Au bord d'un vide sidéral... Dans l'exploration spatiale, les Européens, qui ont beaucoup compté sur la Nasa pour monter à bord de programmes américains majeurs sur des strapontins, y sont aujourd'hui très proches. Parmi les programmes les plus menacés par les coupes proposées par l'administration Trump à la Nasa, y figurent plusieurs coopérations internationales dans le domaine de l'exploration spatiale. Si elles étaient confirmées en octobre lors de la présentation du budget de la Nasa, ces propositions de l'administration américaine « impacteraient massivement les programmes dans lesquels nous avons des coopérations dans l'exploration » avec la Nasa, assure à La Tribune le directeur de l'exploration humaine et robotique au sein de l'Agence spatiale européenne (ESA), Daniel Neuenschwander. Et de juger cette situation « très critique » pour l'Europe spatiale.
Quelles seraient les coopérations affectées par ces coupes si elles étaient confirmées ? « Nous serions - je parle au conditionnel - affectés sur les programmes de la Station spatiale internationale, d'Orion ESM (module de service européen du vaisseau spatial Orion, ndlr), du Gateway (station spatiale, ndlr) et de Mars Sample Return (mission de retour d'échantillons martiens, ndlr) », précise Daniel Neuenschwander. En attendant les décisions de l'agence américaine, l'ESA continue de livrer à la Nasa les équipements prévus dans les contrats déjà signés. « Nous, Européens, avons toujours livré ce qui nous était demandé dans le cadre des partenariats internationaux. Nous avons toujours l'intention de le faire. Il est important aujourd'hui de garder la tête froide », explique le patron de l'exploration spatiale de l'ESA. Car, selon lui, « on vit dans une phase d'incertitudes sans précédent ».
L'ESA se prépare activement pour faire face à cette tempête. Daniel Neuenschwander prend sa part de travail dans le domaine de l'exploration spatiale. Il était temps. Car l'absence de volonté stratégique dans ce domaine a conduit l'Europe à développer un programme européen de vols habités au service de la suprématie américaine. « Il faut être dorénavant beaucoup plus robuste avec toutes les conséquences que cela implique », souligne le patron de l'exploration au sein de l'ESA. A cet égard, ses équipes préparent depuis le printemps des plans alternatifs à d'éventuels désengagements américains. Si c'est le cas, « il faudra à ce moment-là être capable de sortir immédiatement des projets », précise-t-il. Pour Daniel Neuenschwander, il est important d'envoyer ce message aux États membres de l'ESA, qui devront décider les 27 et 28 novembre lors de la conférence ministérielle de financer (ou pas) ces projets sur la période 2026-2028.