Le Covid-19 a-t-il un impact sur Daech et sa stratégie terroriste (1/2) ?

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(Crédits : Reuters)
Daech semble se montrer prudent face à la pandémie du Covid-19. Il concentrerait ses efforts à la libération des djihadistes détenus en Syrie et en Irak, selon une note de la Fondation pour la recherche stratégique (FRS),

Comment Daech, qui a perdu son califat à la suite de sa défaite militaire, fait face au virus du Covid-19 ? Une note de la FRS (Fondation pour la recherche stratégique) tente d'analyser comment l'organisation terroriste gère la pandémie pour protéger ses troupes et compte éventuellement profiter de la déstabilisation de ses ennemis pour se lancer dans des opérations terroristes. Selon l'auteur de cette note, Jean-Luc Marret, maître de recherche, Daech, doté d'un appareil de propagande et d'effectifs très amoindris, a "communiqué d'une façon que l'on qualifiera de non surprenante au regard de sa vision du monde sanglante".

Directives de sûreté

Dans un premier temps, l'organisation a considéré, au même titre d'ailleurs que certains cénacles et réseaux islamistes radicaux, que le Covid-19 était un "châtiment divin contre la Chine, en raison de son athéisme et du traitement que ce pays inflige à sa minorité ouïghour musulmane", explique Jean-Luc Marret. Par la suite, le groupe a accusé le "gouvernement infidèle de Chine" de minimiser sciemment l'étendue de la pandémie (février 2020), selon la FRS.

Dans ce contexte, au fur et à mesure que la pandémie s'est propagée à travers le monde, Daech a depuis peu présenté dans une lettre d'information, "des directives de sûreté, de voyage et d'autres mesures prophylactiques à ses sympathisants (protection individuelle, masques, etc...), tout en soulignant que les vêtements islamiques, en particulier féminins, ou la distance sociale entre les sexes étaient bien faits pour se protéger". Il a même déconseillé ses membres en bonne santé de voyager en Europe et les a conseillé de se couvrir la bouche lorsqu'ils toussent ou éternuent et de se laver régulièrement les mains, selon l'hebdomadaire britannique, Sunday Times of London.

"Ceux qui sont en bonne santé ne devraient pas se rendre sur le territoire de l'épidémie et ceux qui sont touchés ne devraient pas en sortir", est-il écrit dans la lettre", selon l'hebdomadaire britannique.

Libération des djihadistes en Syrie et en Irak

En dépit de la déstabilisation des Etats, qui lui mènent la vie dure, Daech souhaite concentrer les efforts de ses militants sur des opérations de "libération des djihadistes détenus, en particulier en Syrie et en Irak", assure Jean-Luc Marret. Elle semble être également présente en Afghanistan et au Nigéria. L'organisation terroriste joue la stratégie de l'opportunisme, tel qu'elle apparaît dans sa propagande. Elle observe que les Etats qui sont les cibles de ses menaces connaissent actuellement des tensions capacitaires qui pourraient les empêcher de procéder à des opérations anti ou contre-terroristes.

Ainsi, le  25 mars, le ministère français des Armées avait annoncé le rapatriement de 200 militaires français déployés en Irak dans le cadre du pilier formation de l'opération Chammal. Le pilier appui, assuré exclusivement par des moyens aériens, reste cependant actif sur la zone. La France reste toutefois engagée au Levant, car la lutte contre Daech continue. Dans le même temps, la majorité des partenaires de la coalition en Irak (États-Unis, Royaume-Uni, Australie, Pays-Bas, République tchèque) ont également retiré pour certains la totalité de leurs forces.

Le Covid-19, une opportunité pour Daech?

Le Covid-19 peut-il être une opportunité opérationnelle pour Daech? "Si aussi bien Al-Qa'ida que Daech ont régulièrement par le passé déclaré un intérêt pour le NRBC (Nucléaires, Radiologiques, Biologiques, Chimiques, ndlr), en particulier dans sa composante biologique, et si ces organisations ont tenté de mettre en place sur les territoires qu'elles contrôlaient un embryon de recherche et de développement, voire utilisé le spectre spectaculaire du bioterrorisme dans leur propagande, sans en maîtriser heureusement les verrous technologiques les plus sensibles, nous n'avons pas trouvé à ce jour d'informations indiquant une volonté d'utiliser le Covid-19 comme un moyen « terroriste » rustique et improvisé, par exemple en Europe", explique Jean-Luc Marret.

Toutefois, le maître de recherche estime que la nature "profondément décentralisée, voire autonome", des réseaux pro-Daech à travers le monde ne doit pas faire mésestimer le recours à ce moyen, "spécialement de la part d'individus psychologiquement borderline (contamination improvisée contre des cibles définies)". Au final, il pense que les membres de Daech devraient utiliser des "moyens habituels, à la fois plus éprouvés et plus immédiatement sanglants". C'est peut-être ce qui s'est passé le 4 avril à Romans-sur-Isère où l'auteur de l'attaque au couteau a fait deux morts et sept blessés. "Les premières investigations tendent à démontrer qu'il aurait agi seul, sans avoir été commandité par une organisation terroriste", a déclaré le parquet national anti-terroriste (PNAT) dans un communiqué.

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Commentaires
a écrit le 15/04/2020 à 16:08 :
Nous avions une pause dans leur stratégie de terreur, et voilà qu'un journaliste les remet en scène pour nous maintenir en haleine et pour ne pas oublier d'avoir peur! Que ferait un terroriste sans son journaliste?!
a écrit le 15/04/2020 à 10:20 :
C'est virus qui favorise le port du voile, c'est bon à prendre pour Daech.
a écrit le 15/04/2020 à 9:58 :
Daech peut-il resurgir et se recreer comme repousser les bras d'une pieuvre ? Les terroristes peuvent-ils intégrer des virus bacteriologiques et biologiques dans leur bombe artisanal ou IED ? Il y a bien eu un acte terroriste à Roman sur Isère en plein confinement.
Donc oui nous continuer à être extremement vigilant contre le terrorisme contre les bombes sales que les terroristes pourraient créer. Suppression du dark web, plan de vigilance contre les potentiels actes terroristes. Oui nous n'avons pas le choix de continuer à nous battre contre le terrorisme en France et en Europe. A toute l'armée française.
a écrit le 15/04/2020 à 9:06 :
Tant mieux, je préfère me faire postillonner dessus que maszacrer à la kalachnikov.

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