 1/44 Solenzara (1 patient par appareil) et un CASA de la 64e Escadre de transport d'Evreux (2 patients) ont également pris en charge 16 patients à l'aéroport d'Orly pour les transférer vers Caen, Angers, Tours et Saint Nazaire. Enfin, le 4 avril (entre vendredi 18h00 et samedi 18h00), les appareils du plot avancé de la Base Aérienne 107 de Villacoublay (un A400M, un CASA, trois Caracal et deux Puma) ont pris en charge huit patients à l'aéroport d'Orly pour les transférer vers Aurillac et Clermont-Ferrand.

Le porte-hélicoptères amphibie (PHA) Tonnerre de la Marine nationale, renforcé de personnels et de moyens sanitaires du Service de santé des Armées (SSA), ainsi que de personnels soignants civils, a par ailleurs évacué 12 patients dont 6 en réanimation, depuis Ajaccio, en Corse, vers Marseille entre le 21 et 23 mars.

Un hôpital de campagne à Mulhouse

Le 21 mars, l'armée de terre a déployé l'Élément militaire de réanimation (EMR) du Service de santé des armées (SSA) à proximité du Centre hospitalier Émile Muller de Mulhouse, grâce au soutien du Régiment médical de l'armée de Terre (RMED). Cette structure médicale modulaire sous tente dispose d'une capacité de 30 lits de réanimation. Le 24 mars, l'EMR a accueilli son premier patient. Il y en a actuellement 27 mais ce chiffre évolue très vite selon les transferts envisagés.

L'EMR est armé par 121 personnels, dont 91 du SSA et 30 du régiment médical (RMED) de l'armée de terre. Le personnel soignant comporte une quinzaine de médecins, dont 10 anesthésistes et réanimateurs, des infirmiers et aide-soignants, mais également des kinésithérapeutes et des ingénieurs biomédicaux pour le soutien médical.

La logistique des armées au service des Français

Les militaires de l'opération Résilience ont également apporté leur concours aux autorités civiles dans le domaine logistique, via le transport de fret aérien, terrestre, ou maritime, la mise à disposition d'emprises, ou l'affectation d'experts logistiques auprès des autorités civiles et sanitaires pour les appuyer dans ce domaine clé de la lutte contre le Covid-19. Ils ont permis la livraison et l'acheminement des masques de protection sur l'ensemble du territoire national. Ainsi, le 26 mars, à la demande du préfet de la région Auvergne-Rhône-Alpes, les armées ont acheminé des masques dans des centres de stockages dédiés dans l'ensemble des départements de la région. Dix véhicules de transport logistique ont ainsi été engagés dans cette manœuvre : 9 porteurs polyvalents logistiques (PPLOG) et un véhicule tactique 4x4 (VT4).

Ils ont également transporté des personnels soignants pour renforcer les régions en difficulté. Le 1er avril, des avions de l'armée de l'Air (KC130J et C160) ont transporté à Paris des soignants en provenance de Nice, Marseille et Brest. Dans la nuit de mercredi à jeudi 2 avril, un KC130J de la 62e Escadre de transport d'Orléans a rapatrié 41 personnels soignants de Brest à Paris tandis qu'un C160 Transall a transporté 18 autres de Marseille à Villacoublay.

Par aileurs, deux officiers spécialistes de la logistique militaire aident depuis le 24 mars la cellule logistique aérienne au sein de la cellule de crise de Santé Publique France (SPF). En outre, depuis le 25 mars, le centre hospitalier du Mans est renforcé de deux sous-officiers spécialistes de la logistique et de l'approvisionnement du 2e RIMa. Ils prêtent main-forte à leurs homologues en apportant leur expertise de gestion de crise.

Protection des sites sensibles

Les militaires de l'opération  Résilience assurent la protection de sites sensibles militaires et civils, ainsi que des missions de surveillance et de présence dissuasive en appui des forces de sécurité intérieure. Les armées ne participent cependant pas aux mesures de respect du confinement. Enfin, quatre sections de l'armée de Terre ont été engagées le 31 mars pour assurer la sécurité de sites de production et de stockage de masques ainsi que l'escorte d'un convoi logistique destiné à l'acheminement de masques entre l'aéroport de Bâle-Mulhouse et Gondreville. Les unités de l'opération Résilience de la région parisienne protègent et surveillent trois sites de production de gel hydroalcoolique dans le Val-d'Oise (95).

 

Déploiement des porte-hélicoptères Mistral et Dixmude

Décidé par le président de la République le 25 mars, l'envoi de deux porte-hélicoptères amphibies (PHA) de la Marine nationale dans les approches des territoires français ultra-marins viendra appuyer l'action de l'État dans la lutte contre la pandémie. Régulièrement déployés pour porter assistance aux populations civiles en cas de crise, comme ce fut le cas lorsque l'ouragan Irma a frappé Saint-Martin et Saint-Barthélémy en 2017, ils vont mettre leur polyvalence à la disposition des autorités civiles des Antilles et de la Guyane, de la Réunion et de Mayotte dans le cadre de l'opération Résilience.

Engagé au sein de la mission Jeanne d'Arc 2020 depuis la fin du mois de février 2020, le Mistral a réorienté sa mission vers Mayotte et La Réunion qu'il doit atteindre début avril. Il appuiera dans un premier temps les autorités civiles de Mayotte, qu'il a atteint samedi. Le Mistral a débarqué son Sous Groupement Tactique Embarqué (SGTE) sur Mayotte pour assister le Détachement de la Légion Etrangère de Mayotte (DLEM) dans sa mission d'aide aux populations. Les actions de soutien seront définies en coordination avec les autorités civiles de la zone.

Le Dixmude, rentré le 27 mars 2020 d'une mission en Méditerranée orientale, a appareillé de Toulon vendredi pour atteindre la zone Antilles à la mi-avril. Il pourrait par la suite se diriger vers la Guyane en fonction des besoins. Dans un premier temps, le Dixmude acheminera du matériel médical et des fournitures qui, permettront aux autorités locales de renforcer leur capacité de gestion de crise : plus de 170 000 masques FFP2 ; plus d'un million de masques chirurgicaux et plusieurs centaines de litres de gel hydroalcoolique.

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a écrit le 06/04/2020 à 17:05 :
c'est bien, mais on est dans le symbolique ! si c'est cela, l'armée française en temps de guerre, on est mal barré. attention je ne dénigre pas l'armée dont tous les gouvernements depuis 40 ans ont rogné les budgets, mais franchement, "on nous bourre le mou": UN hôpital de tentes, DEUX hélicos ....
Réponse de le 09/04/2020 à 20:30 :
Que voulez vous le reste de nos armée sont a sentinel et vigipirate, disons pour ceux qui restent militaire et ne quitte pas les armées car engagé pour un métier qui a bien changé en même pas 15 ans !
a écrit le 06/04/2020 à 10:47 :
Réponse @Chloroquine ...
Des soignants de toutes les régions vont déjà depuis plusieurs semaines dans des régions sous tensions. Cela pose des problèmes de logement décents pour des gens qui travaillent beaucoup. Déplacer encore plus de soignants pour vider les hôpitaux de province déjà équipés et prêts à fonctionner dans l'heure ? Transporter du matériel implique des problèmes d'emballage, de logistiques, d'installation, de tests...Seule l'armée dispose de personnels et de moyens mobiles pour cela.
Il m'a fallu une demi seconde pour réfléchir à votre recommandation et cinq minutes pour vous répondre, pffff ....
Peut-être pourriez vous calculer un minimum avant d'écrire des fadaises, de donner des leçons et d'invoquer votre "Droit à la libre expression"...
Le "Droit à écrire des cxxxxxies" sans qu'on réponde n'existe pas.
a écrit le 05/04/2020 à 16:22 :
Déplacer des malades en réanimation (plutôt que transférer du matériel et des soignants testés négatifs dans des cliniques privées ou des hopitaux de campagne).....
Le gouvernement empilent les décisions stupides, et à chaque fois, pour des raisons administatives.

Comment peut-on rester aussi rigides sur ces règles en période de crise ?
Vraiment, nous ne pourrons bientôt plus considérer que c'est de la bêtise !

(Vu sur Bloomberg : L'Inde suspend toute exportation d'hydroxychloroquine ; ce principe actif plébiscité, mais qualifié d'inutile voire de dangereux par les macronistes !)
Réponse de le 05/04/2020 à 20:41 :
Cher professeur Chloroquine, merci de nous faire profiter de votre considérable expérience. Que serait la France sans ce type d’expert ? Pouvez-vous nous confirmer que boire de l'eau chaude (autre principe actif plébiscité) détruit le coronavirus ? Si oui à quelle température ?
Réponse de le 05/04/2020 à 23:44 :
37° Celsius.

Le lecteur de mes commentaires est libre de les considérer de la manière qui lui convient.

Cela s'appelle la Liberté d'Expression et la Liberté d'Opinion !

(Il est vrai que sous le régime de Macron, l'exercice est soumis à sanction)
Réponse de le 06/04/2020 à 9:57 :
@chloroquine....
Tout de suite....les grands principes de la liberté d'expression !, mais on a aussi le devoir de rappeler ce qu'est une connerie.
a écrit le 05/04/2020 à 15:59 :
On peut pas dire que nos militaires s'épargnent ! Bravo à eux pour ces taches souvent très techniques et sans fausses notes : une vrai armée de professionnels au service de la Nation. J'espère que, nous citoyens, leurs seront reconnaissant pour cet immense travail, au même titre que nos soignants, employés de supermarchés, forces régaliennes, transporteurs et tous les autres ...!
Réponse de le 05/04/2020 à 18:11 :
Pour une fois qu'ils font semblant de "travailler". il faut qu'ils justifient leur salaire.
a écrit le 05/04/2020 à 10:29 :
En voyant les patients à être transporté des kilomètres jusqu'à un aéroport et retour ensuite dans un autre hôpital à nouveau en voiture, je me demande s'il n'existe pas en France des Héliports sur les toits des hôpitaux afin de transporter les patients dans des conditions corrects.
Réponse de le 05/04/2020 à 11:59 :
La plupart des hôpitaux sont effectivement équipés d'une aire d'aterrissage pour hélicoptère, soit un pas au sol, soit sur les toits. Mais il faut être conscient que le coût de l'heure de vol d'un hélicoptère bimoteur n'a strictement rien à voir avec celui d'une ambulance du SAMU: il est 30 à 50 fois plus élevé. Il est donc réservé aux situations qui nécessitent absolument une grande rapidité, où chaque minute gagnée peut signifier la vie ou la mort. Or, les embouteillages sont actuellement inexistants. De plus, un hélicoptère d'EMS -typiquement un EC135 ou un EC135 - ne peut emporter qu'un seul malade allongé, et sans des conditions pas très pratique pour l'équipe du SAMU qui l'accompagne; les conditions de transport ne sont fonction pas beaucoup plus confortables qu'en ambulance médicalisée. Encore une fois, le principal avantage de la voilure tournante c'est d'aller relativement vite, de ne pas être tributaire des conditions de circulation et de pouvoir se poser à peu près n'importe où, mais c'est tout.
a écrit le 05/04/2020 à 8:33 :
Plus utile aux citoyens en France que d'aller protéger les intérêts des dragons célestes à savoir leur faire prendre des risques pour seulement du pognon à l'étranger c'est sûr. Leur pathologique cupidité ayant même sali cette belle institution qu'est l'armée.

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