Droits de douane : comment la Chine a fait de Boeing un moyen de pression sur les Etats-Unis

Agathe Perrier

Le marché chinois représente environ 10 % du carnet de commandes commerciales de Boeing.
Peter Cziborra

Agathe Perrier

Le marché chinois représente environ 10 % du carnet de commandes commerciales de Boeing.
Peter Cziborra
C'est un pas de plus dans l'apaisement des tensions entre les États-Unis et la Chine. Peu après que les deux plus grandes économies du monde ont annoncé suspendre une partie de leurs droits de douane punitifs pendant 90 jours, Pékin a levé le gel des livraisons d'avions Boeing qu'elle avait imposé à ses compagnies aériennes, d'après un article de l'agence de presse Bloomberg publié ce mardi.
Les autorités chinoises ont ainsi commencé à informer les transporteurs du pays que les livraisons d'avions fabriqués aux États-Unis pouvaient reprendre, selon le média américain qui cite des sources proches du dossier. Des informations de presse que Boeing a pour le moment refusé de commenter, tout comme l'administration chinoise de l'aviation civile.
Le timing de cette décision laisse à penser que le sujet a pu faire partie des négociations entre les États-Unis et la Chine. Pour rappel, le gouvernement chinois avait instauré cette interdiction mi-avril. Il avait enjoint ses compagnies aériennes à cesser de prendre livraison d'avions venant de Boeing et de pièces détachées fabriquées aux États-Unis. Une mesure prise en représailles à la hausse des tarifs douaniers sur les produits chinois décidée par le président Donald Trump.
Pékin avait alors frappé fort en ciblant le plus gros exportateur américain. D'autant plus que le marché chinois représente environ 10 % du carnet de commandes commerciales de Boeing, qu'il considère comme un marché important et en pleine croissance. Le constructeur estime en effet que la Chine va plus que doubler sa flotte d'ici 2043.
Les conséquences ne se sont d'ailleurs pas fait attendre. Au cours du mois, au moins trois avions qui se trouvaient au centre de livraison de Boeing en Chine, prêts à être livrés à des compagnies aériennes, ont été renvoyés aux États-Unis. Un coup dur pour le constructeur américain puisque 85 % du prix d'un avion est versé lors de sa livraison. Or, une cinquantaine d'avions doivent être livrés en Chine cette année, représentant « un peu plus d'un milliard de dollars », selon son dirigeant, Kelly Ortberg.
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Sur le long terme, le blocage des livraisons aurait pu affecter directement la balance commerciale américaine, qui a déjà souffert en 2024 des difficultés de Boeing. Sa production a en effet fortement ralenti, d'une part en raison de nombreux problèmes de qualité qui ont émergé lors d'un incident en vol en janvier 2024 - une porte de la carlingue d'un Boeing 737 MAX 9 de la compagnie Alaska Airlines qui s'est décrochée en plein vol. Puis, à l'automne, une grève de plus de cinquante jours qui a paralysé deux de ses usines.
Néanmoins, la Chine avait, elle aussi, un intérêt à lever cette interdiction. Et pour cause, ses compagnies aériennes comptent sur les avions de Boeing pour moderniser leur flotte et/ou la faire grandir et donc augmenter leur activité. D'après le journal Le Point, le blocage par Pékin bloquait la livraison de 37 unités du modèle 737 Max et deux long-courriers du 787-9 pour China Southern Airlines. China Eastern Airlines devait, elle, être livrée de 13 appareils (des Max 8 et des 787-9) et Air China de quatre Max 8.
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Le gel de l'achat des équipements et pièces détachées aurait aussi pesé sur le long terme sur les programmes de maintenance des appareils américains en Chine. Le stock de pièces aurait fini par être épuisé empêchant toute réparation et obligeant au maintien au sol des avions. Ce qui aurait pu mettre du plomb dans l'aile au marché aérien chinois.
Agathe Perrier