Résilience, innovation et réactivité. A l'image de l'Ukraine, l'histoire de Delair peut se résumer par ces trois mots. La PME basée à Labège dans la banlieue toulousaine a su à nouveau saisir sa chance avec le lancement par Emmanuel Macron en juin 2022 du concept d'économie de guerre. Employant une centaine de salariés, elle est « une vitrine de ce qu'il faut faire en économie de guerre », a affirmé le ministre des Armées Sébastien Lecornu, qui visitait le site de Delair à Labège.
Delair avait déjà réussi un petit tour de force en 2014 en ne laissant pas passer sa chance quand le ministre de la Défense Jean-Yves le Drian avait souhaité soutenir l'innovation duale (civil et militaire) des PME. Grâce à un financement de 500.000 euros de la DGA (Direction générale de l'armement), Delair avait pu développer le DT-26, un drone de reconnaissance pouvant aussi bien servir aux applications militaires qu'à celles de la surveillance industrielle (voies ferrées, pipelines, lignes électriques....).
Dix ans plus tard, Delair goûte à nouveau aux projecteurs puissants du ministère des Armées. Cette PME est même devenue l'un des symboles de l'économie de guerre de l'hôtel de Brienne aux côtés de grands groupes de défense, comme Nexter, MBDA et Thales sommés par le ministre des Armées Sébastien Lecornu de s'adapter manu militari à l'économie de guerre. Elle agace même certains grands maîtres d'œuvre mais elle est chouchoutée par le ministère, qui lui confie des commandes cruciales pour la guerre en Ukraine pourtant guignées par ces grands groupes. « C'est une entreprise qui vient du civil et que nous avons repéré il y a deux ans (...) Delair a fait preuve de rapidité et de prise de risque dans la gestion de ses stocks. Elle est la parfaite illustration d'une entreprise engagée dans l'économie de guerre », a estimé jeudi Sébastien Lecornu.
Du gagnant-gagnant pour le ministère, qui avait besoin d'un exemple comme Delair pour faire bouger tout l'écosystème défense, souvent accusé par le ministre de se comporter en arsenal, et pour la PME, qui dispose d'un relais puissant pour croître grâce aux applications militaires. Résultat, Delair réalise 80% de son chiffre d'affaires (un peu plus de 10 millions d'euros en 2023) avec la défense, contre 80% dans le civil avant la guerre en Ukraine. Ainsi, Delair s'insère parfaitement dans la stratégie du « faire autrement » du ministère des Armées, un des cinq piliers de l'économie de guerre mis en place par la DGA. « Nous avons choisi d'innover » dans notre façon de passer un contrat pour les munitions téléopérées (MTO), appelées aussi drones kamikazes, a expliqué jeudi sur le site de Delair le chef du service des affaires industrielles et de l'intelligence économique de la DGA, Alexandre Lahousse.