Le tritium est un gaz très rare, indispensable à la fabrication de la bombe atomique. Pour l'heure, la France ne dispose pas de moyen de production de ce gaz. Mais d'ici quelques années, pour en fabriquer, elle pourra non seulement s'appuyer sur la centrale d'EDF de Civaux, mais aussi sur le très discret réacteur militaire RES.C'est un réacteur nucléaire dont très peu de personnes connaissent l'existence. Le RES, pour réacteur d'essai au sol, est installé sur le site du Commissariat à l'énergie atomique et aux énergies alternatives (CEA), à Cadarache (Bouches-du-Rhône) au sein de l'Installation nucléaire de base secrète de la propulsion nucléaire. Depuis un peu plus de six ans, il est exploité par TechnicAtome, le fabricant des « moteurs » des bâtiments à propulsion atomique, pour le compte de la direction des applications militaires (DAM) du CEA.
Le RES est « un réacteur représentatif des chaufferies nucléaires qui propulsent le porte-avions Charles de Gaulle et les sous-marins de la Marine nationale », expliquait le CEA dans un dossier de présentation publié en octobre 2018, à l'occasion de son démarrage ou « divergence », selon le terme technique consacré. Et ce, après plusieurs dérapages de calendrier et des surcoûts, comme le montre cette question posée au gouvernement en 2012 par Sophie Joissains, alors sénatrice et désormais maire d'Aix-en-Provence (Bouches-du-Rhône), portant sur « les problèmes de remise en question du financement concernant le futur réacteur RES ». Depuis, le réacteur militaire a servi, entre autres, à récolter des données expérimentales ainsi qu'à qualifier du combustible spécifique à la propulsion nucléaire.
Le réacteur RES produira du tritium à partir de 2028
Mais selon nos informations, le RES passera, dans quelques années, dans un « nouveau mode ». En effet, à partir de 2028, ce réacteur de défense sera utilisé afin de produire du tritium, un gaz indispensable à la fabrication des bombes nucléaires. C'était l'une des missions qui lui avait été attribuées dès la genèse du projet, comme le montre encore la question écrite de Sophie Joissains, mais qui n'est pas du tout mentionnée dans le document de présentation du CEA, publié en 2018.
« Véritable banc d'essais technologiques, le RES a mené des campagnes d'irradiation et d'expérimentations jusqu'à fin 2023 pour la conception des réacteurs nucléaires embarqués (...) Depuis, il est en phase de transformation pour élargir ses conditions d'utilisation et en faire un moyen d'irradiation de matériaux particuliers contenant du lithium, matériaux confinés dans des crayons spécifiques au sein du cœur du réacteur », précise le CEA dans un mail adressé à La Tribune.