Nexter/Krauss-Maffei : une union européenne dans les blindés

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Le constructeur du char Leclerc (Nexter) se rapproche de celui qui fabrique le Leopard (Krauss-Maffei Wegmann)
Le constructeur du char Leclerc (Nexter) se rapproche de celui qui fabrique le Leopard (Krauss-Maffei Wegmann) (Crédits : © Charles Platiau / Reuters)
Nexter Systems et Krauss-Maffei Wegmann ont enfin finalisé leur alliance le 15 décembre.

Nexter Systems et Krauss-Maffei Wegmann (KMW) ont enfin conclu leur alliance mardi. Et ce en dépit des craintes de la presse allemande qui après l'éviction du PDG de Nexter Philippe Burtin, spéculait sur un retard, voire un échec, de l'opération. Il n'en a finalement rien été. "Les Allemands ont souhaité marquer le coup mais la presse allemande a été excessive", souligne-t-on à Paris, où l'Agence des participations de l'Etat (APE) et la Direction générale de l'armement (DGA) se sont beaucoup démenées pour faire aboutir cette opération structurante dans la filière de l'armement terrestre et qui renforce la coopération stratégique entre Paris et Berlin.

Comme prévu, les deux groupes français et allemands spécialisés dans l'armement terrestre travailleront ensemble sous le chapeau d'une holding se trouvant à Amsterdam et régie par la loi néerlandaise. "Les actionnaires de chaque entreprise ont transféré toutes leurs actions à la holding, qui sera de type N.V. (Naamloze Vennootschap, compagnie à responsabilité limitée), et ont reçu en retour 50 % des parts de la société de tête", a précisé le communiqué commun. Le conseil de surveillance de la holding, qui s'est rassemblé à Amsterdam pour sa réunion constitutive, comprend sept membres, dont le PDG de MBDA Antoine Bouvier, et est présidé par Christian Jourquin de nationalité belge.

Frank Haun et Stéphane Mayer coprésidents

Le conseil de surveillance a, à son tour, nommé le nouveau PDG de Nexter, Stéphane Mayer, et le président du conseil de direction de KMW, Frank Haun, en tant que membres du directoire et co-PDG de la holding, baptisée temporairement Honosthor. Un cabinet de "naming" a travaillé sur le futur nom de la société, qui n' a pas encore été révélé. La nouvelle entité représente un chiffre d'affaires cumulé d'environ 2 milliards d'euros (1,05 milliard pour Nexter et 747 millions pour KMW en 2014), pour des effectifs de 6.000 personnes, et un carnet de commandes de 9 milliards d'euros.

Nexter, fabricant des chars Leclerc, et son concurrent allemand KMW, qui produit les chars Leopard, avaient annoncé à l'été 2014 leur intention de se rapprocher dans le cadre du projet baptisé Kant (KMW And Nexter Together), sans pour autant fusionner. La nouvelle entité se rangera derrière le géant américain General Dynamics (environ 6 milliards d'euros de chiffre d'affaires dans la seule branche terrestre), le britannique BAE Systems (3,6 milliards) et l'américain Oshkosh Defense. En Europe, elle sera numéro un devant l'allemand Rheinmetall, BAE Systems réalisant l'essentiel de son chiffre d'affaires aux Etats-Unis.

Discorde sur les exportations

Ce rapprochement ne s'est pas fait sans peine, en raison principalement des réserves de la partie allemande au sujet des exportations d'armement. Régies par les accords Debré-Schmidt de 1971 et 1972, celles-ci requièrent le feu vert du pays dont dépend leur fabricant. Or, Berlin a une conception restrictive en matière d'exportation d'armement. Pour l'heure, les règles nationales d'exportation des armements resteront en vigueur pour les produits actuels.

Le ministre de l'Économie Emmanuel Macron avait été "très clair sur ce point" en février à l'Assemblée nationale et avait assuré qu'en"aucun cas les pouvoirs publics allemands ne pourront bloquer des exports décidés par la filiale (Nexter, Ndlr) qui restera en France". "La politique d'export est arrêtée par la holding" (qui va chapeauter les entreprises KMW et Nexter, Ndlr) mais, "durant les cinq premières années, les exportations de Nexter seront décidées par Nexter".

La question d'une harmonisation se posera lorsque les deux sociétés produiront en commun. C'est prévu, mais pas dans l'immédiat, avec des produits communs qui pourront être développés sur fonds propres ou le projet évoqué d'un char lourd, à plus long terme, probablement vers 2025. En attendant une intégration plus poussée, Nexter et KMW conserveront leur organisation, leurs équipes et leur catalogue de produits. En revanche, ils bénéficieront de synergies dans la recherche et développement, les achats et la mutualisation des structures commerciales à l'export.

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Commentaires
a écrit le 02/01/2016 à 9:36 :
On ne parle jamais autant d'armes et d'armement depuis que l'on a un gouvernement de gauchistes ! Mais, il faut se rappeler qu'à chaque déclenchement de guerre (14/18 et 39/40) on avait des bobos gauchos au gouvernement.... Les petits bourgeois n'aiment pas ces vérités et cette réalité....
a écrit le 22/12/2015 à 22:48 :
Une alliance France-Belgique-Allemagne dans l'armement terrestre est une démarche intelligente, et il vaut mieux laisser les Anglais dehors. Espérons que ce rapprochement permettra d'avoir une industrie compétitive et solide.
a écrit le 19/12/2015 à 14:20 :
L'Allemagne devrais prochainement changer de chars d'assaut, le léopard 2 a deja 30 ans, cela devrai être une bonne opportunité pource groupe industriel.... Espérons qu'ils serons profite de l'expérience du char Leclerc, faire aussi efficace. Plus fiable, moins chere à l'entretien.... Moteur à l'avant, chargement automatique, protection accrus contre. L'infanterie et les mines....
a écrit le 17/12/2015 à 10:59 :
"une union européenne dans les blindés" : union "européenne" me semble un peu excessif, dès l'instant où les britanniques, les suédois et d'autres ne se sont pas concernés. Et à terme, c'est une perte d'autonomie de décision dans les ventes, à moins qu'au bout de ces cinq ans les allemands change "leur fusil d'épaule".
a écrit le 16/12/2015 à 19:28 :
@ BONSOIR : pas d'argent pour les salaires , pas d'argent pour les pensions, pas d 'argent pour les retraites mais pour les fabricants d'armes alors là les euros coulent à flot comme l'eau d'un torrent dans la poche des fabricants d'armes RAS LE BOL DE LA MISERE !!!!!
Réponse de le 16/12/2015 à 20:06 :
Vous tapez sur le mauvais sujet : L'article parle de fusionner deux industriels de l'armement pour que justement ils puissent survivre avec moins d'argent.
Réponse de le 16/12/2015 à 20:42 :
Crée une boite qui recrute pour distribuer des salaires, paie l'impôt sur les sociétés pour les aides sociales, paie des charges pour financer des retraites, et tu pourras donner des leçons!!!
a écrit le 16/12/2015 à 17:49 :
L'indépendance industrielle de la France est vendue par ses élites qui préfèrent baisser les bras plutôt que de réformer... L'Europe est un bouc émissaire si confortable !
a écrit le 16/12/2015 à 16:54 :
Une fois de plus les énarques vont chercher chez nos partenaires- concurrents les solutions qu'ils ont été incapables de mettre en place. On se consolera en se disant que c'est mieux que rien, mais ne soyons pas non plus trop optimistes, les allemands, en affaires, tiennent à tout contrôler, et avec les Français,on peut les comprendre, donc ils finiront par avoir ce qu'ils veulent, Nexter disparaitra, sa technologie sera partie en Allemagne, et ils nous restera les chômeurs à recaser, comme d'habitude. Mais il y a des miracles, prions...
a écrit le 16/12/2015 à 13:38 :
Comme d'habitude (Airbus, Renault-Nissan...), ce sont toujours les néerlandais qui tirent profit des champions français financés auparavant par les contribuables...
Cette rente est scandaleuse, comme l'est la responsabilité de l'Etat actionnaire.
Réponse de le 16/12/2015 à 21:07 :
Bonne question... mauvaise réponse !
Ce qui est scandaleux, c'est surtout " pourquoi les entreprises ne sont pas attirées par la nationalité française" ?
Qu'est-ce que la nationalité française pour une entreprise apporte comme inconvénient qui fait fuir ailleurs ?? LÀ est la question à se poser !!
Réponse de le 17/12/2015 à 11:21 :
Ce qui est scandaleux c'est que les différents pays européens n'appliquent pas les mêmes règles. La loi néerlandaise est plus avantageuse que la loi française et allemande. Quelles sont les différences? Fiscales? Je n'en sais rien. Je constate simplement que lorsqu'il y a fusion de 2 entreprises elles sont souvent de droit néerlandais, irlandais ou luxembourgeois. A quand une règles commune à toute l'EU?
a écrit le 16/12/2015 à 13:18 :
Premier volet d'opérations plus larges. Il n'est pas possible de comprendre cet accord sans le contexte complet s'agissant du militaire & aéronautique. Ces opérations ont tardé, en décalant d'autres, l'aléas temps est considéré cependant comme non contraignant, il risque de se reproduire. Une fois l'opération tank réalisée la France doit prendre la main sur les sous-marins pour faire contrepoids dans une partie "échanges". Ensuite viendront les grandes manoeuvres de la partie "fusion". L'ordre d'arrivée est un élément technique mais le processus est calé. BAE qui consolide encore actuellement le militaire anglais tout en réduisant les personnels, viendra se fusionner avec Airbus. Une tentative ancienne a déjà été actée. Nous aurons ainsi [également situé en Hollande pour son siège] un énorme acteur européen. Ceci libère les états d'une commande obligatoire en favorisant les américains : au lieu de faire part entre trois, local, européen, américain, ils pourront l'équilibrer à deux : européen et américain. Pour limiter cet effet les acteurs périphériques se regroupent donc, en France Dassault finira par rejoindre Thalès pour créer un second pôle. Dans les fusions se posera ensuite le cas suédois. Les promoteurs du Grippen, le griffon, vont rejoindre d'une manière ou d'une autre Ericson qui se sera débarrassé de sa grosse division télécom en la vendant au finlandais Nokia qui a déjà repris Alcatel. Il est possible que ce bloc recomposé fusionne avec Volvo qui lui aussi allège actuellement ses positions partout où il le peut (voir le cas français de Renault Trucks). C'est cette entreprise militaro-industrielle qui sera achetée par Airbus. Seule une infime partie sera laissée au nouvel Ericson pour un développement totalement différent. La recomposition globale du groupe se fera alors avec les cessions nécessaires, ce qui poussera à celle des secteurs industriels sous-jacents pour chaque pays. Airbus sera alors en place pour une séparation en deux entre français et allemands. Chacun sa spécialité : à nous le spatial, l'air et la marine, à eux le terrestre, les munitions, les drones et les robots militaires. Les allemands choisissent du très concret rentable immédiatement qui correspond à leur capacité industrielle mais sur un segment qui risque de s'éteindre, nous prenons l'avenir et l'ambition mais aussi l'obligation d'énormes investissements au devenir rentable incertain. Une stratégie d'ensemble donc. Accessoirement la structure hollandaise pour l'intégration financière est devenue indispensable, et, bien entendu notre part dans le deal du jour sera revendue prochainement.
a écrit le 16/12/2015 à 12:25 :
Cet article amené trois réflexions: Un actionnariat a 50/50 le chiffre d'affaire de Nexter est de 1 milliard € celui de son nouveau associe est de maxi 759 millions €!!!!! Le siège social en droit Hollandais, optimisation fiscale, étrange pour une entreprise qui fonctionne avec des budgets nationaux et avec la couverture de la Coface pour la France. Une société qui vit des exportations pour partie, s'allie avec une société qui a très peux d'export dû aux blocages très fréquents de l'état Allemand.
Réponse de le 16/12/2015 à 14:20 :
Il ne faut pas regarder uniquement le CA des 2 entités, mais le résultat d'exploitation et le résultat net et dans ce domaine, KMW a de meilleurs résultats que Nexter. Le droit néerlandais est fait pour que le projet aboutisse, un siège en France n'aurait pas été accepté par les allemands et inversement pour les français. Il faut être pragmatique. Quant aux exportations, la question se posera que lorsque des produits seront fabriqués en commun. Enfin, l'Etat a décidé de ne plus utiliser la COFACE pour ses exportations, décision qui date de quelques mois.

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