En Roumanie, Airbus Helicopters oscille entre espoirs et déceptions

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La chaine d'assemblage de l'hélicoptère de transport H215 située à Brasov permet à Airbus Helicopters d'attaquer le marché utilitaire des ex-pays de l'est et d'Amérique latine avec un produit performant (prix et fiabilité) face à la concurrence russe.
La chaine d'assemblage de l'hélicoptère de transport H215 située à Brasov permet à Airbus Helicopters d'attaquer le marché utilitaire des ex-pays de l'est et d'Amérique latine avec un produit performant (prix et fiabilité) face à la concurrence russe. (Crédits : Airbus Helicopters)
Airbus Helicopters a inauguré une usine d'assemblage près de Brasov en 2016. Bucarest qui n'a pas encore acheté des hélicoptères au constructeur de Marignane, se fournit principalement aux Etats-Unis.

La visite d'Emmanuel Macron à Bucarest n'a pas clarifié jeudi la situation d'Airbus Helicopters en Roumanie. Le constructeur de Marignane continue d'osciller entre espoirs et déceptions en Roumanie. Il a inauguré en septembre 2016 une usine d'assemblage de l'hélicoptère de transport H215 située à Ghrimbav (près de Brasov), à 180 km au nord de Bucarest mais le gouvernement roumain met beaucoup de temps à concrétiser une commande pour alimenter ce site. Pire, le ministère roumain de la Défense a signé début août une lettre d'intention visant l'achat d'hélicoptères de combat AH-12 Viper fabriqués par Bell Helicopter. Ce qui a fâché Airbus.

Près d'un an après l'inauguration de cette usine à Ghrimbav, "nous n'avons toujours reçu aucune offre concrète de la part de la Roumanie", a regretté amer le directeur d'Airbus Helicopters Roumanie, Serge Durand..

En présence d'Emmanuel Macron, Airbus Helicopters a prolongé jeudi de 10 ans son partenariat stratégique exclusif avec le groupe roumain IAR sur le H215 (15 ans contre cinq ans initialement). Rien de bien concret sous le soleil de Bucarest pour le constructeur franco-allemand, qui entretient pourtant une relation historique avec les forces armées roumaines. L'hélicoptériste garde espoir de recevoir un appel d'offres "transparent" sur l'achat d'hélicoptères par ce pays, alors que Bucarest doit renouveler sa flotte civile et militaire.

"Nous attendons une annonce visant l'organisation d'un appel d'offres transparent, comme l'exige la législation européenne, qui nous donne l'occasion d'y participer avec le H215", a précisé à l'AFP Serge Durand. Et de rappeler qu'"Airbus Helicopters est un partenaire loyal de la Roumanie depuis 50 ans et nous nous attendons à être traités comme tels".

Une usine pour concurrencer les Russes

Quand Airbus Helicopters avait inauguré son usine en Roumanie, un pays à bas coûts, qui monte dans la chaine de valeur, les responsables du constructeur avaient souligné que les premiers appareils devaient en sortir en 2018, "à condition d'avoir rapidement une commande significative", et espéré que la Roumanie soit le premier client de l'usine. Cette usine était jusqu'ici un centre de MRO doté d'une main d'oeuvre qualifiée, de bonne qualité et compétitive. Le site doit fournir de l'emploi à plus de 300 personnes à terme et produira jusqu'à 15 H215, un hélicoptère à double rotor de la famille Super Puma/Cougar, par an à pleine capacité, en 2020. Le premier exemplaire doit sortir des lignes d'assemblage l'an prochain.

En 2015, Airbus Helicopters, qui avait signé en 2014 un protocole d'accord avec Bucarest, avait décidé d'installer en Roumanie une chaine d'assemblage du Puma C1e (devenu H215), la nouvelle version du Super Puma qui offre une configuration standardisée visant à réduire les délais de livraison et les coûts d'exploitation et de maintenance. Une version qui a déjà été vendue à l'Afrique du Sud, l'Albanie, la Bolivie... "Cette chaine va nous permettre d'attaquer le marché utilitaire avec un produit fiable et sûr‎ face à la concurrence russe", avait à l'époque assuré  le vice-président exécutif en charge des ventes et des services au niveau mondial, Dominique Maudet.

Assemblé à Brasov, cet appareil, propulsé par un moteur Makila 1A, doit permettre à Airbus Helicopters de mieux rivaliser face aux hélicoptères russes de Mil, le Mi-8 et le Mi-17, dont les flottes civiles et militaires sont très vieillissantes. Des flottes qui doivent être au fil des ans renouvelées comme en Europe de l'Est (600 appareils environ), Amérique latine (400) et dans d'autres pays asiatiques (une centaine). Le marché est évalué à 2,7 milliards d'euros par an par Airbus Helicopters, selon les syndicats. "Ce partenariat devrait entraîner une baisse du prix de vente de notre appareil", avait estimé FO.

La Roumanie regarde vers les États-Unis

La Roumanie, pays de l'OTAN qui s'est engagé à consacrer annuellement 2% de son Produit intérieur brut à la défense d'ici à 2026, a dressé une liste d'achats pour 9,8 milliards d'euros d'équipements militaires. Elle se fournit principalement au États-Unis pour ses équipements militaires. Bucarest, qui fait déjà voler des F-16 et des C-130, a également annoncé son intention d'acheter des systèmes de défense antimissiles américains Patriot, pour près de 4 milliards de dollars. Si ce projet se concrétise, il va assécher tous les crédits du ministère de la Défense roumain, estime-t-on à Paris. Le département d'État américain a approuvé la "vente possible" du Patriot pour un montant évalué à 3,9 milliards de dollars.

MBDA tente de faire hésiter la Roumanie, qui souhaite également acquérir un système intégré d'armes de courte et très courte portée pour 2,1 milliards d'euros. Dans ce cadre, le missilier européen a signé, en présence d'Emmanuel Macron et du président roumain Klaus Iohannis, un protocole d'accord avec le groupe public de défense Romarm et sa filiale Electromecanica Ploiesti. Le contrat "répondra aux besoins de l'armée en termes de missiles sol-air de très courte et courte portée", a assuré le PDG de MBDA, Antoine Bouvier. Le missilier propose à Bucarest le Mistral et le VL-MIca.

"Cet accord permettra aux trois parties de définir et de présenter aux Forces armées roumaines la meilleure proposition française, basée sur des systèmes de missiles tactiques de dernière génération, pour répondre aux besoins opérationnels des Forces roumaines en matière de défense antiaérienne, a expliqué MBDA dans un communiqué. Conformément aux exigences du conseil suprême pour la défense nationale roumain (CSAT), et en accord avec le dispositif européen de Coopération Structurée Permanente (CSP), ce protocole favorisera le développement de l'industrie de défense roumaine au travers d'une coopération industrielle, de production locale et de transfert de technologie".

Signe de l'intérêt de Paris pour obtenir des contrats militaires en Roumanie, la ministre française des Armées Florence Parly a appelé mardi son homologue Adrian Tutuianu pour parler des "programmes d'équipement de l'armée roumaine et des perspectives de la coopération industrielle sur la défense", selon un communiqué du ministère roumain. Outre des hélicoptères, la Roumanie souhaite acquérir des corvettes. C'est Adrian Tutuianu, qui a annoncé mardi dernier qu'il enverra cet automne au Parlement un projet de loi portant sur l'achat de corvettes ainsi que la modernisation des frégates, selon la presse roumaine. Le dossier est actuellement à un stade interministériel. Le ministre a assuré que l'industrie roumaine devrait produire "une bonne partie" des corvettes.

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Commentaires
a écrit le 25/08/2017 à 10:02 :
Ceux d'airbus semblent oublier qu'ils ont reçu 6 millions d'aide d'Etat de Roumanie, qu'ils avaient déclaré avoir des commandes et des débouchés. Maintenant, ils disent que pour pouvoir démarer la production, ils ont besoin d'une commande des Roumains; autrement, les autres pays se demanderont pourquoi le pays fabricant n'acheté pas lui-même en premier. Et pour qu'ils démarrent la production, ils ont besoin d'une commande des Roumains, pas d'un, pas de 2, mais de 16 hélicoptères. Ils peuvent montrer au monde que leur helicopter est OK avec une commande d'un ou 2 hélicoptères de la part des Rou quand même non ? Ils n'ont tout simple ment pas de commandes et font des pressions auprès de Macron. Le fleuron de l'industrie française ...
a écrit le 25/08/2017 à 8:27 :
Très difficile de vendre à ce pays où même gagner un AO peut être remis en question par l'acheteur publique et où il faut aller en justice avec son partenaire local (si il l'ose!) pour se faire éventuellement entendre!!
a écrit le 24/08/2017 à 21:04 :
Airbus a délocalisé là-bas plutôt que d'investir dans notre bonne vieille ville de Toulouse. Qu'ils ne viennent pas se plaindre après
Réponse de le 25/08/2017 à 12:44 :
Airbus Helicopters (ex Eurocopter) est basée à Marignane et en Allemagne.
Réponse de le 25/08/2017 à 13:46 :
Helicopter pour sur, mais Airbus c'est Toulouse. Ceci étant ça ne change pas grand-chose au propos sachant que les mêmes se sont fait c....nner dans les grandes largeurs en Pologne
a écrit le 24/08/2017 à 20:54 :
"Hélicoptère à double rotor"?
A priori un rotor principal et un rotor de queue.
Du classique.
a écrit le 24/08/2017 à 19:29 :
Qui serait en mesure de riposter à une attaque de l'europe de l'est, europe !!!! ou U.S.A évidemment, comme pour japon corée israel. Ils ont intéret às'équiper auprès de leur seul défenseur
a écrit le 24/08/2017 à 17:15 :
Encore une fois une entreprise privée qui fait des mauvais choix en matière d'investissement appelle au secours l' état...Délocaliser, tout simplement , on a su faire en France, alors la Roumanie . Le problème c' est les subventions.....à revoir et vite .
a écrit le 24/08/2017 à 16:13 :
Je fais une entorse à l'article mais LT n'a pas annoncé le crash du Tigre allemand au Mali.
Conséquence : flotte allemande, australienne et espagnole clouée au sol.
a écrit le 24/08/2017 à 15:48 :
Au fait, Airbus n'a pas de commandes, c'est tout. Les Roumains, en plus de fournir la main d'oeuvre à bas coût, sont-ils obligés d'acheter ?
a écrit le 24/08/2017 à 14:49 :
La Roumanie n'a pas besoin de votre argent ou de votre aide. La Roumanie a besoin de lois justes et d'égalité de droits dans l'Union européenne
Réponse de le 24/08/2017 à 15:51 :
@Kristia: excellente idée ! Et si on commençaient par aligner les lois fiscales et sociales au lieu d'accepter ce dumping des pays de l'Est en général :-)
Réponse de le 24/08/2017 à 22:14 :
revoilà la blague de l'harmonisation fiscale.
allez je vous explique car vous ne comprenez pas le deal de l'UE, vendu par nos politiciens.
Harmonisation fiscale et sociale par rapport à la MOYENNE de l'UE, pas sur les extrêmes.
Cela veut dire une baisse des impôts et de la protection sociale en France, pour se rapprocher de la moyenne européenne.
Bien entendu, plus on fait rentrer des nouveaux pays très libéraux (c'est le cas de la Roumanie qui a une flat taxe et quasi pas de dette publique) plus on abaisse la moyenne.
Bravo, vous avez compris pourquoi les anglais sont sortis de l'UE.
Et bien entendu, il est très simple d'augmenter les impôts et la protection sociale, par contre dans l'autre sens c'est bien plus dur...
Réponse de le 25/08/2017 à 0:40 :
@lorenzo: harmoniser ne veut pas dire augmenter ! L'UE jusqu'à présent, c'est donner aux pays soit-disant plus pauvre pour les mettre à niveau. On s'aperçoit en fait qu'ils prennent bien entendu l'argent, mais n'en sont pas plus européens :-)
a écrit le 24/08/2017 à 14:43 :
Il faut conditionner les aides de l'UE aux pays qui reçoivent plus qu'ils ne cotisent à des achats européens et non américains.Le plus bel exemple est la Pologne, pays recevant le plus d'aide de l'UE et qui s'est empressé d'acheter avec cette aide des avions de chasse américain.Plus récemment la Pologne a encore dénoncé un gros contrat d'hélicoptères qui devait revenir à Airbus pour du matériels américain !
a écrit le 24/08/2017 à 14:36 :
La Roumanie achètera des technologies militaires américaines. La France a bloqué l'accès de la Roumanie à Schengen et devra payer.
a écrit le 24/08/2017 à 14:12 :
Décidement on ne peut pas dire que nos représentants sont des lumières.
a écrit le 24/08/2017 à 13:56 :
L'Europe est un échec cuisant pour la France ;

reste 2 solutions :

taxer les produits venant de l'est,

ou un Frexit rapidement ...

Les 2 solutions cumulées seraient l'idéal inéluctable,

que les pays de l'est traitres de l'europe soient rendus à Poutine
a écrit le 24/08/2017 à 13:19 :
Une fois de plus on se demande bien pourquoi nous donnons tant d'argent aux pays de l'est
Que signifie faire partie de l'UE ??
Réponse de le 24/08/2017 à 13:44 :
La défense européenne c'est l'histoire de l'oeuf et de la poule. Comment voulez-vous que les pays de l'Est puissent se passer du parapluie US si les capacités des pays de l'Ouest pour les défendre contre la Russie sont si limitées ? Et comment voulez-vous que les industrie de défense de l'Ouest puissent s'épanouir et enclencher une baisse de prix vertueuse si ils n'arrivent pas à s'arroger une majorité du marché européen ?
Réponse de le 24/08/2017 à 15:36 :
Dans votre conception, et vraisemblablement dans la conception générale, les pays de l'est ne sont que des débouchés pour les grands pays (Fra, All, etc). Aussi, les pays de l'est en tant que membres de l'UE cotisent au budget européen et pas au budget de la France, et d'airbus.
Réponse de le 24/08/2017 à 16:47 :
@rou ils cotisent comment ? Vous connaissez le mécanisme des rétrocessions... je verse 1 je récupère 1,5 voire 2 ... tous les PECO ont une contribution nette négative au budget européen sans exception... donc , sans cette manne venue du ciel , ils ne pourraient rien acheter sauf des chèvres et des Dacia de 1988 !!
Réponse de le 24/08/2017 à 18:34 :
@JNT75: et si on arrêtait cette paranoia qui veut que les Russes souhaitent envahir le monde, ? L'Histoire, pour ceux qui sont allés au-delà du bac +2, merci Jospin, nous enseigne que les Tsar aurait pu rayer la France de la carte parès la défaite de Napoléon. D'autre part, ceux qui sont allés en Russie ont noté que la France avait toujours une certaine cote. Ce qui ne veut pas dire qu'il faut relâcher la garde, mais surement qu'il faut arrêter de voir des ennemis russes partout :-)

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