Exportations d'armes : l'Allemagne et la France proches d'une signature ?

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L'Allemagne bloque l'exportation de plusieurs grands programmes européens auxquels participe Airbus vers plusieurs pays, dont l'Arabie Saoudite : les avions de combat Eurofighter Typhoon et Tornado, le missiles air-air Meteor de MBDA (détenu à 37,5% par Airbus), l'avion de ravitaillement A330-MRTT ainsi que l'hélicoptère H145 et l'avion de transport CASA C295.
L'Allemagne bloque l'exportation de plusieurs grands programmes européens auxquels participe Airbus vers plusieurs pays, dont l'Arabie Saoudite : les avions de combat Eurofighter Typhoon et Tornado, le missiles air-air Meteor de MBDA (détenu à 37,5% par Airbus), l'avion de ravitaillement A330-MRTT ainsi que l'hélicoptère H145 et l'avion de transport CASA C295. (Crédits : Airbus Helicopters)
Florence Parly doit aller à Berlin pour finaliser un accord sur le dossier sensible des exportations d'armes. Puis, le 16 octobre, lors du prochain Conseil des ministres franco-allemand, les deux pays devraient ratifier cet accord.

Les toutes prochaines semaines vont être cruciales pour la France et l'Allemagne sur le dossier des exportations d'armes. La ministre des Armées Florence Parly doit aller le 9 octobre à Berlin pour finaliser un accord sur le dossier épineux des exportations d'armes qui empoisonnent les relations entre les deux pays. Puis, le 16 octobre, lors du prochain Conseil des ministres franco-allemand, les deux pays devraient ratifier cet accord. "Les travaux sont suffisamment avancés pour que je n'ai aucun doute sur un accord", assure un observateur très proche du dossier.

"L'Allemagne demeure attentive à ne pas compromettre l'insertion de son industrie dans les grands projets de coopération européenne. Répondre aux partenaires européens, qui critiquent le manque de prévisibilité de la politique allemande en matière d'exportations, est dès lors apparu essentiel", analyse Gaëlle Winter de la Fondation pour la recherche stratégique dans une note sur la politique industrielle de défense de l'Allemagne.

Partenaire de l'Allemagne, Paris avait demandé à Berlin une clarification des règles d'exportation. "Il ne sert à rien de produire des armes par le biais d'une coopération accrue entre la France et l'Allemagne si nous ne sommes pas en mesure de les exporter", avait estimé en février Bruno Le Maire dans une interview au journal allemand "Welt am Sonntag". Depuis plusieurs années, l'Allemagne bloque de temps en temps au gré des humeurs des coalitions au pouvoir, des licences d'exportation de composants civils et militaires faisant partie de programmes franco-allemands à destination de certains pays du Golfe. Notamment vers l'Arabie Saoudite depuis l'affaire du journaliste Jamal Khashoggi assassiné dans un consulat saoudien en Turquie par des officiels du Royaume wahhabite. Les exportations d'armes en Allemagne sont un sujet très sensible dans l'opinion publique.

Exportation d'armes : Berlin veut transférer le dossier à Bruxelles

A l'occasion de ce conseil des ministres, Paris et Berlin devraient s'entendre sur deux volets, l'un concernant les programmes français, qui font appel à la sous-traitance de l'industrie d'armement allemande, l'autre sur l'exportation des futurs programmes réalisés en coopération, notamment le SCAF (Système de combat aérien du futur) et le MGCS (char du futur). Sur le premier volet, deux paramètres ont été clés pour trouver un accord : le champ d'application et le niveau de sous-traitance allemande dans les programmes français. Berlin ne devrait pas s'opposer aux exportations des industriels français à condition que le niveau des équipements ou des composants allemands n'excède pas 20% de la totalité du matériel militaire proposé (règle dite de minimis).

Plus généralement, l'Allemagne est tentée de transférer les exportations d'armements vers la commission européenne. "Les responsables politiques allemands, conscients, plus généralement, de l'horizon international du tissu industriel de défense, réfléchissent surtout à une manière de mettre fin à ce jeu d'équilibriste devenu, sur le plan intérieur comme international, intenable : le transfert du dossier à Bruxelles", explique Gaëlle Winter. Et de préciser que "la voie d'une harmonisation européenne du contrôle des exportations d'armement fait consensus entre les principaux partis politiques et est aujourd'hui largement plébiscitée pour sortir de l'impasse". Ce qui serait un abandon de souveraineté. La France en a-t-elle envie?

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a écrit le 01/10/2019 à 0:17 :
Si selon certains commentaires, la France réclamait pour elle une souveraineté entière même dans un contexte européen, le même droit reviendrait à tout autre état-membre. Cette souveraineté comprend la possibilité de renoncer à toute co-opération intra-communautaire. En cas d‘un vrai intérêt européen dans une co-opération intra-communautaire, une „souveraineté européenne“ nécessitera aussi des décisions européennes.
Réponse de le 01/10/2019 à 18:26 :
Vous avez raison CH mais si l'on regarde l'exemple des exportations d'armement vers l'Arabie Saoudite : l'Allemagne bloque tout officiellement, Les politiciens SPD et Verts sont contents . Mais en réalité par des filiales en Afrique du Sud les entreprises allemandes livrent du matériel et des munitions .Et il y a même des exceptions. pour des livraisons à partir d'Allemagne, par exemple pour des petites vedettes. D'autre part les pays de l'Union qui achètent américain pourraient'ils avoir un droit de veto sur les exportations françaises ?Entre les hélicoptères et les avions la Pologne est très solidaire. .
a écrit le 30/09/2019 à 19:46 :
Cet article ne cite pas ses sources ni même le niveau de l'information .Si au dessus de 20 /100 il faut une autorisation allemande pour exporter il s'agit d'une incroyable perte de souveraineté .Pas plus crédible que le transfert à Bruxelles de la délivrance des licences .
a écrit le 30/09/2019 à 18:54 :
C‘est encore une fois un beau coup tactique de l’Allemagne qui nous enfume encore plus!
a écrit le 30/09/2019 à 17:27 :
C'est souvent comme ça en temps de crise, le maitre a besoin de savoir si le valet lui est toujours autant dévoué. Sempiternelle peur.
a écrit le 30/09/2019 à 16:56 :
La France doit choisir librement sa politique militaire d'exportation, après tout , les anglais et les français assurent la défense de l'UE sans contreparties. L'UE dans le cas ou elle aurait la main , aurait des principes , des états d'âme incompatibles avec nos intérêts.
Réponse de le 01/10/2019 à 7:11 :
Bonjour,
Le problème c'est que Macron, contrairement à Trump, ne sert que sa "com", surtout pas les intérêts de la France, comme cela l'Allemagne à beau jeu d'imposer ses vues. Il n'est qu'une carpette sur laquelle elle s'essuie les pieds, mais ça doit lui convenir encore une fois d'abaisser la France.
a écrit le 30/09/2019 à 16:11 :
Transférer à Bruxelles? Y'aurait pas plus débile comme idée?
C'est déjà assez compliqué avec l'Allemagne.
La Suède, la Pologne ou la Hongrie pourraient bloquer des programmes français?
Ils pourraient interférer sur des choix qui viseraient les voisins de nos ZEE ou nos intérêt en Afrique de l'ouest, au Moyen-Orient, en Asie du sud-est ou en Amérique du sud.
L'exportation du Rafale serait soumise à l'approbation de la Suède fabricant du Gripen? Ou à la Pologne qui vient de signer des F35 et va accueillir des troupes américaines.
Pologne qui a cassé récemment un accord qu'elle avait signé avec la France pour finir par acheter des hélicoptères américains?
Quels chantages s'empresserait d'opérer ces nations pour céder des autorisations?
C'est vraiment du grand n'importe quoi !
Alors là, c'est clair, je ne veux pas de cette Europe là !
a écrit le 30/09/2019 à 15:40 :
Transférer de tels dossiers à Bruxelles serait très risqué considérant qu'une majorité de pays pourraient s'opposer à exporter des armes dans un pays...je vois pas quels mécanismes seraient efficaces.
Maintenant si les allemands veulent, pour éviter les tensions dans leur majorité et au sein de leur parlement, libre à eux de transférer les autorisations à Bruxelles ; mais pas la France, ou ce n'est pas un débat ouvert, et qui a besoin de conserver le contrôle et de coordonner une une industrie puissante.
a écrit le 30/09/2019 à 15:02 :
Vendre des armes à l'Arabie Saoudite est une faute morale que le gain financier ne peut pas justifier, nous devrions suivre nos voisins européens sur cette question. L'argument habituel : "si nous ne le faisons pas, d'autres le feront" n'est pas valable, nous nous rendons complice de crimes contre des populations civiles.
Réponse de le 30/09/2019 à 15:59 :
@Bruno, vous êtes hors sujet !! La question est de savoir si la France est souveraine ou si d'autres pays ont le droit de lui interdire d'exporter des armes.
Réponse de le 01/10/2019 à 20:09 :
@Pepito: le monde est plus complexe et ne s'arrête pas à votre horizon limité. Vous êtes français et devriez par votre culture, que vous considerez sûrement supérieur aux autres, voir par un point de vue moralistique entre autres et ne pas seulement voir que le fric.
Réponse de le 04/10/2019 à 14:30 :
@Fred, la morale des français vaut bien la morale des autres. La question est bien celle de la souveraineté et aucune autre !
a écrit le 30/09/2019 à 14:36 :
Confier cette politique à l'UE , avec la Pologne qui achète 100% US ...... ????

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