Financement des PME à l'export : le coup de gueule du patron de Manurhin

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Nous sommes bridés par les banques, affirme le président du directoire de Manurhin, Rémy Thannberger
"Nous sommes bridés par les banques", affirme le président du directoire de Manurhin, Rémy Thannberger (Crédits : Manurhin)
En dépit d'une santé retrouvée, Manurhin peine à être accompagné par les banques françaises à l'exportation.

Le président du directoire de Manurhin, Rémy Thannberger, n'est pas content. Et il le fait savoir. Il estime que les banques françaises ne jouent pas le jeu. "Elles sont réticentes à financer nos opérations de défense à l'exportation, explique-t-il à La Tribune. C'est l'une de mes principales préoccupations. A moyen et long terme, ce sera un vrai problème structurel pour développer Manurhin, qui est aujourd'hui le leader mondial dans son domaine".

Pourtant, le fabricant de machines de cartoucherie, qui exporte 100% de sa production, poursuit sa belle croissance depuis quatre ans. Il a réalisé en 2015 un chiffre d'affaires à nouveau en forte progression (20%), à 60,8 millions d'euros environ (contre 50,6 millions en 2014). La PME mulhousienne est à nouveau bénéficiaire avec un résultat net de 3 millions d'euros (contre 6,1 millions). Le résultat d'exploitation est en légère baisse à 6,3 millions d'euros (contre 7 millions en 2014).

Une belle année commerciale en vue en 2016

Seul petit bémol, Manurhin n'a pas obtenu un très important volant de commandes l'année dernière (autour de 15 millions d'euros). Ce qui a fait très nettement reculer le montant du carnet de commandes à 63,4 millions d'euros à fin 2015 (contre 114 millions à fin 2014). Mais l'année 2016 pourrait être l'occasion de repartir sur plusieurs années de croissance à condition que les banques françaises accompagnent Manurhin. Rémy Thannberger vise 100 millions d'euros environ de prises de commandes cette année, avec la signature d'importants contrats. "Le climat international demeure très favorable à nos activités et le marché de Manurhin est explosif", estime-t-il.

Manurhin a d'ailleurs déjà engrangé 12 millions d'euros environ de commandes au premier trimestre traditionnellement calme. Surtout, la société compte signer et annoncer en juin un contrat d'environ 50 millions avec un pays d'Asie centrale. D'autres contrats pourraient suivre avec des clients d'Afrique du Nord, de Scandinavie et en Tchéquie. Des contrats qui concernent des machines pour la fabrication de munitions de petit calibre. "Nous pourrions prendre plus de commandes mais nous avons besoin de les pré-financer. Nous sommes bridés par les banques", explique Rémy Thannberger.

D'autant que "la technologie de Manurhin est sollicitée à l'international et le marché en croissance", précise-t-il. Fin 2013, le fabricant de machines de munitions avait décroché le plus important contrat de son histoire, dont le montant est proche de 70 millions d'euros, pour construire une usine de fabrication de cartouches à Oman. Conformément aux prévisions, cette usine devrait être inaugurée "probablement en fin d'année", a précisé le président du directoire de Manurhin.

Où sont les banques?

Manurhin n'est pas la seule société à se plaindre de la frilosité des banques françaises à accompagner les PME du secteur de la défense. Ainsi, le chantier naval de Cherbourg CMN (Constructions mécaniques de Normandie) a dû recourir à un consortium de banques russes et du Golfe pour obtenir des garanties bancaires dans le cadre d'un contrat de 600 millions de dollars environ en Arabie Saoudite (34-35 patrouilleurs rapides). En dépit des pressions de l'État français, les banques tricolores n'ont pas souhaité accompagner CMN.

"Le secteur de la défense suscite la réticence des banques et cette tendance augmente quand il s'agit de PME dans l'armement", analyse le président du directoire de Manurhin, qui dispose pourtant du soutien de BpiFrance. Concrètement, il souhaite un soutien des banques quand ses clients lui demandent une caution sur un compte bloqué pour se prémunir contre un éventuel problème d'exécution du contrat. Des clients qui versent lors de la mise en vigueur du contrat un acompte que la PME veut injecter dans les moyens de production. Mais les établissements bancaires refusent d'accompagner la PME mulhousienne et surtout lui demandent notamment de verser tout ou partie de l'acompte sur un compte bloqué pour la caution... "Ce qui a contraint notre société à trouver des solutions de financement à l'étranger", regrette Rémy Thannberger.

Il souligne que Manurhin "participe au développement et à l'entretien en France de la base industrielle et technologique de défense (BITD) à la condition de conquérir des marchés à l'export. Ce sujet a donc un impact sur la souveraineté nationale". (...) "Le monde bancaire doit faire sa révolution culturelle".

Rémy Thannberger attend beaucoup du nouveau produit mis en place par Bpifrance. Ainsi, l'établissement public a lancé le crédit export (crédit acheteur et crédit fournisseur) pour les PME et ETI : des crédits de 1 à 75 millions d'euros pour l'achat par les clients étrangers de biens et services produits en France.

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a écrit le 13/04/2016 à 0:44 :
Il faut savoir qu'un certain nombre de banques refusent d'intervenir dans le secteur de l'armement ou apparenté; les secteurs économiques "non désirés" figurent dans les directives internes propres à chaque établissement et généralement le secteur de l'armement y figure .
La raison principale en est que certains groupes d'actionnaires, pour des raisons éthiques ou autres, demandent que la société ou ils ont investis ne participe pas à ces activités. Une autre raison est le souci de ne pas vouloir associer l'image de la banque à des ventes d'armes, généralement mal considérées par l'opinion.
a écrit le 13/04/2016 à 0:16 :
Il faut savoir qu'un certain nombre de banques refusent d'intervenir dans le secteur de l'armement ou apparenté; les secteurs économiques "non désirés" figurent dans les directives internes propres à chaque établissement et généralement le secteur de l'armement y figure .
La raison principale en est que certains groupes d'actionnaires, pour des raisons éthiques ou autres, demandent que la société ou ils ont investis ne participe pas à ces activités. Une autre raison est le souci de ne pas vouloir associer l'image de la banque à des ventes d'armes, généralement mal considérées par l'opinion.
a écrit le 12/04/2016 à 21:42 :
C'est la toute la différence avec l'Allemagne, le land interviendrait pour financer ce qui manque avec peut être des conditions préférentielles d'emplois locaux.
a écrit le 11/04/2016 à 18:03 :
Les banques ne servent à rien sauf facturer des agios , commissions de découvert et j'en passe ...et bien sure , les fonctionnaires ( je n'ai rien contre eux mais ils ont un cdi xxxxL ...) . Le reste , on s'en fout
a écrit le 11/04/2016 à 17:47 :
Une solution: Le crowdfunding !
a écrit le 11/04/2016 à 11:24 :
on apprend dans ses cours de finance comment marche un cycle investissement financement
si les banques ne font pas ' open bar', c'est qu'il y a une raison, s'ils n'ouvrent pas grand les vannes du credit documentaire, c'est qu'il y a une autre raison, etc, etc...
apres, la boite peut s'autofinancer par une augmentation de capital, mais ca ca implique d'autres choses...
ca me rappelle l'histoire du rmiste qui veut acheter une maison a 1 million, et qui, devant le refus du banquier qui lui dit ' vous n'allez jamais me rembourser ' lui repond ' mais vous ne faites pas votre travail, la' !!!
il s'est quand meme tut quand le banquier a dit ' pourquoi voulez vous que je finance un projet ou vous meme n'etes pas implique'
( histoire vecue !!!)
Réponse de le 12/04/2016 à 13:15 :
D'accord avec votre raisonnement, mais allons plus loin. Quand les banques " joue au casino" et perdent, alors aucun argent publique ne devrait être donné ou prêter. Et la votre raisonnement tiendrais la route, hormis votre caricature du rmist
a écrit le 11/04/2016 à 9:33 :
Il n'est pas précisé dans l'article que:
- en février 2016, GIAT et BPI France ont cédé leur participation (total environ 43%) à la Société Nouvelle d'Alsace détenue par messieurs Rémy Thannberger et Robert Nguyen qui, in fine, détiennent 60% du capital.
- Manhurnin est coté en bourse.
Si on cherche des sous, on peut faire une augmentation de capital mais il y aurait dilution.
Cordialemenent
Réponse de le 11/04/2016 à 11:19 :
le pb est svt la!
pas bcp de fonds propres, rentabilite ' a voir', et refus d'augmentation de capital ( soit par ce que personne ne voudrait rentrer, soit parce que les dirigeants ne veulent pas se faire diluer...)
alors on reproche aux banques de ne pas prendre des risques que les dirigeants ne veulent pas prendre!
a écrit le 11/04/2016 à 8:49 :
Où sont les banques?
C'est une vraie question. La BCE ouvre largement le crédit (presque gratuit) pour favoriser les prêts à l'économie réelle et rien ne se passe dans celle-ci.
L'argent ne part-il pas tout simplement dans la bulle spéculative ? Poser la question c'est y répondre.
a écrit le 11/04/2016 à 8:09 :
Les banques françaises te prêtent un parapluie quand il fait beau, mais te le reprennent quand il pleut.
a écrit le 11/04/2016 à 8:02 :
Et après on se demande pourquoi l'Etat intervient dans l'économie....

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